‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 162 sur 205 · GUERRES CONTRE LES PIRATES · texte numérisé non relu

GUERRES CONTRE LES PIRATES

les flottes espagnoles jusque dans TArchipel américain où ils trouvaient des passages favorables pour une surprise et en môme temps des refuges pour s'y retirer avec leurs captures. La course n'était pas d'ailleurs l'unique but de ces armements de volontaires qui jetaient sur les côtes de l'Amérique espagnole des marchandises étrangères, et en exportaient des productions coloniales à titre d'échange. Quelques petites lies de l'Amérique (notamment celle de la Tortue près la partie française de Saint-Domingue) devinrent ainsi le centre d'une association d'aventuriers qui, après avoir fait la course et la contrebande pour le compte des souverains pendant la guerre, prirent l'habitude de la continuer pour leur propre compte pendant la paix.

Tels furent ces flibustiers qui, h la fin du xvii* siècle, répandirent dans les parages du nouveau monde une terreur égale à celle que les pirates de la Gilicie avaient causée dans le monde romain du temps de Pompée. Après s'être essayés contre des navires isolés, puis contre des escadres armées en guerre, les forbans d'Amérique s'enhardirent à attaquer des châteaux forts^ à porter la dévastation et le pillage dans les places les plus importantes des possessions espagnoles, telles que Porto Bello, la Vera Cruz, Panama, à exécuter enfin de véritables campagnes de guerre terrestre et maritime, avec des flottes et des troupes d'Européens bien plus considérables que toutes celles qui furent employées à la conquête du Mexique ou du Pérou.

A côté de ces entreprises audacieuses où d'obscurs aventuriers accomplissaient des actes de courage dignes de figurer dans la vie d'un héros, nous trouvons, chez les flibustiers des Antilles, une sorte de droit public non moins étrange que leurs guerres, car certaines règles de justice, quelquefois même un sentiment délicat d'équité, présidaient au partage de captures faites en violation des lois divines et humaines. On aurait peut-être entrepris vainement de dissoudre par la force des armes cette association qui se rendit coupable de crimes odieux^ mais qui déploya dans le nouveau

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monde plus de vigueur que les marines régulières de TEurope. Le gouverneur français de Saint-Domingue, Ducasse, sut faire appel à ce penchant qui tend à ramener vers les idées d'ordre et de soumission aux lois, des hommes emportés par la fougue des passions, mais accessibles aux sentiments généreux qui accompagnent presque toujours Tintrépidité guerrière. Gomme les pirates échappés aux armes de Pompée, les flibustiers de TAmérique devinrent à leur tour cultivateurs ou colons, dans ces îles qui avaient servi de repaires à leurs brigandages. On confia môme à quelques-uns d'eux des emplois publics, comme on aurait pu le faire à des vétérans de l'armée navale : et ne faut-il pas avouer, en effet, que tant que la course fut admise au nombre des moyens légitimes de guerre, la différence entre un pirate et un corsaire, tout immense qu'elle fût en droit, se réduisait souvent en fait à d'indéfinissables nuances !

Guerres avec les esclaves révoltés.

En reparaissant pour un temps dans le monde, l'esclavage devait y ramener avec lui son hideux cortège d'abus de la force qui engendrent des haines et de haines qui engendrent des complots et des vengeances. Il y a dans tout état contre nature un germe de guerre, prêt à éclore pour peu que les liens sociaux se relâchent. Avecleurs bras nerveux qui furent pour nos colons un instrument si profitable de richesse, les nègres de la Guinée avaient apporté en Amérique des instincts belliqueux et féroces que l'esclavage eut pour effet de comprimer, mais non de détruire. Là où s'étaient conservées les races indigènes, comme dans les possessions espagnoles du continent, les Indiens, quoique leur servitude fût moins complète que celle des nègres, étaient pourtant réduits à une condition sociale bien inférieure : car ces derniers, les surpassant en force et en intelligence, étaient employés de préférence aux services domestiques par lesquels ils captaient la faveur des maîtres. La politique espagnole avait eu soin de rendre profonde cette ligne de séparation entre les deux races

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