LA NOUVELLE BELGE
pourtant vraie/.que la navigation des fleuves immenses qui traversent dans tous les sens le continent de rAmérique septentrionale n'était guère utilisée à cette époque que pour l'introduction frauduleuse des produits étrangers dans les colonies espagnoles situées à l'ouest de ce continent. Ce commerce interlope faisait notamment la richesse de la ville portugaise du Saint-Sacrement, située à Tembouchure de la Plïtta, et qui avait en face d'elle la ville espagnole de Buénos-Ayres. On comprend assez que, dans de telles circonstances, la possession de cette province ait été entre les deux gouvernements une source continuelle d'hostilités.
Établissements espagQols et portugais sur les rives de l'Amazone.
A l'autre extrémité du Brésil était l'Amazone, ce grand fleuve qui de tous ses noms (le Maragnon, l'Orellafne) a conservé le plus merveilleux comme symbole des fables racontées longtemps sur les pays qu'il arrose. Un Espagnol, François Orellanà, l'avait le premier parcouru eh descendant vers l'Atlantique (en 1539). Ce furent des Portugais qui, sous la conduite de Pedro T^eira, apprirent, un siècle plus tard (en 4638), à le remonter. Pendant que la couronne d'Espagne tenait le Portugal sous ses lois, elle avait songé à se servir de l'Amazone pour faire descendre avec sécurité vers l'Océan Atlantique les productions du Pérou, qui, dans la navigation de la mer du Sud, se trouvaient sans cesse exposées aux attaques des pirates et des corsaires. La révolution de 1640 l'obligea d'abandonner ce dessein* : mais l'attention s'était fixée sur ce grand fleuve ; des établissements nouveaux furent entrepris sur ses rives, et l'on vit, au xvii* siècle, se former, dans la province espagnole de Maynas et dans les possessions portugaises qui Pavoisinent, des missions d'Indiens assez semblables aux a réductions du Paraguay » .
Colonie hollandaise de la Nouvelle-Belge , devenue depuis, aux mains de l'Angieterre, la Aowve//e-ForA.
C'était par voie de conquête que les Hollandais avaient tenté
de s'emparer du Brésil ; ils possédaient, au contraire, par droit de première occupation, dans l'Amérique du Nord, un territoire (la Nouvelle-Belge) qui^ resserré du côté de la mer en une langue étroite^ s'élargissait dans l'intérieur en une vaste contrée baignée par la rivière d'Hudson et s'étendant jusqu'au lac Erié. Le célèbre navigateur anglais Hudson^ alors au service de la Hollande, avait fait celte découverte (1609) au nom de la république qui en avait cédé la propriété à la compagnie hollandaise des Indes occidentales : on y avait construit, dans l'intérieur des terres, le fort d'Orange (depuis Albany) et,à l'embouchure de la rivière d'Hudson, la ville appelée par les Hollandais « Nouvelle-Amsterdam » (1621), et qui est devenue si importante sous le nom anglais de a New-York » . Placée au centre des établissements britanniques qu'elle coupait en deux parts inégaies, cette colonie avait excité dès sa naissance la jalousie de ses redoutables voisins : cependant, tant que l'Angleterre eut besoin de rester unie à la Hollande pour tenir tête à l'Espagne, elle respecta cette possession qui la gênait; mais, lorsque le Parlement résolut de déclarer la guerre aux États, l'amiral Holme fut envoyé secrètement (en 1664) à la tête d'une escadre anglaise pour s'emparer de la Nouvelle-Amsterdam. La paix de Bréda en assura la possession à l'Angleterre. La Hollande, qui Tavait reconquise en 1673, fut définitivement dépouillée de cette colonie l'année suivante. Jacques H (alors duc d'York), obtint qu'elle lui fût cédée par son frère, et la c( Nouvelle- York n, développant ses forces sous l'administration habile du colonel Dougan, devint bientôt le boulevard des possessions anglaises contre les Français du Canada.
Les possessiops hollandaises en Amérique sont réduites à quelques-unes des petites Antilles et à une partie de la Guyane.
