CHAPITRE I
^ CROISADES ET DE LEUR INFLUENCE SUR LA NAITIGATION^ LE COMMERCE ET LE DROIT MARITIME.
Pour savoir de quel esprit sont nées les croisades, nous li'avoas plus besoin de nous reporter par la pensée aux siècles de Philippe- Auguste et de saint Louis. Il suffit de descendre en iioas-mômes et de nous rappeler ce que nous ayons tous, ^proQ?é, à une époque bien récente^ quand se répandit en Europe cette fatale nouvelle : « On massacre les chrétiens de la Syrie. »
« Partons au secours de nos frères, » fut la réponse de la France catholique à ce cri d'alarme. Avant tout calcul, avant 'out concert, Texpédition de Syrie était résolue par un élan spontané de la conscience du pays, sous Tinfluence d'un sen- *^oient irrésistible d'humanité.
A ce mobile si puissant encore, môme dans notre siècle où ^* foi semble affaiblie, venait se joindre, chez nos pères, le **®soin impérieux de préserver l'Europe des envahissements ^ ^n ennemi, alors au comble de l'orgueil et de la puissance, ^^ Contre qui l'empire grec de Gonstantinople n'était déjà plus P^Urla chrétienté qu'une croulante barrière.
L'objet principal de notre récit est, sans doute, de montrer
230 (m* ÉPOQUE.) HISTOIRE MARITIME. •
comment les croisades furent, soit l'occasion, soit la cause principale du progrès que firent^au moyen âge,, la navigation et le commerce maritimes des Européens.
Mais avant de nous arrêter à ce résultat matériel, et puisque nous considérons ici l'histoire au point de vue plus élevé du droit et de la justice, nous remarquerons d'abord le progrès moral dont elles sont, à nos yeux, le signe évident.
Les croisades au point de vue du droit des gens.
Les grandes choses qui s'étaient accomplies dans les temps antiques avaient eu pour mobile l'ambition de la puissance, ou l'amour de la liberté, mais de la liberté considérée par rapport à la nationalité d'une ville, d'un peuple, d'un État. La Grèce est parvenue à la gloire en défendant sa propre indépendance. Les Romains ont poursuivi pendant plus de huit siècles la conquête du monde. Mais quel est, à la naissance d'une civilisation nouvelle, le mouvement général qui s'empare des esprits, qui impose silence à la voix des intérêts, qui fait prendre les armes, dans un but commun, à tant de princes, de seigneurs, et de peuples différents de race, de condition, d'origine? C'est sans doute l'enthousiasme religieux qui exalte les courages, la voix de Rome qui entraîne les consciences; mais de quelle idée cette voix est-elle l'organe? d'une idée de droit, de devoir, de « liberté chrétienne», c'est-à-dire étendue au delà des limites d'une nationalité particulière. *
Délivrer les saints lieux où tous les peuples chrétiens placent le berceau commun de leur foi, tirer de l'esclavage les fidèles dont la croyance et la vie sont en péril sous le cimeterre d'oppresseurs barbares; refouler enfin sur lui-môme ce torrent qui, naguère, menaçait de détruire la chrétienté tout entière, et qui a ravi à son influence civilisatrice les trois quarts du monde connu. Tel est le sentiment profond exprimé par ce cri de guerre qui retentit d'un bout de l'Europe à l'autre : « Dieu le veut » (Diex le volt).
Dans une société ainsi faite, le droit des gens est devenu possible, puisqu'on dehors des intérêts de peuple et de pays,