‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 169 sur 205 · FORMATION DE DEUX COMPAGNIES · texte numérisé non relu

FORMATION DE DEUX COMPAGNIES

titua sur des fondements mieux assis les privilèges de deux compagnies (i003), entre lesquelles il partagea les rivages situés au nord et au sud de la magnifique baie de Chesapeak. La compagnie du Sud eut pour siège en Angleterre la ville de Londres, celle du Nord fut organisée à Plymouth. La compagnie de Londres eut seule la gloire de fonder, ou plutôt de développer, dans la Virginie, le modèle et la base des colonies anglaises de cette partie du continent américain. La compagnie de Plymouth, plusieurs fois refondue, ne put par ellemême conduire aucune entreprise à un résultat heureux. Mais c'est à elle que se rattachèrent, au moyen de rétrocessions successives de son privilège, les premières émigrations puritaines dont se composa la Nouvelle- Angleterre. De notables différences ont marqué^ dans leurs progrès comme dans leur origine, les établissements issus de ces deux compagnies. Tandis que les colons de la Virginie avaient été attirés en Amérique par le désir d'y faire fortune et d'étendre les relations commerciales de leur pays, les dissidents y avaient cherché avant tout un refuge pour exercer en paix leur culte. Toutes les affections des Virginiens étaient anglaises, toutes leurs tendances monarchiques; ils se faisaient gloire, au milieu des révolutions de la métropole^ d'être restés invariablement fidèles à la cause des Stuarts. Leurs voisins du Massachussets, au contraire, avaient pour Cromwell et pour le gouvernement républicain des sympathies qui, à certaines époques, leur valurent des faveurs, et à d'autres, des disgrâces. Sans pousser plus loin ce parallèle qui nous entraînerait dans les détails de l'instoire, rappelons seulement en passant des noms illustres qui n'ont marqué dans le nouveau monde que par des bienfaits : un lord Delaware dont l'arrivée (1611) suffit pour relever le courage de tou^e une colonie en détresse et pour la remettre dans la voie de l'ordre et du progrès : un sir William Berkeley qui, daps un temps de troubles, oppose à la diversité des événements la constance de son caractère, sait tour à tour exercer le pouvoir avec modération et le quitter avec dignité, inflexible devant la révolte de Bacon quand elle

triomphe (1676), mais n'usant de la force qu'avec douceur quand l'empire des lois est rétabli (1677). A. côté de ces exemples mémorables de ce que peut, en Amérique comme en Europe, une administration vigoureuse et sage, nous voyons se produire dans le nouveau monde, comme sur une terre d'expériences et d'essais, toutes les théories religieuses, politiques ou humanitaires. Ici l'intolérance puritaine ne fait que multiplier les sectes dont chacune va chercher, dans une colonie nouvelle, un lieu d'asile pour son nouveau culte. Là au contraire, Guillaume Penn convoque tous les hommes, sans distinction de nationalité ou de culte, dans la « Ville des Frères » (Philadelphie). La Caroline demande au philosophe Locke d'être son législateur : Rhode-Island proclame, avec mistress Hutchinson, Tinulilitédes lois (delà le mot d'antinomiens, dvrtvofxov). Et cependant, avec cette divergence de doctrines, il y a, dans les colonies anglaises du Nord, une tendance à l'union, fondée sur la conformité d'intérêts. Le Massachussets, Plymouth, Connecticut et New-Haven forment ensemble, dès l'année 1643, une alliance offensive et défensive. Les royalistes de la Virginie n'ont pas moins de zèle que les républicains de la Nouvelle-Angleterre pour réclamer contre les taxes imposées par la métropole; et en se groupant l'une contre l'autre, toutes ces colonies anglaises acquièrent une force collective devant laquelle les colonies isolées des autres peuples devaient céder tôt ou tard.

Développement des possessions coloniales de l'Angleterre. Apogée de la puissance anglaise en Amérique. =^

Le premier pas à faire pour réunir en un seul tout les deux groupes formés surl'Atlantique par les colonies anglaises, était laconquôte de la Nouvelle-Belge, cette colonie hollandaise qui se posait entre elles comme un obstacle à leurs communications réciproques. Cet obstacle fut levé lorsque Charles Ueut transformé, comme nous l'avons dit*, la «Nouvelle-Belge» en

* Voir ci-dessus, page 4G8.

