‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 73 sur 205 · tt · texte numérisé non relu

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194 (il'' ÉPOQUE.) HISTOIRE MARITIME.

C'est môme de cette époque que datent les premières notions certaines d'un commerce maritime avec les Chinois par nie de Ceyian (l'ancienne Tabropaoe). ^Alexandrie était toujours l'intermédiaire de ces lointains échanges.

Quant au commerce de Constantinople avec Rome et TEurope occidentale, on comprend assez ce qu'il devait être dans les siècles où les affaires et les intérêts de l'univers se parta-; geaient entre les deux capitales de l'empire ^.

U ne nous appartient nullement de raconter ici la longue agonie de Rome, d'où la vie se retirait peu à peu^ non sass lutte et sans combat, comme il arrive dans un corps robuste où le cœur continue de battre quelque temps après quS^ le froid de la mort a gagné les membres.

On trouvera décrites dans les histoires cette série d'invasions successives qui mirent aux mains de hordes à demi sauvages les plus belles provinces romaines : on y verra par combien d'humiliations et de misères la capitale de l'ancien empire d'Occident a expié ses combats du cirque et ses triomphes^ et combien de pillages lui attira cette réputation inouïe de richesse au bruit de laquelle la barbarie s'était levée pour saisir sa proie. Puis enfin, lorsqu'à bout de légions et de capitaines, Rome semblait n'avoir plus où trouver de défenseurs^ elle envoie au-devant d'Attila son pontife^ son pape ; cette digne et sainte figure qui apparaît, au seuil des temps modernes et en face de la barbarie, comme le premier gage d'une nouvelle civilisation à laquelle appartient Tavenir.

Mais pendant ces longs siècles, où l'ancien monde est parcouru dans tous les sens, non plus par des armées, comme sous un Cyrus, un Alexandre ou un César, mais par des nations errantes en quête de régions nouvelles pour les habiter, deux points seulement doivent appeler ici notre attention.

i Constantinople faisait le plus grand et presque le seul commerce du monde, dans un temps où les nations gothiques d*un côté, les Arabes de Tautre, avaient ruiné le commerce et l'industrie partout ailleurs... Les Grecs étaient maîtres de la mer : cela mit dans TÉUt d'immenses richesses et par conséquent de grandes ressources. (Montesquieu, Grandeur et décadence des Romains, ch.n.) '^^

LA BfARINE ET LES BARBARES. 195

Noos avons à rechercher^ d'une part, si parmi ces nouveaux conqaérants ou plutôt ces envahisseurs du monde, il en est pour qui la navigation ait été un moyen d'accomplir leur . mission destructive.

Nous avons ensuite à saluer, au milieu des ruines, la naissance de nouveaux États maritimes dont le nom, d'abord obscur, grandira bientôt.

Noire première étude sur les temps antiques ^ a eu pour objet de faire ressortir la part considérable qui est échue à la navigation maritime dans la diffusion des peuples déjà policés de l'Asie sur les continents et les îles de l'ancien monde ; on jaya comment les colonies bienfaisantes, sorties d'abord de l'Egypte et de la Phénicie, se multiplièrent siir les plages heureases de la (Hèce, pour porter de là presque en tous lieux la civilisation et le commerce. Un vaisseau marchand n'est-il pas encore l'emblème sous lequel on représente les arts de la paix?

C'était, au contraire, par les voies de terre que devaient s'accomplir ces migrations fatales, destinées à éteindre ou du moins à comprimer pour un temps la civilisation et ses bien- Uts. Ce fut à travers les neiges des montagnes, les solitudes des déserts, les marécages et les forêts, que s'avança sur l'Occident, d^un côté, sur l'Orient^ de l'autre, ce déluge de peuplades sauvages. Les diverses familles des Goths, les Suèves^ les Burgundes , les Francs, les Hérules, les Lombards, les Hons, les Alains, les Avares, les Bulgares, les Gépides, n'apportaient rien avec eux, si ce n'est un sang nouveau à mêler an sang corrompu des vieilles races de l'Europe ou de PAsie« Ces peuples ignoraient, pour la plupart, les premiers éléments do la science navale, comme tous les autres arts, et c'est ce (pi rendait quelque confiance aux empereurs grecs quand ilb f6Douvelaient si souvent la défense, sous peine de mort, d'enseigner aux Barbares la fabrication des navires.

