‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 46 sur 205 · DES MARSEILLAIS · texte numérisé non relu

DES MARSEILLAIS

Udc seule des colonies fondées par la Grèce ^ Marseille, aurait pu faire ombrage à la puissance romaine, si la diversité de mœurs et d'intérêts qui exista, dès Torigine, entre la reine du commerce des Gaules et Garthage, n'eût porté les Marseillais à préférer l'alliance des Romains, auxquels ils demeurèrent en tout temps fidèles, et dont ils obtinrent, en retour, la protection, l'estime et l'amitié. A l'époque où Rome se divisa contre elle-même, Marseille, obligée de prendre un parti, se prononça pour celui du côté duquel elle voyait le sénat et les consuls; et réduite par les armes de César, elle fut vengée par les accents de douleur de Cicéron.

Portant dans leurs relations commerciales l'esprit libéral et' civilisateur de la Grèce, les Marseillais ne s'employèrent jamais que pour assurer la liberté des mers. Tandis que Cartbage couvrait d'un voile impénétrable la connaissance de ses découvertes et des lieux même où s'exerçait son commerce, Marseille semblait n'encourager les entreprises bardies de ses navigateurs que pour le commun profit du monde entier. Par la culture des sciences et des beaux-arts, elle mérita d'être appelée l'Athènes des Gaules. Ses institutions étaient si sages, que Cicéron trouvait plus facile de les vanter que de les imiter. Bien que son commerce ait atteint au plus haut degré de prospérité, il était, comme sa politique, modéré dans sonéten- <ï«e. Les négociants de Marseille n'allaient point chercher directement les richesses de l'Inde et de l'Arabie; mais la position de leur ville, et leurs rapports intimes et bienveillants avec les Gaules, faisaient affluer dans leur port toutes les ressources de ce sol si fertile et si varié dans ses produits. Les ^tes de la péninsule ibérique, situées sur les deux mers, liaient couvertes de leurs colonies, dont le régime indépendant et libre retenait les populations dans le devoir, par les liens de la reconnaissance et la communauté d'intérêts.

98 (l'* ÉPOQUE.) COMMERCE MARITIME

A côté de ce mémorable exemple de ce que peut la modération dans les désirs et la justice dans les actes, nous voyons Tyr et Carlhage détruites, à un siècle et demi de distance. Tune par la main do jeune conquérant de TAsie , Tautre par les ordres impitoyables de la ville dominatrice de l'univers. Toutes deux, suivant la mesure de leurs forces, surent résister avec courage et périr avec honneur. Mais la longue histoire de leurs prospérités, qui fut aussi celle de leur fastueuse opulence, a laissé trop peu de nobles et généreux souvenirs.

t^Buneree marltiine des IScypUenAi.

En détruisant Tyr^ Alexandre avait voulu montrer au monde quel sort il réservait à quiconque osait braver sa puissance; mais, pour ne pas frapper du môme coup le commerce maritime dont cette ville était le centre, il résolut de la remplacer par un autre port^ et son génie lui fit choisir, près de l'embouchure du Nil, remplacement admirable d'Alexandrie. C'est à cette fondation seulement que les historiens de l'antiquité reportaient l'origine certaine du rôle important que l'Egypte aurait joué sur les mers.

Au témoignage d'Hérodote^ de Plutarque, de Strabon, une croyance, répandue parmi les anciens Égyptiens, leur faisait considérer comme illicite et profane tout usage quelconque de la mer. La navigation fluviale parle Nil aurait donc été la seule qui fût restée en honneur dans ce pays. Ces témoignages, il est vrai, paraissaient difficiles à concilier avec ce que l'antiquité racontait elle-môme des voyages de Bacchus, d'Hercule^ d'Osiris partant de l'Egypte pour aller à la conquête de l'Inde; et des expéditions maritimes de Sésostris, qui aurait réduit sous sa domination jusqu'au Pont-Ëuxin, et conçu, suivant Pline, le projet de réunir, par un canal navigable, le golfe Arabique à la Méditerranée ^.

1 Daneon portus ex quo navigabilem alyeum perducere in Nilum, quâ parte

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