‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 93 sur 205 · QUATRIÈME CROISADE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME CROISADE

garder celle des saints-lieux, devint le but, sinon avoué, au moins 'effectif des expéditions d'outre-mer. A mesure que Tenthousiasme religieux perdait de sa vivacité, la politique des intérêts prenait sa place dans la direction des armées chrétiennes. Elle n'eût pas suffi, sans doute, pour les entraîner dans ces entreprises lointaines dont le zèle religieux fut toujours le premier mobile, mais une fois rassemblées au nom de la croix, ces troupes de chevaliers et de pèlerins se laissaient trop fiicilement détourner de leurs résolutions pieuses, et la voix de Rome, qui leur avait fait prendre les armes, était souvent impuissante à en diriger l'emploi.

Quatrième croisade.

La quatrième croisade en est un exemple. L'empereur Henri VI, ajournant Taccomplissemeut de son vœu jusqu'après l'exécution de ses ambitieux projets, fit porter contre Naples et la Sicile tout TefTort des croisés de l'Allemagne qui, une fois arrivés en Terre-Sainte, ne purent môme achever le siège d'une forteresse isolée (Thoron).

Ce fut une flotte partie du fond de la Baltique qui, dans celle croisade, fournit à la cause chrétienne son principal appui. Si les guerriers qui la montaient s'arrêtèrent en route, c'était du moins pour joindre leurs armes à celles des Portugais contre les Maures, et le siège de Béryte prouva bientôt que leur zèle pour les conquêtes en Terre-Sainte ne s'était pas refroidi.

k la suite des armées chrétiennes, les Vénitiens, les Pisans 6t les Génois reprirent possession de leurs établissements dans les villes maritimes de la Syrie^ et on comprend dès lors que, rentrés par là en jouissance des privilèges qui éleyaient au plus haut degré leur prospérité commerciale dans ces parages, ils aient vu d'un œil plus indifférent Jérusalem, Bethléem et Nazareth rester sous la domination des infidèles. L'intérêt de leur négoce leur faisait souvent entretenir des relations d'amitié avec les puissances musulmanes^ dans le

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temps môme où ils transportaient sur leurs galères les pèlerins qui se vouaient à reconquérir les saints lieux.

Cinquième croisade. — Empire latin de Constantinople.

Aussi, lorsqu'au commencement du xiii* siècle, une nouvelle croisade, organisée par Timpérieuse activité d'Innocent m envoya des ambassadeurs implorer à genoux le peuple vénitien, pour en obtenir, à prix d'argent, le passage en Terre- Sainte à bord de ses flottes, le doge Henri Dandolo s'empressa de mettre au service des croisés et les galères de la république et ses soldats ; puis bientôt, il s'enrôla lui-môme, malgré ses quatre-vingt-douze ans^ sous la sainte bannière. Mais quand il s'agit de faire voile pour la Palestine, il sut, h défaut d'argent dont manquaient les chefs de l'expéditiop, les obliger à payer leur passage en conquêtes au profit de la puissance vénitienne. Le siège de Zara les retint d'abord sur les rivages mômes de l'Adriatique; puis, tandis que la voix de Rome sommait les croisés de porter enfin leurs armes contre les ennemis du nom chrétien, une politique qui semblait n'ôtre que généreuse, en s'intéressant au malheur d'un jeune prince dépossédé de son trône par un tyran, les conduisit sous les murs de Constantinople. Après un vain essai de restauration, cette capitale du premier empereur chrétien fut non-seulement conquise, mais spoliée et presque réduite en cendres par une armée marchant sous les étendards de la croix.

Parmi toutes les circonstances qui précédèrent et prépa* rèrent cette catastrophe, nous remarquerons surtout que l'empire grec, si longtemps défendu |^ar sa marine contre les invasions des barbares, avait laissé peu à peu la navigation et le commerce de la mer Noire et de l'Orient, passer soit conjointement, soit tour à tour, aux mains des Vénitiens, des Pisans et des Génois. Aussi, lorsqu'au jour du malheur, la dynastie des Gomnènes appela les premiers à son secours, au lieu d'auxiliaires, elle trouva bientôt en eux des dominateurs

