GÊNES
Gènes.
Quelque glorieuses qu'aient été les destinées des autres villes
maritimes de l'Italie, aucune d'elles n'a soutenu aussi longtemps que Venise l'éclat de sa fortune.
Nous ayons trouvé dans l'Orient les marines de Gênes et de
Pise mêlées, pour le commerce et pour la guerre, à la plupart des grands événements des croisades.
Elles y parurent dès l'abord à côté de celle de Venise, et recueillirent longtemps presque sur un pied d'égalité, malgré ^ des rivalités et des guerres accidentelles, les avantages que leur assurait à toutes l'établissement des croisés en Syrie.
Dés le siècle précédent, le commerce de la mer Noire s'était aussi partagé, dans des proportions diverses, entre les Grecs et les grands États maritimes de l'Italie.
Outre les villes du littoral, où ces États possédaient tous à kfois des comptoirs, les Vénitiens y avaient fondé la colonie de Tana, au fond de la mer d'Azof, les Génois celle de Gaffa, et les Pisans avaient donné leur nom au Portus pisanus dont la situation est moins bien connue.
Mais à partir de la prise de Gonstantinople par les Latins , il n'y eut plus dans le Bosphore et la mer Noire qu'une seule influence prépondérante, celle des Vénitiens d'abord, puis après le rétablissement des empereurs Grecs, celle des Génois.
Cette dernière, qui dura deux siècles, marqua l'époque de la grandeur et de la prospérité de Gênes.
Deux fois pendant cet intervalle, les Génois réduisirent par la force des armes leurs fiers rivaux de l'Adriatique à accepter d'humiliantes conditions de paix.
Par le traité de 1299, il fut interdit à la république de VenisCy pendant treize ans, de naviguer avec des navires armés vers Gonstantinople et dans la mer Noire.
A la fin de la guerre de la Ghiozza, elle demeura presque sans flotte militaire, à la merci de ses vainqueurs.
Vers la même époque, Gênes s'emparait de la Gorse jusquelà possédée par les Pisans, et soutenait contre les Catalans,
qui lui disputaient la Sardaigne et le commerce des côtes voisines, une guerre sans cesse renaissante et toujours acharnée.
Parmi ces luttes continuelles sur terre et sur mer, les Génois^ bravant tous les dangers, développaient ce caractère entreprenant et hardi qui est leur trait distinctif dans l'histoire. Chez cette nation aventureuse, on voyait de simples particuliers armer des vaisseaux en guerre pour leur propre compte ou pour les mettre au service de puissants voisins, au risque d'être désavoués et bannis à leur retour par la faction dominante du moment.
Car ce fut le malheur de ce puissant État, de ne savoir sup-^ porter ni la liberté ni le joug d'un maître, et de flotter constamment entre des partis divers qui s'épuisaient en vains efforts pour retenir le pouvoir. N'ayant pour guide, à la place de l'intérêt public, que la passion ou le caprice, on les vit souvent ap* peler, comme dernière et fatale ressource, Tétranger à leur secours, et livrer successivement leur patrie au roi de Franôe, au marquis de Montferrat, au duc de Milan«
Ces discordes intestines, qui amenèrent à leur suite d'autres guerres encore plus terribles au dehors, paralysèrent à la fin les éléments admirables de grandeur et de force que Gènes renfermait dans son sein.
Son déclin ne date cependant que de la seconde moitié du xv*" siècle, alors que la prise de Constantinople par les Ottomans eut privé les Génois de ce monopole du commerce de la mer Noire, qui fut si longtemps la source principale de leur richesse.
Gênes avait, au temps de sa splendeur, élevé, à l'exemple de Venise, des prétentions à l'empire de son golfe. Ses institiitions commerciales ne furent pourtant pas empreintes du même esprit d'exclusion et de monopole; et la banque de Saint-Georges venait en aide, non-seulement aux nationaux mais aux étrangers, non-seulement aux particuliers mais aux rois.
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Pise.
