‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 74 sur 205 · CHAPITRE U · texte numérisé non relu

CHAPITRE U

DES ETATS MARITIMES QUI SE FONDENT OU QUI REPARAISSENT EN EUROPE APRÈS LA CHUTE DE l'eMPIRB D*0CCIDENT.

Venise.

L'excès môme du mal en amena le remède. Au plus fort des ravages qu'Attila, «cet homme né pour l'effroi du monde», comme dit M. de Chateaubriand, exerçait en Italie, quelques réfugiés, chassés de leur pays et réunis dans les lagunes du golfe Adriatique (vers 452), jetèrent, au milieu de la mer, les premiers fondements d'une ville qui devait bientôt en affecter l'empire. Les grandes cités maritimes d'autrefois, îjrr, Sidon^ Carthage, Alexandrie, Marseille, s^étaient posées sur les parties les plus ouvertes des rivages et des mers; c'est, au contraire, dans le fond d'un golfe que s'élève, en se cachant pour ainsi dire à tous les regards, cette ville magnifique qui oublia trop, dans sa splendeur, qu'elle avait été d'abord un lieu de refuge et de liberté. Avant d'envoyer au loin ses flottes, il lui fallut purger la mer Adriatique, à laquelle elle donna son nom, des pirates qui, de tout temps, l'avaient infestée, mais qui étaient devenus plus redoutables encore pendant les invasions et les guerres de la barbarie. Ce fut avec l'empire grec de Conslantinople que les Vénitiens établirent leurs premières relations commerciales ; ils les continuèrent pendant de longs siècles, jusqu'au moment où leur intérêt leur fit tourner les armes de la chrétienté contre cet empire, auquel ils portèrent, comme nous le verrons plus tard, un des coups qui en préparèrent la ruine.

Gènes.

Remontant à l'antiquité par son origine, et appelée à jouer, dans la civilisation moderne, un rôle qui dépassera de beaucoup son ancien nom , Gênes peut aussi figurer au premier rang parmi les villes italiennes qui rétablissent une sorte de

DE l' ITALIE. 201

commeroe et d'ordre maritime après les iDvasions des bariMUtes. Elle soutiendra par ses richesses, par ses grands homnés et ses hauts faits, sa rivalité avec Venise; mais^ plus mêlée au mouvement des révolutions qui se feront autour d'elle et qui la diviseront elle-même, donnant accès aux passions de la liberté comme à celles de l'ambition et du pouvoir, elle sera plus vulnérable et plus exposée à partager les fortunes diverses des États avec lesquels elle aura lié son sort par calcul, par générosité ou par caprice.

PUe.

Située sur le môme golfe que Gônes, comme pour la défier kahe lutte d'influence, qui ne pouvait atteindre sans doute aux grandes proportions des luttes antiques^ mais qui appela longtemps l'attention du monde, quand les intérêts de la navigation maritime s'agitaient seulement dans la Méditerranée, Pise était ^ aussi une ancienne colonie romaine, qui se releva de ses ruines avec le génie du commerce et de l'indépendance. L'Arno, qui larejoint aujourd'hui avec la mer dont les rivages se sont éloignés, étaitalors son port maritime. Elle ne fonda pas des institutions aussi fortes que celles des deux grandes villes dont nous avons parlé d'abord; mais si sa politique, trop dépendante des .empereurs, lui fît éprouver de cruels désastres, son histoire commerciale, maritime et militaire eut de belles et glorieuses pages dont nous rapporterons quelques traits.

ÂDCÔne et Ânialfl.

Nous devons mentionner encore, parmi les villes italiennes qui servirent d'asile au commerce dans le moyen âge, Ancône etAmalfi.

La première, déjà célèbre sous l'empire romain, puisqu'elle servait de station à l'une des deux flottes destinées à protéger les côtes de l'Italie, n'essaya pas, lorsque reparut quelque ordre dans les affaires du monde, de se poser en rivale de Venise naissante; mais elle concourut à la réaction qui s'opéra en faveur de la civilisation et du droit. . *!.*

202 (il* ÉPOQUE.) VILLES MARITIMES

La petite ville d'Amalfi , presque perdue maintenant dans le golfe de Salerne, eut le double bonheur d'attacher son nom à Tun des plus curieux monuments du droit maritime du mo^n âge ^ , et à la découverte du plus célèbre manuscrit des Pandectes romaines.

Mais ce ne fut pas là son seul titre à la renommée ; et la puissance qu'elle dut au commerce contre-balanQa^ pendant quelque temps, celle de Venise elle-même.

Barcelone.

Pourrions-nous enfin, dans cette revue rapide, passer sous silence Nice, Marseille, Narbonne, Arles, Barcelone?

Quoique cette dernière ville ne fasse qu'apparaître dans l'époque dont nous nous occupons en ce moment, nous devons la citer comme un mémorable exemple des fortes résolutions qu'inspire à de nobles cœurs la vue des malheurs de la patrie, et qui les poussent à reconquérir la puissance par : l'activité du commerce et de l'industrie. L'Espagne presque entière était au pouvoir des Sarrasins lorsque Barcelone, étant parvenue à secouer leur joug avec le secours de la France, entra d'une manière remarquable dans le mouvement du commerce européen.

Elle parvint, à la fin du xi'' siècle, à une ère de prospérité dont nous présenterons plus tard le tableau.

Marseille.

Dès que le commerce se relevait quelque part, Marseille ne pouvait rester étrangère à ce progrès. Habituée dès son origine à lutter, avec les armes de la civilisation, contre les peuples barbares, son voisinage et son exemple durent contribuer à adoucir les mœurs des tribus du Nord, comme ils avaient adouci, dans les plus beaux temps de Rome, celles des anciens Gaulois.

* Les Tables amnlfitaines sont peut-être l'humble commencement du droit écrit maritime {Programme de l'Académie,)

Page 1