BOMBARDEMENTS MARITIMES
venta pour nos marins une récompense nouvelle en accordant, à d'Estrées (en 1681)^ à Tourville et presque à Duquesne les honneurs du marécbalat, qui remplacent pour nos hommes de guerre ceux du triomphe antique, moins le sang et les larmes dont ce triomphe était souillé.
Bombardement d'Alger et de Gènes.
Les peuples qui nous avaient devancés dans la formation d'un grand établissement maritime avaient été d'abord nos maîtres dans diverses parties des sciences navales; nous avions appris des Hollandais l'art de perfectionner la construction des navires, et des Anglais celui de disposer « les flottes en bataille » et de les rallier par des signaux. Mais la France à son tour fit faire à la marine militaire un progrès qui n'a été dépassé que dans le siècle ou nous sommes. On a vu comment l'artillerie appliquée à l'armement des vaisseaux avait opéré une révolution dans la guerre navale ; mais l'artillerie a deux sortes de feux également terribles, les feux droits et les feux courbes : les premiers qui foudroient directement des bataillons et des remparts , les seconds qui projettent obliquement dans l'enceinte d'une place assiégée ces obus et ces bombes dont l'explosion répand au loin le ravage et la mort. Les batteries à feux droite avaient été seules installées jusque-là sur les planchers et les ponts des navires de guerre : on croyait impossible de trouver sur des corps flottants le point d'appui nécessaire pour faire jouer avec succès les mortiers à bombes. Un jeune homme étranger à ia marine, Bernard Renaud, crut en avoir découvert le moyen ; il fut appelé par Colbert à développer devant le roi son système, dont on se résolut à faire l'essai. Bientôt les galiotes à bombes étaient inventées, et le bombardement d'Alger (1681), puis celui de Gênes (1684), apprenaient au monde combien sont efl'rayants et rapides les désastres causés par ce nouvel engin de guerre. Les villes maritimes purent désormais être attaquées et réduites en cendres, sans que l'ennemi qui les menace et les ruine ait mis seulement le pied sur le rivage. Ainsi marchent de pair la
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civilisation et ces arts destructeurs dont le progrès serait un malheur public si, en aggravant les maux de la guerre, ils n'ofiraient aussi le moyen d'en abréger la durée.
Guerre maritime avec TAngleterre pour le rétablissement des Stuarts. Bataille de La Hogue.
La défaite de La Hogue (29 juillet 4692) vint interrompre le cours des succès maritimes de Louis XIV. La guerre qu'il faisait alors n'était pas une guerre d'ambition, mais de générosité. Il s'obstinait à soutenir un roi malheureux qui n'avait pas su s'aider lui-môme à remonter sur le trône où sa famille a laissé bien des souvenirs de gloire, dépassés encore par ses malheurs. La révolution religieuse d'Henri VIII était devenue la pierre d'achoppement sur laquelle se brisait sa dynastie. Mais les efforts que fit Louis XIV pour appuyer les derniers Stuarts furent dignes de la France et de la grandeur d'une cause dans laquelle il croyait intéressée celle de la religion et des rois. Quoique cette résolution ait entraîné pour nous bien des désastres, on aime à lire dans notre histoire que Jacques H, ce restaurateur de la marine d'Angleterre, fut ramené en Irlande par une flotte française. Et d'ailleurs, une grande pensée, dont la réalisation devait plus tard assurer la paix du monde, était au fond de cette politique de Louis XIV. Ne pouvait-il pas espérer de rendre durable, en U fondant sur la reconnaissance d'un tel service, l'alliance de l'Angleterre avec la France? Si la flotte de d'Ëstrées avait eu le temps de rejoindre celle de Tourville qui l'attendait sur les côtes de la Normandie et qui, toute seule, soutint dix heures de combat ^, qui sait combien de révolutions ou de guerres auraient pu être épargnées à l'Europe?
« La flotte combinée d'Angleterre et de Hollande, commandée par lord Russell, était forte de 89 vais-eaux et 23 frégates. Tourville n'avait sous ses ordres que 4i vaisseaux. Pas un des vaisseaux français n'amena son pavillon. (Azuni, 1. 1, p. 168.)