Aussi longtemps que subsistèrent les colonies chrétiennes de la Syrie et que la navigation de la mer Noire ne fut pas conceolrôe aux mains des Vénitiens ou des Génois, il y eut place dans le commerce du Levant pour d'autres puissances^ et les Pisans prirent largement leur part des faveurs que la fortune dispensait sur ces rivages. Ils en étaient dignes par leur activité, leur bravoure, leur esprit éclairé, leur goût pour les arts. Mais après la perte des établissements formés par les croisés, chaque État fut réduit à reconquérir, par la force des armes ou par les ressources de la diplomatie^ une situation que les éTéoements avaient détruite.
Pise,aBaibliepar la défaite de la Méloria (1284)^ ne se trouva plus alors capable de soutenir la lutte contre ses anciens rivaux, ni d'obtenir des musulmans des concessions avantageuses; et dès ce moment on vit décroître rapidement sa prospérité.
En i999) les Pisans furent à la fois, obligés de rendre Tile de Corse aux Génois, et exclus par ceux-ci du commerce de la mer Noire.
Leur port sur TArno, détruit dans une des guerres précédentes, fut remplacé par des travaux entrepris dans la rade de LiTOurne pour rendre la navigation moins périlleuse.
Mêlés cependant à toutes les luttes intestines qui ensanglantèrent ritalie, les Pisans reprirent pour quelque temps, grftce à Leur valeur guerrière, le rang qu'ils avaient perdu comme peuple commerçant.
On retrouve encore, pendant le xrv* siècle, des traces des relations maritimes qu'ils entretenaient par intervalles avec la France, la Sicile, la Catalogne, Chypre, la Turquie et surtout avec les côtes occidentales de l'Afrique.
Florence.
Mais, au commencement du siècle suivant (1406), accablée par la ligue puissante dans laquelle les Florentins avaient rallié toutes les forces du parti Guelfe, Pise succomba, non sans
gloire, et ne laissa aux mains de ses vainqueurs. que des murs presque déserts, un grand nombre de ses citoyens ayant préféré l'exil à la honte.
Les Florentins interdirent à ceux qui restaient Texercice de tout commerce en gros et de toute industrie manufacturière.
Se posant alors en héritière de son ancienne alliée devenue sa rivale, Theureuse Florence se servit tour à tour des ports de Pise, de Télamon et de Livourne pour ses expéditions maritimes, qu'elle sut développer en quelques années au poiqt de porter ombrage à Venise elle-même.
Ses flottes marchandes, grossies des vaisseaux que la décadence de Gènes Jui permettait de prendre à sa solde, parcouraient la mer Noire, la Méditerranée, TOcéan : elles se rendaient, des côtes de la Grèce et de TÉgypte, à celles de TEspagne, de la Flandre, de l'Angleterre; et dans les traités qu'ils négocièrent, notamment avec l'Egypte, les Florentins eurent soin pour favoriser leur commerce de stipuler des restrictions à celui des autres peuples.
Les Vénitiens, qui avaient eui-mèmes depuis longtemps donné l'exemple de pareils traités, essayèrent de s'en venger en aidant les Pisans à secouer le joug de Florence, et les Florentins, à leur tour, poussèrent la haine jusqu'à méconnaître le premier devoir de tout peuple chrétien, en promettant à Mahomet II leur appui dans ses projets hostiles contre Venise.
La politique maritime de Florence ne manquait cependant ni de grandeur ni d'humanité. On /ait honneur à son gouvernement d'avoir le premier prohibé d'une manière effective le commerce des esclaves, tandis qu'on reproche aux Génois de l'avoir autorisé dans leur colonie de Gaffa sur la mer Noire.
Au moment où elle atteignait le plus haut degré de splendeur et de force, Florence eut la sagesse de sacrifier quelque chose de ses libertés pour rendre ses institutions plus durables, et sous l'influence des Médicis, elle a mérité le glorieux surnom de amoderne Athènes», en devenant le sanctuaire des lettres et des arts, en même temps que l'un des centres principaux de l'industrie manufacturière et maritime.