LES CROISADES
la cause des faibles, les intérêts de rhmnanité sont réputés qael^e chose; et qu*on se passionne pour une idée généreuse, quand môme il É'agit de tout braver pour elle : les éléments, 1(^ fléaux, les lointains voyages, les périls de fcoute nature et jusqu'aux conseils de la plus vulgaire prudence.
Nous devions signaler ce premier trait, car il marque profondément la différence entre l'ère chrétienne et celle qui Ta pré-
C'est de haut qu'il faut envisager les grands événements de l'histoire. Quand nous entrons dans le détail des faits, nous yretrouyons malheureusement à chaque pas la triste influence des passions, et, au moment où notre cœur se dilate en admirant des actes héroïques de courage ou de vertu, un sentiment tout contraire l'oppresse à la vue des plus déplorables excès. Hais d'où vient qu'à certaines époques ce contraste nous frappe et nous afflige davantage? N'est-ce pas précisément parce que nous espérions avec bonheur pouvoir constater, à cesépoques, un progrès dans la morale universelle de l'humanitdf Làoù ne se présentent pas des vertus éclatantes, il semble qu'il y ait une sorte d'uniformité moins choquante dans la corruption et dans le vice^ dont une nation tout entière se trouve atteinte; mais lorsque nous voyons presque une moitié de l'univers entraînée par un religieux élan, et prête à tout Sacrifier pour ce qu'on lui représente comme un devoir sacré, notre esprit s'indigne à l'idée que les calculs intéressés, les divisions, les haines ont pu se mêler à de si généreux projets, et les faire aboutir souvent aux plus déplorables catastrophes.
Malgré tant d'illustres mécomptes, tant d'héroïsme qui semble perdu dans des entreprises sans succès, n'est-il donc resté des croisades aucun résultat dont la civilisation et Thuroanité puissent s'applaudir?
Parce qu'elles n'ont pas atteint, sous la forme espérée par les vaines prévisions des hommes, le but religieux qui avait enflammé les cœurs, peut-on dire que « les guerres saintes » soient demeurées stériles? N'est-ce pas alors que les peuples
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de l'Orienl ont apprit à connaître el à respecter la valeur des héros chrélieo3, et ont pu mesurer ce que l'Europe avait de ressources et de courage pour attaquer ou pAir se défi^dre? N'est-ce pas aussi à cette école de la guerre sainte qu'^' commencé à se former, entre les nations diverses de la chrétienté, ces liens de confraternité que ni les luttes internationales, ni les divisions religieuses elles-mêmes n'ont pu détruii^e, et qui, à chaque occasion solennelle, ramènent, plus ou moins facilement, entre elles un accord, d'où sont sortis, djpù sortiront encore à l'avenir tous les progrès du droit des gens?
Les sacrifices faits au profit d'une noble cause, et sous l'empire d'une conviction dominante et profonde, ne SQpt *donc pas de ceux qui épuisent la force des nations. A considérer ces multitudes innombrables de chevaliers, d'hommes d'armes, de pèlerins, voire môme de femmes et d'enfants^ enrôlés sous la bannière de la croix, et dont l'Europe ne revit, après chaque expédition, que de faibles restes, ne semble-t-il .pas que la chrétienté aurait dû se trouver, à la longue, appauvrie de sang et de trésors? Et cependant, à la fin des croisades^ on la voit plus forte et plus puissante que jamais. t^
La France, qui s'était mise à la tête de ce mouvement européen, fut aussi la première à en recueillir des fruits inespérés» par Tafi^ermissement du pouvoir de ses rois, et par le rapprochement qui, dans cette communauté de périls, de bravoure et de gloire, s'opéra de lui-môme entre les habitants de tantU de provinces divisées, jusques alors, par des barrières qu'il fallait abaisser pour former la grande nationalité française ^.
Première croisade. — Royaume chrétien de Jérusalem.
Chose étrange ! la première croisade est la seule qui ait atteint le but religieux que se proposaient ceux qui l'entreprirent, et cependant, à en juger par l'apparence, dans aucune autre
1 Les liens de la patrie se raffermirent davantage encore parmi les guerriers qui allaient combattre dans des contrées lointaines : les Français, dispersés dans leur propre pays sous plusieurs dominations, étaient plus rapprochés entre eux, étaient plus portés à s'unir sous le ciel étranger de la Syrie et de l'Egypte. (Miehaud, Histoire des croisades, t. VI, p. 185 et 29.)