RÉVOLUTION DANS LART NAVAL
Première grande lutte maritime dans les mers d'Europe. Révolution qui s'était opérée dans l'art naval.
Alors commença Tune des luttes les plus mémorables dont rOcéan ait été le théâtre, car ce n'était plus avec des barques ramassées à la bâte, avec des marines d'emprunt ou des navires marchands transformés pour le besoin d'un jour en vaisseaux de guerre^ que se livrèrent les combats dans lesquels Ruyter et Tromp, Rupert et Blake déployèrent leurs talents d'amiraux. Les grandes flottes militaires avaient pris naissance. Après avoir appris à diriger les navires par la boussole, on avait trouvé le moyen de les armer de canons *, et l'art des constructions navales et de la voilure, s'élevant à la hauteur de ces inventions merveilleuses, avait fait peu à peu des vaisseaux de véritables citadelles flottantes, ayant en elles-mêmes leurs moyens de direction, de défense et d'attaque, pouvant se passer de rameurs et presque de soldats, si ce n'est de ceux que nécessite le service d'une formidable artillerie. Depuis ce moment, on avait mesuré la force des escadres moins par le nombre de bâtiments que par celui des bouches à feu dont leurs remparts de bois étaient garnis. Enfin, la tactique navale vint compléter cette révolution dans la guerre maritime : au lieu de se battre corps à corps, les vaisseaux munis de canons purent concourir, môme de loin, à la défense ou à l'attaque en commun : on rangea les escadres en lignes sur la mer comme les corps d'armée sur le terrain, et la science défaire manœuvrer des flottes marcha désormais de pair avec celle de commander des armées. Le duc d'York (depuis Jacques II) inventa ces pavillons variés dont l'emploi a rendu possible et rapide la transmission des ordres de l'amiral à tous ses vaisseaux.
Nous devions rappeler ces divers progrès pour faire comprendre l'importance du rôle que la marine va jouer désormais dans les guerres. Nous l'avions considérée tout à l'heure comme
1 La marine des anciens, dépourvue d'artillerie, dit le président Hénault, n'offre que des Jeux d'enfants en comparaison de nos combats de mer. (P. 941.)
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moyen de porter dans les régions les plus éloignées la civilisation de l'Europe et d'y faire sentir sa puissance; nous allons l'envisager maintenant comme moyen de vider les querelles qui s'élèveront au sein de l'Europe elle-même et de constituer, d'ébranler ou de raffermir ces grands'États qui exerceront ensuite leur influence sur le reste de l'univers.
Ce fut, nous l'avons dit, entre la Hollande et l'Angleterre que se livrèrent les premières batailles navales qui ouvrirent une ère nouvelle dans l'histoire de la marine européenne.
Accroissements progressifs de la flotte anglaise, du règne d'Elisabeth à celui de Jacques II.
La Hollande avait été puissance commerciale et maritime en naissant. L'Angleterre Tétait devenue graduellement en développant ses ressources intérieures et ses relations au dehors, car, chez ce peuple, tout se fait avec suite, constance et progrès. Henri VIII, malgré sa puissance, était encore réduit à louer des vaisseaux à l'étranger. Elisabeth, la première, dota son pays d'une flotte royale digne de ce nom : cependant, à la mort de la reine, il n'y avait encore que 42 vaisseaux de ligne dont les plus forts ne portaient pas au delà de 1000 tonneaux et de 40 canons. Jacques I" augmenta le nombre des bâtiments et leur grosseur. On admira, sous son règne, un vaisseau de* 1400 tonneaux armé de 64 canons. Charles P' établit, en 1634, pour les besoins spéciaux de la marine, la taxe appelée ship money^ dont le produit ne dépassait pas alors 200,000 livres sterling. Charles H, au moment de son rappel au trône (1660), trouva la flotte anglaise forte de 63 vaisseaux : ce nombre était augmenté de. 20 vaisseaux en 1678; il diminua dans les dernières années du même règne; mais Jacques II qui s'était fait un nom dans la marine comme duc d'York, se hâta, dès son avènement àii trône, de la rétablir dans sa première splendeur, et porta môme jusqu'à 173 vaisseaux la flotte royale de l'Angleterre; elle était alors montée par 43,000 hommes d'équipage.
La nécessité de se défendre contre les projets agressifs