‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 91 sur 205 · PREMIÈRE CROISADE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE CROISADE

OD n'eut à vaincre déplus insurmontables diriicultés. Ce fut par la voie de terre que les compagnons de Godefroy, aussi bien que les masses de pèlerins qui les avaient précédés, se dirigèrent vers la Palestine. Us n'avaient ni vaisseaux pour recueillir lenrs débris en cas de défaite, ni approvisionnements disposés sur la route pour les nourrir. Aucun souverain des grands États de l'Europe n'était à leur tête. Les républiques marchandes de la Méditerranée, tempérant leur zèle par leur intérêt, voyaient avec ombrage une expédition qui pouvait compromettre leurs relations avec l'Orient, source principale de leur richesse et de leur puissance. Mais l'enthousiasme religieux était dans son premier élan. Les prédications d'un pauvre moine avaient électrisé toutes les âmes, au récit de souffrances dont il était non-seulement le narrateur mais le témoin; et le grandiose de l'entreprise, le prestige de ces régions inconnues de presque tous les croisés, mais chères à leur foi encqre si simple et si vive, avait communiqué à tous les courages une force devant laquelle les Sarrasins durent céder. Le saint sépulcre fut reconquis ^ur les infidèles, et lechef de ces pieux chevaliers, Godefroy de Bouillon, fonda le royaume chrétien de Jérusalem (an 1099).

Si les villes maritimes de l'Italie avaient hésité à courir les chances d'une expédition hasardeuse, elles surent bientôt se Diettre en mesure de recueillir les avantages que le succès des croisés semblait leur promettre.

Elles en espéraient pour elles-mêmes un double profit. D'al^rd, l'établissement des croisés en Terre-Sainte leur montrait ^a possibilité de fonder dans ces contrées, à mesure qu'elles redeviendraient chrétiennes, de véritables colonies mili- Wres et marchandes, bien différentes de ces simples comptoirs, tolérés et précaires, qu'elles avaient obtenus jusqu'alors du ^Q plaisir des musulmans.

D'autre part, elles prévirent bien que, pour défendre ce nouveau royaume entouré d'ennemis acharnés, d'autres expéditions deviendraient nécessaires, et chacune d'elles s'apprô- Wt à faire payer le plus chèrement possible, aux futurs croi-

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ses, la coopération de sa flotte et l'influence de son nom.

Les Pisans et les Génois furent les premiers qui mirent à prix leurs services, en offrant an roi de Jérusalem de l'aider à conquérir les villes maritimes de la Syrie, à condition qu'on leur abandonnerait le tiers du butin, et la possession d'un quartier séparé dans chacune de ces villes. C'est moyennant ce concours que les croisés commencèrent à consolider leur établissement en Terre-Sainte ; ils s'emparèrent de ces places fortes du littoral qui leur servirent dans la suite de base d'opération, soit pour préparer des expéditions nouvelles en cas de succès, soit pour se défendre en cas de revers. Césarée, Ptolé» maïs, Tripoli, Béryte, durent céder aux mouvements combinés de Tarmée de Baudoin et de la flotte génoise, qui revint alors en Europe, chargée des dépouilles de l'Orient.

Les Vénitiens, arrivés plus tard avec de nombreux vaisseaux, pendant la captivité du roi Baudoin, continuèrent ces conquêtes ; ils prirent au siège de Tyr une part considérable, dont ils auraient recueilli plus d'honneur, si avant de promettre leur appui; ils n'avaient pas stipulé dans un traité, trop empreint de l'esprit mercantile^ tout le détail des gains qu'on leur promettait pour récompense. Le patriarche de Jérusalem s'obligeait expressément à faire ratifier ce traité par le roi, (( si^ par le vouloir de Dieu, disait-on, il peut sortir à quel- « ques fois de captivité *. »

Non-seulement les Vénitiens devaient jouir dans les villes conquises de tous les privilèges qui peuvent favoriser les opérations commerciales et maritimes, mais ils se faisaient attribuer, comme domaine absolu, <( la tierce partie de ces villes (( et de toutes les terres de leur dépendance », et ils assujettissaient le roi de Jérusalem à leur payer « comme debteur » un tribut de « 300 besans d'or » .

Satisfaites, pour le présent, de ces avantages, qui s'étendaient de proche en proche à toutes les villes de commerce soumises par les croisés, on ne voit pas que les puissances ma-

1 Voir ce traité, p. GJ3, t. H de V Histoire des croisades, par Michaud.

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