‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 45 sur 205 · COMMERCE MARITIME DES ANCIENS PEUPLES · texte numérisé non relu

COMMERCE MARITIME DES ANCIENS PEUPLES

Commeree maritime des PhénldeiM, des Juifs et des Carihtk^ÈMÈmhi.

Pour parler d'abord des deux peuples de Tanliquité en qui le génie du commerce sembla dominer tous les autres, et pour qui la guerre ne fut qu'un moyen de défendre ou d'agrandir le champ de leur négoce, nous voyons les villes maritimes de Tyr et de Carthage^ issues de la môme origine^ servir d'entrepôt, pendant des siècles, l'une aux productions de TAsie, l'autre à celles de l'Afrique, réunir les trésors de l'Inde à ceux de l'Arabie, attirer à elles le commerce des côtes qui se découvraient peu h peu sur l'Océan, et déverser sur l'Europe toutes ces richesses naturelles, transformées quelquefois par leur propre industrie.

Sous le règne glorieux de Salomon, les flottes des Juifs s'associèrent pour quelque temps aux entreprises hardies des navigateurs de Tyr. Le génie commercial de ce grand roi se révéla tout d'abord parla fondation de Palmyre, qui ouvrit aux caravanes de l'Inde le chemin des déserts de la Syrie, et dont les ruines nous rappellent à la fois et la splendeur de cette illustre ville^ et le nom héroïque et touchant de la seule reine dont les Romains^aient triomphé.

commeree maritime des crées.

Plus modestes que les Phéniciens dans leurs entreprises de commerce, auxquelles ils n'attachèrent jamais leur gloire, et que souvent même leurs philosophes ont trop méprisées, les Grecs ont cependant^ grâce à leurs ports si beaux, à leurs îles si florissantes, à leurs migrations si nombreuses, étendu fort loin leurs relations maritimes; et sans offrir aucune cité mar-

chande qu'on puisse comparer à Tyr ou à Carihage, ils ont exercé dans le commerce maritime une puissante, et, comme uous le verrons toutàTheure, une salutaire influence. Mais Tamour de l'indépendance, qui leur faisait souvent négliger leur intérêt politique, laissa se diviser entre une multitude de villes le profit qu'on pouvait tirer de ces liens coloniaux qui les mettaient en rapport avec Tunivers connu des anciens. De là ces renommées de prééminence maritime qui passèrent si souvent et si rapidement d'une ville à une autre ville, d'une peuplade à une autre peuplade, tellement que, s'il faut en croire un document conservé par Ëusébe et commenté par Selden^ le sceptre de la mer aurait changé de mains dix-sept fois en moins de six siècles ^.

L'essor commercial de la Grèce commença par les colonies de l'Asie Mineure; Milet> Smyrne, Éphèse, furent les premiers elles plus importants marchés de ce rivage. Les ties de la mer Egée suivirent cet exemple. La situation heureuse de la Crète dut attirer promptement les peuples voisins vers ses ports. La tradition associe au nom de Minos, le premier législateur de ce pays, un souvenir de prépondérance maritime qui marquerait dès lors la liaison intime de la prospérité commerciale avec de justes lois. Égine, à qui le poôte Hésiode fait honneur de l'invention àe^ navires, se distingua dans le commerce, ainsi que Lesbos, Chio, Samos, et plus tard cette fameuse Bélos, qui dut cependant une célébrité plus poétique et plus grande au temple d'Apollon, dont on y venait admirer les prodiges. Mais, quant à l'objet de cette étude, la primauté parmi les îles commerçantes de la Grèce doit appartenir à Rhodes, célèbre par ses monuments, par ses écoles, mais dont le principal litre de gloire est, à nos yeux, cette législation commerciale dont nous parlerons tout à l'heure.

La Grèce proprement dite n'eut longtemps qu'un trafic inlérieur. Elle recevait des Phéniciens les objets de luxe dont

' Comme le remarque judicieusement M. Pardessus, ce titre pompeux de ^aitre de la mer doit, suivant toute apparence, s'entendre uniquement de

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ne pouvaient se passer son élégance et sa mollesse, et dont Corinlhe fut jusqu'à sa chute le riche entrepôt. Les premières relations maritimes des Grecs furent sans doute avec TÉgypte, dont les blés complétaient leurs récoltes insuffisantes; et lorsque la Grèce eut un commerce propre, ce fut principalement vers le Pont-Euxin que se dirigèrent ses vaisseaux. Entourée d'une ceinture de colonies de race hellénique, cette mer était pour les Grecs comme un lac dont ils tenaient les clefs^ par la possession de Sesios et d'Abydos sur THellespont, de Byzance et de Cbalcédoine sur le Bosphore de Thrace. Maîtres des bouches de Tlster (le Danube) et du Boryslhènes(le Dnieper), ils comprirent les premiers l'importance de la navigation sur ces grands fleuves; et l'on croit qu'en remontant lister, ils avaient ouvert à leur commerce une route qui se prolongeait par terre jusqu'à la mer Adriatique, où ils retrouvaient, dans l'Illyrie, les colonies grecques d'Épidamne, de Lisse, d'Apollonie. En môme temps, à l'autre extrémité du Pont-Euxin, où ils possédaient Phase et Dioscurias dans la Colchide, on peut présumer que leur commerce s'étendait en deux branches : du côté du nord, dans la Scythie, autour du Palus-Méotide, et sur les bords du Tanaïs; au midi, vers le pays des Issédons qui^ à travers leurs solitudes, pouvaient leur apporter les riches produits des Sères (les Chinois) et de l'Inde. '

Cette division du commerce des Grecs entre plusieurs villes, dont aucune ne devait inspirer de sérieuses jalousies aux maîtres du monde *, leur a permis de conserver, sous la domination romaine, une puissance maritime qui devint souvent utile à leurs vainqueurs.

1 II faut en excepter Corinthe, dont la richesse et la puissance attirèrent sur elle une veugeance cruelle, que Cicéron lui-même trouve imméritée. On connaît ce mot célèbre : a Nollem Gorinthum. » (De officits, lib. 1, § 35.)

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