Après avoir ainsi perdu, au sud et au nord du continent américain^ les deux positions qui pouvaient lui procurer un vaste établissement colonial, la Hollande n'a plus joué dans les affaires du nouveau monde qu'un rôle secondaire. Ses posses-
sions se sont trouvées réduites à quelques petites tles de Tàrchipel des Antilles, Guraçâo, Saint-Eustacbe, Saba, la moitié de Saint-Martin, et à quelques parties du territoire marécageux de la Guyane, où l'activité de ce peuple industrieux a su^ comme aux Pays-Bas, contenir la mer par des digues, et convertir des terrains presque submergés en ricbes cultures.
SECTION m.
Etebllssemeni* eolonlanx des Français en Amérique.
Coup d'œil sur rensemble des colonies que la France a possédées et perdues en Amérique.
Si la France avait conservé tous les territoires qu'elle a successivement occupés dans TAmérique septentrionale, son empire commencerait à Tile de Terre-Neuve d'un côté, à la baie d'Hudson de l'autre, aurait pour base principale^ sur TOcéan Atlantique, les promontoires et les tles qui se groupent ensemble à Temboucbure du Saint-Laurent, remonterait par les deux rives de ce fleuve à cette chaîne de lacs immenses qui déversent Tun dans Tautre Tabondance magniBque de leurs eaux, se développerait dans Tespace compris etftre les monts Alleghany et TOhio, puis, rejoignant par cette rivière le bassin superbe du Mississipi, redescendrait avec ce grand fleuve jusqu'au golfe du Mexique; embrassant ainsi la plus belle ligne de communications intérieures que la nature aitTtracée dans aucune partie de l'univers, et réunissant par un beureux privilège l'avantage de toucher aux contrées du nord et de jouir sous un climat tempéré des richesses d'un sol fertile. De tout cela, comme des conquêtes de Dupleix dans l'Inde, il ne nous reste plus que des regrets ; mais pour les tempérer se présente cette réflexion qui console : La France a cédé la Louisiane et perdu les deux Canadas, l'île de France et Saint-Domingue, elle a laissé échapper à son influence le Rarnatic et le Décan ; et cependant, au jour qu'il est, sa place est encore, avec
l'Angleterre, au premier rang des États maritimes dans l'Europe et dans le monde; elle n'a donc pas à se plaindre delà Providence qui lui a permis de trouver en elle-même^ dans son unité territoriale et sur ses propres rivages, ces éléments de puissance et de grandeur que d'autres peuples sont obligés de chercher bien loin et de rattacher par des liens factices à leur empire.
Le continent de l'Afrique ne nous a-t-il pas d'ailleurs rendu quelque chose de ce que nous reprenaient ceux de l'Amérique et de l'Asie?
Quoi qu'il en soit, 'des noms français restent inscrits avec gloire, les uns sur la liste des États de l'Amérique, les autres dans les pages les plus mémorables de son histoire, et ce qui en fera durer le souvenir, c'est qu'ils rappellent partout la modération unie à la bravoure, c'est qu'ils se lient à des actes de sympathie généreuse, de désintéressement, d'humanité.
Premiers établissements des Français à Terre-Neuve, au Canada, dans les
Florides.
. Nous avons déjà marqué au règne de Henri IV le point de départ des plans sérieusement médités par la France pour fonder des établissements coloniaux dans les deux Indes, et au règne de Louis XIV la mise ^ exécution de ces projets sur une échelle assez vaste pour y créer d'importantes colonies. Jusque-là, il y avait eu seulement des voyages de découverte, des expéditions de course ou de pêche, des encouragements noblement donnés par nos rois à des tentatives mal dirigées ou impuissantes.
Ainsi, dès les premières années du xvi"" siècle, nos marins bretons, cinglant vers le nord de l'Amérique, avaient découvert l'Ile de Terre-Neuve et commencé cette grande pêche de la morue qui devait plus tard transformer chaque année, pendant quelques mois, une plage déserte en une cité populeuse.
Par ordre de François P% le Florentin Verazzano avait (en J520 et 1523) reconnu les côtes voisines du cap Breton et pris