SIXIÈME ET HUITIÈME CROISADES
commerce de la mer Noire passa presque entièrement dans leurs mains.
Sixiâme et huitième croisades.
Dans rintervalle qui s'écoula entre la chute et le rétablissement de la dynastie des Grecs, deux nouvelles croisades avaient été entreprises.
Le concile de Latran inaugura la première. Jamais peutêtre un plus grand nombre de soldats appartenant à des peuples divers ne se trouvèrent rassemblés pour la guerre sainte, et cependant, jamais les États catholiques n'avaient été plus profondément agités par les querelles entre le sacerdoce et l'empire. Mais, au milieu môme de ces discordes que suscitent et fomentent en tout temps les passions des hommes, la religion de l'Évangile inspirait à de nobles cœurs l'esprit d'union et de paix, et les prédicateurs de la croisade, s'entremettant pour réconcilier les ennemis^ éteiiidre les procès et calmer les haines^ offraient un de ces touchants spectacles qui relèvent et consolent l'âme attristée. La Hongrie dont les habitants avaient, un siècle auparavant, refusé des vivres aux pèlerins de Pierre l'Ermite, envoyait cette fois à la croisade non-seulemént ses chevaliers, mais son roi. La Saxe, l'Autriche, la Bavière, la Frise, les bords du Rhin, la Hollande avaient réuni leurs croisés à ceux de l'Angleterre et des villes maritimes de l'Italie. Ces derniers avaient pris passage sur les aisseaux de Spolatro, de Brindes, de Venise, de Gênes et de Karseille. Les autres, quittant les ports de l'Océan, avaient eu route préludé par quelques victoires contre les Maures d'Espagne aux succès qu'ils espéraient remporter en Terre- Sainte. Mais ce ne fut pas à reconquérir le royaume de Jérusalem que cette armée puissante fut employée. Aucune vue d'intérêt politique ou mercantile n'influa cependant cette fois sur les déterminations des croisés; mais la force des choses lea avait amenés à comprendre qu'au fond de cette lutte engagée entre les disciples de l'Évangile et les sectateurs du Coran, il s'agissait d'autre chose que de la* possession pré-
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caire de quelques villes ou bourgades, de la Judée. Pour par^ venir à fonder un royaume durable en Terre-Sainte^ il s'agissait d'attaquer les Musulmans d'Egypte au centre môme de leur empire, et de s'emparer de la province d'où sortaient incessamment ces masses de soldats qui venaient ravager, et quelquefois détruire, en une seule campagne, tous les établissements des croisés.
On reconnaissait donc, enfin, qu'avant de rentrer à Jérusalem, la conquête de l'Egypte était à faire. Mais, après an siècle et plus de vaines tentatives dans une autre voie, n'était-il pas trop tard pour mener à bien une telle entreprise, alors que le zèle religieux pour les campagnes d'outre-mer se reliroidissait de toutes parts? Ce doute est de ceux qui partagent encore les esprits^ bien qu'on s'accorde à déplorer les désastres, et qu'on renonce à excuser les fautes qui signalèrent les deux expéditions dirigées contre Damiette et le Caire par le légat Pelage et par saint Louis.
Malgré l'issue malheureuse de ces croisades, qui débutèrent toutes deux par de brillants faits d'armes^ et dont les désastres furent rachetés par tant de courage et de vertu, on se demande s'il en est aucune autre qui ait laissé dans l'esprit des Musulmans une impression de crainte plus profonde? Ils avaient senti cette fois que le coup portait droit au cœur : aussi les vit-on s'empresser d'offrir ou d'accorder à leurs ennemis, môme accablés et vaincus, des capitulations acceptables, comme s'ils n'eussent pas encore été suffisamment rassurés contre un retour de fortune de la part de si hardis adversaires.
La noble et sainte figure de Louis IX, sachant conserver la majesté royale jusque dans les fers, est restée dans la mémoire de ces peuples comme un modèle de la véritable grandeur. Et qui pourrait mettre en doute l'influence salutaire qu'un tel souvenir a exercée^ dans les siècles suivants, sur les relations de l'Egypte avec la France et ses rois?