‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 95 sur 205 · SAINT LOUIS EN AFRIQUE · texte numérisé non relu

SAINT LOUIS EN AFRIQUE

Septième croisade. — L'empereur Frédéric

ËQlre ces deux croisades, l'ordre des temps nous conduisait à parler d'une autre qui fut inspirée par un esprit tout différent : au lieu d'obéir en partant pour la Palestine à la voix du SainJi-Siége, l'empertur Frédéric bravait les menaces et les foudres de Rome. Sa marche sur Jérusalem fut plutôt une campagne diplomatique qu'une campagne militaire. Sans doute, au point de vue du droit des gens, cette septième croisade ne fut pas sans utiles conséquences, car elle prouva (ce qu'au moyen âge on ne croyait guère)^ que même vis-à-vis des Sarrasins, les traités pouvaient être, aussi bien que les conquêtes, un n\oyen d'atteindre au but, et de s'assurer la possession ou au moins la libre jouissance des saints lieux. Mais, au point de vue catholique, il faut reconnaître que l'entreprise de Frédéric, malgré son apparent succès, blessa le sentiment religieux de son siècle, servit mal la politique de l'empire, et fut en désaccord avec l'esprit qui avait produit ces grands entraînements de l'Europe chrétienne vers les contrées de l'Orient. Une croisade sans Rome pouvait-elle se comprendre? n'était-elle pas, par cela môme, sans foi, sans enthousiasme, sans feu sacré? Aussi, quelle figure font, dans l'histoire des guerres saintes^ les faciles succès de Frédéric, auprès de la gloire que saint Louis a si bien méritée par ses malheurs oiêmes I

Dernière croisade de saint Louis.

Nous avons fait remarquer plus haut que l'enthousiasme pour les croisades s'était ralenti, que la piété fervente et simple des premiers temps s'était altérée par le mélange de bien des motifs humains, de bien des vues intéressées et profanes.

£t cependant, ces vertus des anciens croisés, ne les retrouvons-nous pas aussi vives, aussi admirables, aussi touchantes, d^ le caractère de Louis IX, tel que nous le dépeint le fidèle narrateur et témoin de sa sainte et royale vie?

On hésite encore à se prononcer sur les motifs qui attirèrent

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sa dernière campagne vers ces régences barbaresques où s'étaient livrés les premiers combats entre les Génois et les Sarrasins ; mais ne semble-t-il pas qu'en venant mourir sur la terre d'Afrique, le saint roi nous ait indiqué presque le rivage où, quatre siècles plus tard, nos flottes devaient aborder pour détruire cette piraterie barbare qui faisait rougir la civilisation chrétienne et l'humanité ? •

C'était encore sur des vaisseaux génois que saint Louis avait fait voile avec ses barons, soit vers l'Ile de Chypre, soit vers Tunis. Mais, au lieu de s'embarquer à Spolatro, à Gênes ou à Marseille, il voulut partir au moins du port militaire que lui-même avait fondé à Aigues-Mortes ^, après avoir i^éuni cette ville à son propre domaine. Depuis longtemps, il songeait à rendre la France indépendante de l'étranger, en la dotaiit enfin d'une marine, ce complément indispensable de sa puissance.

Vers la fin du xiii*' siècle, les colonies chrétiennes de la Syrie n'offrent plus que le triste spectacle d'un royaume en décadence. Incapables de résister par leurs propres forces aux armes conjurées des Sarrasins, et ne recevant plus de l'Occident que de rares et insuffisants secours, elles sont réduites à la dernière ressource de la faiblesse, et tâchent de capituler avec leurs vainqueurs. Mais ces traités n'arrêtent que passagèrement le bras puissant d'où partent ces ravages. La valeur guerrière des croisés ne se réveilla que pour défendre, dans Ptolémaïs, leur plus fort boulevard, leur dernier asile; et des prodiges de valeur ne purent empêcher cette ville de retomber, avec la Syrie toute entière, sous la domination musulmane.

1 La flotte qui attendait Louis IX à Aigues-Mortes était composée de 128 Taisseaux, sans compter les naTires qui devaient transporteries chevaux et les vivres.

La France n'avait point alors de marine : les matelots et les pilotes étaient presque tous des Catalans ou des Italiens. Des Génois remplissaient les fonctions de commandants ou d'amiraux. La plupart des barons ou des chevaliers n'avaient jamais vu la mer. (Michaud, Histoire des croisades, t. IV, p. 210, 211.)

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