‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 62 sur 205 · RÉPRESSION DE LA PIRATERIE · texte numérisé non relu

RÉPRESSION DE LA PIRATERIE

TÎgation maritime, comme on se réunit en caravane pour se défendre contre les Bédouins du désert. Mais, si c'était là une ressource pour se mettre à Tabri d'agressions imprévues, ce n'était pas un moyen de purger les mers de la piraterie, dont le propre est de croître en force et en audace, si on la laisse s*exercer impunément.

La répression de ce brigandage a dû marcher de pair avec les progrès de la civilisation et du droit.

Aussi voyons-nous que les nations les plus renommées pour la justice de leurs lois nautiques furent celles qui s'employèrent avec le plus de zèle à extirper cette plaie de la navigation maritime. Les Rhodiens notamment méritèrent cet éloge dans l'antiquité. Au témoignage de Strabon, ils étaient parvenus k anéantir dans leur voisinage les déprédations des pirates ^.

Ce serait temps perdu que de rechercher ici le détail des entreprises qui eurent cet objet chez les anciens peuples. La plupart sont restées ignorées, comme les actes de brigandage qui les rendaient nécessaires. Nous avons dû seulement rappeler, dans notre résumé d'histoire, la célèbre expédition de Pompée^ car la gravité du mal, l'importance des forces navales déployées par ordre du sénat romain, et la grandeur du résultat obtenu, l'ont placée au rang des faits d'armes maritimes les plus célèbres; mais cette guerre resta sans triomphe parce que les pirates ne sont pas, comme ditUlpien^ de «justes ennemis », mais des o brigands », des voleurs K

 ce point de vue la répression de la piraterie semble philât appartenir au droit public qu'au droit des gens, car si l'on eoToie contre les pirates des expéditions, quelquefois même des armées navales, c'est que la nécessité oblige à recourir à b force pour les réduire lorsqu'ils ont eux-mêmes la force en ^io pour se défendre ; mais comme ce sont en réalité moins

* A^t TMV ^o^Mv icoXi;... Ta X^onopia xftôilXi. (Strabo, lib. 14, p. 964.) ' Hottes sont quibus bellum publiée populus romanus decrevit, vei ipsi

popoloromuio. Gœteri latruncuU vel prœdones appellantur. (Fragm. 24,Dig.,

^^* *». tit 18.)

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des ennemis que des violateurs de toute loi divine et humaine, c'est^ après tout, devant les tribunaux qu'ils ont à comparaître^ pour s'y voir appliquer les peines dues à leurs crimes.

Disons cependant que cette notion vraie du droit, qui est celle de nos siècles civilisés et chrétiens, n*a pas toujours été aussi clairement perçue chez les anciens peuples ; ou plutôt, par une de ces contradictions qui se rencontrent si souvent dans la morale pratique des nations comme dans la morale privée des hommes, les mômes actes que l'on traitait de crimes quand ils étaient commis par des aventuriers sans patrie et sans loi, passaient quelquefois pour licites quand des nationaux se les permettaient vis-à-vis d'étrangers, dont ils rapportaient les dépouilles dans leur patrie, comme un légitime butin de guerre.

Combien d'anomalies apparentes^ dans les faits qui nous ont été transmis par les historiens de l'antiquité, trouvent dans cette observation toute simple leur explication naturelle. Autrement, comment comprendre qu'à côté dçs Romains chez qui les pirates étaient pendus au gibet de l'infamie, on nous parle des Illyriens, des Cattes, des Garamantes, des Germains * qui ne vivaient que de rapines et de brigandages sur terre et sur mer?

Accorderons-nous donc le nom de apeuple» à une association de pirates ou de brigands? Non sans doute : mais il faut reconnaître cependant qu'autre chose est une coalition momentanée de malfaiteurs réunis pour le crime, autre chose est un semblant de peuple organisé qui a ses magistrats, son gouvernenaent, ses lois ou ses usages, et qui tolère de la part de ses sujets, ou commet lui-môme, certains actes repoussés par la morale du genre humain, comme les Barbaresques de la côte d'Afrique en étaient, de nos jours encore, un honteux exemple. [Tantum discrimen est inter populum quantumvis sce-

^ Apud Germanos latrocinia qus extra civitatis cujusque fines flebant , nullam habebant infainiam, dit César, (Grotius, De jure belli, lib. 3, c. 3, §2.)

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