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et des intlttéfl. Le traité de partage de la capitale et de Fempire grec tout entier, entre les Vénitiens et les croisés, avait été signé avant l'assaut. En laissant aux Français Thonneur et les périls du nom d'Empereur, la république de Venise avait su se réserver, parmi les possessions grecques de TEurope et de TAsie, tout ce qui pouvait le mieux assurer le développement et la« sécurité de son commerce : les Iles et la côte orientale ttjplfe Adriatique, les côtes de la Propontide et du PontiSui, les rives de l'Èbre et du Vardas, les villes de Cypsèdes, deDidymotique, d'Andrinople, les Iles Gyclades et Sporades dans l'Archipel. Elle y joignit bientôt Tile de Candie, achetée moyennant trente livres d'or au marquis de Montferrat ; celle de Corfou, conquise par les forces navales de la république contre des pirates pisans ou génois, et les terres au delà du Bosphore, échangées contre la province de Thessalonique. U$ seignenrs Français eurent en partage la Bithynie^ la Roaianie^ la Grèce toute entière depuis les Thermopyles jusqu'au cap Sunium; mais, dépourvus de marine^ et réduits Mentôt à guerroyer entre eux ou avec leurs voisins, Grecs ou Barbares, pour défendre les principautés que leur avait assignées le caprice ou le sort, ils ne purent tirer ni profit pour eux-mêmes, ni avantage permanent pour leur patrie, de ces Tiins noms de ducs, de marquis et de princes. Venise, au contraire, puissante à la fois par ses flottes et par les relations immenses de son commerce, parvenait à relier ensemble les points maritimes Içs plus éloignés sur lesquels étaient établis les comptoirs, et faisait tourner à Taccroissement de sa prospérité ces révolutions d'empire que sa politique avait conduites OQ préparées. Puis, une fois arrivée au terme de ses désirs^ elle ^vait encore donner aux faits consommés une couleur qui lui Usait obtenir son pardon de Rome, et presque, de l'histoire. Gomment, en effet, méconnaître le côté glorieux de ces exploits accomplis par quelques milliers de chevaliers flamands ou français, et de matelots vénitiens ayant à leur télé un doge presque centenaire, contre toutes les forces d'un empire qui <^mptait depuis Théodose plus de huit siècles d'existence, et

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qui avait seul conservé sa capitale intacte if3fiâIIIKSiS3l invasions successives des peuples barbares.

Sous le règne des empereurs latins de Gonstantinople, la navigation et le comnnerce de la mer Noire devinrent à peu près le partage exclusif des Vénitiens qui, du Bosphore jusqu'au fond du golfe Adriatique^ comptaient presque autant de colonies qu'il y avait de ports maritimes sur les côtes Aeig Thrace, de la Grèce ou de rillyrie.

Cette prépondérance, violemment acquise, ne manqua d'exciter contre Venise la haine de ses puissantes rivales de l'Italie.

Mais les Pisans, moins hardis, recoururent à la voie des traités, pour obtenir des empereurs latins certaines concessions qui, peu à peu, devinrent suffisantes pour protéger leur commerce dans ces parages.

Les Génois, blessés plus profondément dans leur orgueil et leurs intérêts, firent à Venise une guerre acharnée. Renouant^ à leur profit, une intrigue toute semblable à celle dont le suC' ces avait valu tant d'avantages à leurs rivaux, ils résolurent dô replacer sur le trône de Gonstantinople la dynastie des Grecs, dont les membres survivants étaient parvenus, eux aussi, à conserver ou à reconquérir quelques portions minimes de leur ancien territoire; ils avaient môme quelquefois décoré ces débris du nom d'empire, comme à Trébizonde et à Nicée.

Grâce à la faiblesse des Latins et à L'appui des Grénois, Michel Paléologue put, un jour, quitter cette dernière ville pour rentrer, sans coup férir, à Gonstantinople, où il fut proclamé empereur, avec moins de gloire sans doute que Baudoin P% mais aussi avec moins de difficultés à vaincre pour conserver la puissance souveraine sur un peuple qui n'avait jamais supporté la dynastie des Latins qu'avec répugnance.

A la suite de cette révolution nouvelle, les Génois succédèrent à tous les avantages dont les Vénitiens avaient joui» pendant un demi-siècle, à Gonstantinople. Le faubourg de Péra^ fortifié par eux, devint leur possession exclusive, et le

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