Cependant, pour qu'aucun fléau ne fût épargné au monde,

< Toir;ci-de8SU8, pages 89 à 93.

idÔ (IP ÉPOQUE.) EXPÉDITIONS MARITIMES

il j éot aussi des invasions qui s'accomplirent par la voie de iàer,

* /"iïïles commencèrent peut-être par ces races gothiques qui habitaient près des bouches du Borysthène, et qui trouvèrent dans leurs populations surabondantes de quoi jeter à la fois des masses envahissantes sur Tun et sur l'autre élément. On vit, à deux et trois reprises, leurs multitudes embarquées, on ne sait comment, sur des navires de pirates, sur des bateaux de pêche ou sur de simples radeaux, se répandre sur les côtes de TAsie Mineure et de la Grèce, puis se retirer et disparaître, laissant après elles Tincendie, la famine et la peste.

Ce fut aussi par mer que les Vandales pénétrèrent en Espagne, puis en Afrique, pour y détruire la civilisation romaine et chrétienne, et que les Saxons et les Angles passèrent dans les Iles Britanniques, où leur race devint dominante, et jeta les fondements de la vieille Angleterre. Mais deux peuples surtout, les Normands sur les côtes de TOcéan, les Sarrasins sur celles de la Méditerranée, ajoutèrent pendant longtemps la terreur de la piraterie à celle qu'inspirait leur nom de Barbares. Remarquons ici les profondes différences qui séparent ces deux peuples, en ce qui touche leur origine, le caractère de leurs invasions, et leurs destinées.

C'est de la mer que semblaient sortir ces hommes du Nord (Nortmanni) qui, s'élançant à l'improviste des baies et des tles Scandinaves, portèrent, pendant près d'un siècle, la dévastation et l'effroi dans les plus belles provinces de l'ancienne Gaule et dans la Flandre, jusqu'à ce qu'ayant obtenu, sous leur chef Rollon (an 912), la cession de la Neustrie, ce peuple reçut l'Évangile, adoucit ses mœurs, et, conservant sa mâle énergie, prit rang, par lui-même, et par ses nouvelles conquêtes, parmi les plus illustres nations du monde moderne, ï.

Cette habitude de la mer, qui valut peut-être aux Normands une transformation si glorieuse, avait commencé sans doute par les plus odieux brigandages; mais, suivant la remarque

judicieuse de M. Pardessus ^, toute piraterie suppose Texisleoced'uD commerce maritime aux dépens duquel elle s'exerce. Tacite nous donne sur Tart avec lequel des peuples « qui habitent, dit-il, au milieu de l'Océan^», construisaient leurs navires, des détails auxquels on croit reconnaître ces flottes Dorinandes aussi promptes à remonter les fleuves qu'à reprendre la mer avec les dépouilles qu'elles enlevaient.

La conquête des Iles Britanniques, par Jules César, avait rapproché les Romains de ces parages où l'Océan, entrecoupé de langues 'de terre de figures bizarres, îles, presqu'îles et promontoires, semble déjouer tous les calculs, et mettre en début tous les navigateurs. Le souvenir de Thulé, cette borne extrême de la navigation antique , témoigne du commerce qu'entretenaient les Romains avec les peuples Scandinaves; ceux-ci peut-être, à leur tour, lancèrent jusque vers le continent de l'Amérique quelques-uns de leurs navires, pendant qu'à travers les populations belliqueuses dont le siège mal connu était dans ces régions du Nord, leurs communications terrestres pouvaient s'étendre jusqu'à la mer Noire par la Bulgarie.

Quelle que soit la terreur que le nom sarrasin a répandue pendant tant de siècles parmi ce qui restait de peuples civilisés sur la terre, quelque légitime que fût cet effroi en présence du double esprit de prosélytisme et de conquête qui animait au combat les sectateurs fanatiques du Coran, il est impossible que l'histoire ne distingue pas les Arabes entraînés par Mahomet, de ces barbares du Nord sortis, sans ordre^ sans lois, presque sans nom, de leurs forêts ou de leurs montagnes.

Mais par cela même que ces derniers étaient plus incultes et plus près de l'état sauvage, ils étaient plus disposés à res-

* Collection de lois maritimes, 1 1, p. lxix.

* Suionom hinc civitates, ipso in Oceano, classibus valent. Forma navinm 66 diflèrt qu6d atrimque prora paratum semper appulsui frontem agit. Nec Tdis ministrantur, nec remos in erdinem lateribus adjungunt Soiutum, ut in qoibaadam flaminum, et mutabile, at res poscit, hinc vel illinc remigium. (De moribus Germanorum, c. 44.)

