II* ÉPOQUE.) ORIGINES DU DROIT DES GENS
du philosophe romain se replie douloureusement vers le passé comme pour y chercher asile : elle semble « demander appui à de vieux souvenirs ^. » Après nous^oif fait contempler avec enthousiasme le tableau de Rome l$a naissance et dans la force de son âge mûr, le consul naguère si triomphant d'avoir sauvé encore une fois sa belle patrie, se décourage, et, s'enveloppant dans les pli^Me sa toge, ne fait plus entendre que de magnifiques mais stériles regrets. ^
C'est, au contraire, les regards fixés sur l'avenir que saint Augustin compose sa Cité de Dieu. Il commence ce livre à la nouvelle de la prise de Rome par les barbares. Il n'a devant lui que des ruines, et il espère : il assiste à la chute d'un monde qui s'écroule, et son âme reste inébranlable dans sa confiance comme dans sa foi. Après l'Italie, l'Afrique, après Rome, Carthage et Hippone seront visitées par le fléau destructeur que déchaîne la colère de Dieu; et cependant, le phL losophe chrétien se console à la pensée d'une cité nouvelle prête à renaître de dessous ces ruines : cité plus forte encore et plus puissante que celle qui tombe, mais surtout plus vaste et plus durable, car elle sera fondée sur la justice et ne fera plus acception de peuples ni de personnes. Si, par ce mot de Cité de Dieu^ saint Augustin voulait désigner seulement ce que l'Évangile appelle « le royaume du ciel », ce ne serait pas ici le lieu de s'occuper des méditations ascétiques du pieux évéque ; mais cette ((Cité de Dieu» qu'il décrit, avant de se consommer dans le ciel, doit être habitante de la terre : elle doit y briller comme un foyer de lumière, y faire sentir jusqu'aux extrémités du monde son action, son influence, ses bienfaits. C'est par ce côté qu'elle ressemble à la cité romaine : mais ses citoyens, au lieu d'appartenir à un seul peuple, seront pris dans tous les peuples de la terre. Le lien qui les rattachera ne sera plus un lien de soumission ou de conquête, c^mme sous la domination romaine ; ce sera un lien de foi, d'espérance, de charité ; ce sera une aspiration commune Vers la céleste patrie
1 M. Villemain, Discours préliminaire sur les livres de la République, p. 26.