‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 185 sur 205 · TEMPÉRAMENTS AU SYSTÈME COLONIAL · texte numérisé non relu

TEMPÉRAMENTS AU SYSTÈME COLONIAL

d'autre part^ entre ces colonies elles-mêmes^ tenues jusque-là comme en séquestre les unes vis-à-vis des autres.

Au régime des a galions » qui partaient constamment des mômes ports, et une fois seulement par année, on substitua celui des « vaisseaux de registre » parlant à des époques indéterminées, chaque fois que le besoin s'en faisait sentir^ et se dirigeant, suivant les circonstances, tantôt vers un points tantôt vers un autre, là où le commerce en réclamait l'envoi. Mais en améliorant la condition de ses sujets, Philippe V dut se résigner à subir, au profit des étrangers^ certaines charges résultant d'une situation si longtemps précaire. Les Français s'étaient fait concéder le privilège de fournir le Pérou des articles fabriqués que l'Espagne ne produisait pas encore : ce commerce spécial devint une source de richesse pour notre port de Saint-Malo. Les Anglais à leur tour avaient obtenu, sous la reine Anne, le privilège dont avaient joui successivement le Portugal et la France, de fournir de « noirs d'Afrique u les colonies espagnoles ^, et de plus le droit d'envoyer tous les ans à Porto-Bello un navire de 500 tonneaux chargé de marchandises d'Europe. Les abus auxquels donna naissance cette importation^ dont le volume croissait frauduleusement chaque année, provoquèrent de la part de TEspagne quelques mesures de police et de répression.

Ce fut pour l'Angleterre une occasion de déclarer la guerre à l'Espagne (fin de i739). Sur la plainte portée au Parlement par un simple patron de navire (Jenkins), Tamiral Vernon, à la tête d'une flotte formidable, partit d'Europe pour détruire Porto-Bello et Garthagène, ces deux entrepôts où, depuis Charles-Quint, se faisaient, à l'arrivée des galions, les échanges entre les produits des deux mondes. La première de ces villes fut prise et rasée (1740). Mais la seconde s'illustra par une défense opiniâtre qui obligea l'amiral anglais à lever le siège (174i), dans le temps môme où, en Angleterre, on célébrait d'avance sa victoire. Après la destruction de Porto-Bello, les communications des Espagnols avec le Pérou cessèrent d'avoir

* C'est ce qu'on appelait Uassiento de los negros, (le traité des nègres) et, par abréviation, Vassiento.

lieu à travers Tisthme de Panama; ils apprirent à doubler le cap Horn et à passer ainsi sans transbordement dans la mer du Sud.

Ces innovations conduisirent à d'autres progrès. En 1748,1e service des galions céda tout à fait la place aux libres expéditions de marchandises entre l'Europe et les colonies. En i764, on vit s'établir sur cette ligne des communications mensuelles au moyen de paquebots réguliers. Enfin le dernier acte du gouvernement espagnol que nous ayons à noter ici pour son importance est Tédit de Charles III (en 1765) qui permit k tous ses sujets de faire le commerce avec les Antilles espagnoles (Cuba, Hispanioia, Porto-Rico, la Marguerite et la Trinité), sans autre formalité qu'un simple acquit délivré par la douane du port de départ, sans autre charge que le payement d'un droit de 6 pour 100 à la sortie. Ce privilège, étendu bientôt après à la Louisiane espagnole et aux provinces d'Yucatan et de Campôche, a renversa^ dit Robertson, toutes les barrières « dont une politique jalouse s'était efforcée, pendant deux (( siècles et demi, d'environner le commerce de l'Europe avec « le nouveau monde ^. »

Vers le milieu du dix-huitième siècle^ et pendant que l'infant don Philippe s'emparait de la Savoie, une escadre espagnole se combinant, à la sortie du port de Toulon, avec une escadre française, avait livré bataille à une flotte anglaise commandée par Tamiral Matthews, et, malgré l'avaniage du nombre qui appartenait aux Anglais^ les alliés purent s'attribuer les honneurs de la victoire. Mais l'Angleterre n'en resta pas moins maltresse de la mer comme auparavant, et la marine espagnole^ négligée pendant les premières années du règne de Ferdinand VI, ne fut ramenée dans la voie du progrès que sous la sage administration du marquis de l'Ensénada. Le nombre des vaisseaux de ligne espagnols, réduit en 1761 à 37^ alla croissant jusqu'à l'époque de la Révolution française. En 1778, l'Espagne avait à la mer 67 vaisseaux et 32 frégates.

* Histoire d'Amérique, t. III, p. 19î>, 200. (Traduction de Suard, Paris, Didot, 1818.)

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