«Nouvelle- York.» S'étendant de proche en proche sur le rivage, les possessions anglaises arrivaient^ du côté du sud, par les deux Carolines et parla Géorgie, jusqu'aux établissements espagnols desFIorides (Saint- Augustin, Pensacole) et jusqu'aux établissements français de la Louisiane, du côté du nord, la Nouvelle-Angleterre touchait, parle MaineetleNouveau-Brunswick, au Canada, tandis que, dans l'intérieur des terres, entre les monts Alleghany et l'Ohio, se développait la ligne des forts construits par la France pour rattacher la Louisiane aux grands lacs. Toutes ces barrières tombèrent à la fois devant les Anglais, lorsqu'après la guerre de sept ans, dont nous avons raconté les malheurs, la Grande-Bretagne devint, par le traité de Paris (1763), maîtresse des deux Canadas, des deux Florides et de la partie de la Louisiane qui s'étend à l'occident du Mississipi. La puissance anglaise dans l'Amérique atteignit alors à l'apogée de sa grandeur. Cet empire colonial n'était pas seulement remarquable par l'immense étendue de son territoire, qui couvrait tout l'espace compris entre le Mississipi et le Saint-Laurent, mais aussi par l'agglomération de tant de colonies diverses en une seule masse compacte et homogène qui ne laissait prise à aucun envahissement de l'étranger.

A ce grand État continental se rattachaient, par le Canada, les possessions anglaises de la Baie d'Hudson, le Labrador, le pays des Esquimaux et ces autres contrées voisines du pôle où la terre ferme son sein aux moissons, mais où se recueillent, sur les neiges et dans les eaux, les plus précieuses proies pour la chasse et pour la pêche. Sous ce dernier rapport, l'île de \ Terre-Neuve était pour l'Angleterre une des acquisitions les i précieuses dont elle eût agrandi son domaine, fifin, à côté des colonies anglaises du continent, il faut placer ces possessions insulaires qui, seules, auraient pu suffire à constituer les dépendances coloniales d'un grand État : la Jamaïque, découverte par Christophe Colomb et enlevée par Cromwell à l'Espagne (en 1655), la Barbade, qui malgré sa petitesse devint l'une des îles à sucre les plus abondantes en produits; Saint-Christophe, où les Anglais et les Français

480 (ly^ ÉPOQUE.) LES DANOIS EN AMÉRIQUE.

avaient abordé pour la première fois le môme jour (en et qui resta longtemps partagée entre ces deux peuples : Tabago, conquise par Louis XIV sur la Hollande au prix d'ane sanglante victoire où commandait d'Estrées (1677), et qui depuis, négligée par la France, finit par tomber en 1763 m pouvoir de TAngleterre; Antigoa, longtemps déserte et qu^ maintenant est considérée comme le boulevard des o Petites- Antilles» ; la Dominique, Saint-Vincent, où les derniers restes des Caraïbes trouvèrent un refuge ; la Trinité, si longtemps espagnole, et tous ces petits archipels qui offrent au moins des lieux de relâche et quelquefois de fertiles cultures^ les Grenadilles, les lies Bahama, les Bermudes.

]Stabll0semeiito eolonl aux des DAiiolfl el dem Suédoki en Améri^c.

Parmi les peuples qui jouèrent un rôle, dans la découverte et la conquête du nouveau monde^ on s'étonne de qe pas voir figurer ces Scandinaves que leurs expéditions maritimes^ tournées vers les mers du nord, auraient dû mettre des premiers en communication avec les parties septentrionales du continent américain. Les Orcades, les îles Fœroô, l'Islande et le Groenland, successivement abordés ou occupés par les Danois ou les Norvégiens, semblaient autant d'escales pour les conduire jusqu'à l'île de Terre Neuve et à la terre de Labrador; mais s'ils firent quelques descentes passagères dans l'Amérique, ils y étaient arrivés, comme dit Baynal, a sans le savoir», et ils n'y formèrent aucun établissement dont ils pussent tirer quelque profit.

Les Danois prennent possession des îles de Saint-Thomas, de SainWean, de Sainte-Croix.

C'est seulement au xvii® siècle qu'on voit les Danois paraître dans l'archipel des Antilles, et y prendre possession d'abord de la petite île de Saint-Thomas, alors déserte; mais bientôt,

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