‹ Le droit maritime international considérée dans ses origines et dans ses rapports avec les progrès de la civilisationChapitre 96 sur 205 · LES TURCS A CONSTANTINOPLE · texte numérisé non relu

LES TURCS A CONSTANTINOPLE

Les ordres militaires, qui s'étaient tant de fois signalés par leurs hauts faits, furent aussi les derniers défenseurs de cette terre si souvent arrosée de leur sang. De toutes ces croisades où TEurope s'était levée comme en masse pour combattre les infidèles, il ne resta bientôt plus, à part le royaume latin de Chypre, qu'une poignée de preux chevaliers qui, au milieu de ces désastres, plantèrent fièrement leur drapeau sur une lie déjà célèbre dans l'histoire maritime de l'antiquité. Rhodes, conquise en 1309, par les anciens Hospitaliers de Jérasalem^ reçut de leurs exploits une gloire toute nouvelle ; car pendant plus de deux siècles, elle résista comme un bouclier aux efforts acharnés de la puissance musulmane, et sut continuer, à l'honneur du nom chrétien, l'héroïsme des premiers croisés.

Les Turcs à Constantinople.

Mais que pouvait cet ordre isolé pour arrêter le torrent de l'islamisme, qui, à flots pressés, menaçait toujours d'envahir la chrétienté toute entière? Les ravages des Tartares et des Mongols s'étaient bornés aux vastes territoires de TAsie et aux contrées septentrionales de l'Europe. L'empire grec, quoique amoindri et démembré de ses plus riches possessions, subsistait encore. C'était aux Ottomans qu'était réservée la tâche fatale d'achever sa ruine. Les victoires de Nicopolis et de Warna leur ouvrirent les portes de l'Europe méridionale, et Constantinople, cette capitale restée presque sans provinces, (levait tomber tôt ou tard en leurs mains. Un suprême effort fut tenté par les chrétiens de l'Occident. Gènes et Venise envoyèrent, de concert, leurs vaisseaux et leurs soldats. L'amiral vénitien périt avec gloire dans l'un des derniers combats, et telle fut encore la supériorité de la marine des Latins qu'il suffit un jour de cinq de leurs vaisseaux pour s'ouvrir un passage au milieu de la flotte ottomane. Mais, vaincu sur mer, le fils d'Amurat fit, dit-on, transporter ses navires à travers nne langue de terre jusque dans le golfe de Géras : et bientôt l*étendard de Mahomet flotta sur les tours ruinées de Byzance.

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Le terrible vainqueur put étendre un instant ses projets de conquête jusqu'à ritalie, mais la défaite de ses armées dans les plaines de la Hongrie et Téchec de sa flotte devant les remparts de Rhodes sauvèrent la chrétienté de cje péril.

Les noms d'Hunyade et de Scanderbeg vinrent s'ajouter avec gloire à la liste déjà longue des héros chrétiens.

Influence des croisades sur la civilisation de TEurope.

Nous venons d'esquisser un tableau que nous ne pouvions scinder par parties, car l'histoire des croisades n'est pas l'histoire de tel ou tel peuple en particulier; c'est celle de tous les peuples chrétiens à la fois, qui, sans concert préalable, mais poussés par le même instinct secret de conservation, et obéissant au même sentiment d'honneur chevaleresque et de foi, mêlaient et confondaient leurs efforts et leur sang pour atteindre un but religieux que comprenait suffisamment leur conscience, bien que leur politique n'eût jamais entrepris de le définir.

Cetle unité des croisades quant à leur principe se retrouve aussi dans leurs résultats : le plus important, sans doute, est d'avoir développé, parmi les membres de la grande famille catholique au moyen âge, les premiers germes de cet esprit de rapprochement, de tendance commune vers le progrès du bien, de sympathie naturelle pour toutes les idées généreuses et profitables à l'humanité, en qui réside, plus encore que dans la puissance matérielle, la véritable force des sociétés chrétiennes, et leur évidente supériorité sur tous les peuples que n'a pas encore éclairés la lumière de l'Évangile.

A côté de ce résultat moral, nous devons en signaler un autre qui n'est pas moins important pour l'histoire de la navigation maritime. C'est qu'une partie considérable des avantages obtenus, dans les premières croisades, en faveur du commerce et de l'industrie, leur sont restés acquis, malgré la perte des colonies européennes de la Palestine. Ces voies nouvelles de communication ouvertes avec les vastes contrées de l'Asie et

influence: des croisades. 247

de TAfrique, n*ont pas été fermées par les derniers revers des irmes chrétiennes. Le goût des marchandises asiatiques s'était :^^andu dans l'Europe ; on continua de pourvoir à ce besoin, ît rintérôt renoua bientôt^ entre les cités marchandes de l'Occident et les puissances musulmanes, les relations commerciaes suspendues ou troublées par les guerres religieuses. Il y a >las, la guerre elle-même, par les chances diverses qu'elle entraîne, avait conduit les croisés à conclure des conventions ît des traités avec les nations musulmanes, et. ces rapports de :iécessité avaient, par une suite naturelle, produit des rapprochements en calmant les haines. Le commerce européen sut *n profiter pour réparer bientôt les dommages qu'avaient souf- Tcrts ses comptoirs de l'Egypte et de la Syrie, et pour conserirer dans la petite Arménie et dans les ports de la mer Noire les positions auxquelles ne s'étaient pas étendus les ravages de la guerre.

Cet aperçu général n'était pas étranger à notre sujet, puisque nous avons à comparer, sur chaque époque, la marche générale de la civilisation avec celle du droit maritime, mais il nous faut maintenant considérer à part les principaux États de l'Europe, dont nous avons à apprécier l'esprit et le caractère avant d'étudier leurs institutions et leurs lois.

248 (m* ÉPOQUE.) ÉTATS MARITIMES.

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