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senlir les impressions que produit Taspeei des villes, des cultures, des monuments de rindustrie et des arts; à discerner la justice de sages lois^ et à accepter des croyances religieuses qui condamnaient le luxe et les vices de la civilisation corrompue que la mission de ces peuples était de détruire^

Aussi,après un temps plus ou moins long, voyons-nous les barbares du Nord, convertis eux-mêmes à la foi chrétienne, se mêler et se fondre peu à peu avec les races indigènes, quitter leurs mœurs et leurs lois, pour adapter à leur usage, ed les modifiant, les lois et les institutions gauloises ou romaines. • Les Sarrasins, au contraire, portant le glaive d'une main, le Coran de Tautre, ne prétendaient pas seulement envahir les provinces ou les royaumes, mais les convertir violemment à leur civilisation^ telle quelle, et à leur foi, sinon les réduire sous le joug de la servitude la plus humiliante et la plus dure. Loin de se laisser absorber nulle part, sur la longue route de leurs conquêtes, par aucune nationalité étrangère, ils absorberont dans leur nationalité propre jusqu'aux Mongols et aux Turcs, leurs farouches vainqueurs, et se posant, dans l'univers, en ennemis du nom chrétien, ils sauront cependant , par dès emprunts faits aux traditions orientales et à la civilisation chrétienne elle-même, allier, sous leurs califes de Bagdad et de Gordoue, les lettres, la politesse et les arts, avec des lois impures et des coutumes barbares.

C'est ainsi qu'en organisant, dans la partie occidentale de la Méditerranée, cette piraterie redoutable qui avait bravé jusqu'à nos jours la puissance de la civilisation chrétienne, l'islamisme avait eu aussi, dès l'origine, des flottes régulières et un commerce florissant.

Un siècle ne s'était pas écoulé depuis la prédication de Mahomet S que déjà l'empire des califes embrassait la Perse, la Syrie, la Palestine, l'île de Chypre, l'Egypte, les anciennes possessions carthaginoises et romaines de l'Afrique, et, mettant un pied^ dans l'Italie, pénétrant en Espagne^ menaçait

1 L'ère des Mahométans (l'hégire) commence Tan 622 après J.-C,

DES SARÏIÂSINS. 199

d'asservir la France elle-même; mais la vaillance de Charles

Martel (732) opposa^ dans les champs de Poitiers, une digue à

ce torrent dévastateur.

Les Sarrasins pouvaient-ils négliger la source de richesses que leur offrait cette réunion de provinces qui, se continuant presque à Tentour de la Méditerranée toute entière, atteignait de la mer des Indes au grand Océan. Non-seulement ils cultivèrent avec rOrient les relations anciennes des Romains et des empereurs grecs, mais, en interdisant à ces derniers le commerce du Levant, ils songèrent à le développer à leur profit. %n môme temps que le précepte du pèlerinage à la ville du prophète imprimait un accroissement inouï à la navigation du golfe Arabique, Bassora devenait, au fond du golfe Persi|be, l'entrepôt central des marchandises de la Chine et des Indes, qui, de là, remontant TEuphrate ou le Tigre, se dirigeaient par Alep et Damas vers la Méditerranée, ou par Tauris et Tiflis vers la mer Noire.

Après avoir porté d'ahord dans la navigation maritime l'esprit exclusif et dominateur de leur culte , les Sarrasins se plièrent à quelques concessions en faveur du commerce fait par les chrétiens : des relations se nouèrent entre les nouvelles cités marchandes de l'Europe, dont nous allons parler tout à l'heure, et les ports musulmans de la Syrie. Mais le progrès le plus important dans cette voie eut lieu vers la fin du x* siècle. LesFatimites, qui dominaient alors en Egypte, s'étant rendus indépendants des califes de Bagdad, rouvrirent aux Européens le port d'Alexandrie, pour que la ville si favorisée de Bassora Irouvât sur la Méditerranée sa rivale.

n nous faut tourner maintenant nos regards vers les peuples envahis ou vaincus, pour voir si de nouveaux éléments de civilisation, d'industrie, de commerce maritime ne sont pas prêts à reparaître, après le passage de la barbarie, comme ces débris de culture qui se retrouvent dans nos champs après les %àts d'un orage.

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