‹ Le droit musulman, exposé d'après les sourcesChapitre 101 sur 144 · DES KADIS OU KAZIS · texte numérisé non relu

DES KADIS OU KAZIS

ecclésiastique chargée d'informer et de décider dans les procès des musulmans, conformément aux règles du Scheft.

Les kadis sont juges civils. Tout ce qui a traita Y lime fikh est de leur compétence ; ce qui, par contre, fait partie de Y Urne kelom, appartient exclusivement à la décision de l'imam, le plus haut personnage ecclésiastique.

Le kadi est institué par l'imam ou par le chef du pouvoir temporel dans le pays où se fait l'institution. Sans cette autorisation, nul ne peut acquérir la dignité de kadi, ni statuer sur les contestations qui sont de la compétence des tribunaux du Scherïet*.

Autres sectes. D'après les schaflites, les fonctions de kadi sont transmlsalbles par disposition testamentaire, sauf ratification du choix par l'imam.

D'après le livre Keschf enwor, p. 835 et 846, le kadi est nommé au moyen d'un écrit qui doit être porté à la connaissance de tous, en pleine mosquée, devant le peuple assemblé, et en présence de personnes capables d'apprécier si cette nomination émane véritablement de l'imam ou du chef du pouvoir dans le pays.

La compétence du kadi ne s'étend que sur le territoire qui lui a été assigné. Si des plaideurs d'autres provinces que de la sienne viennent le prendre pour juge, il doit se mettre en rapport avec leur kadi.

Il peut y avoir deux kadis dans la même ville', ils doivent habiter des parties différentes de celte ville, et ne doivent pas se faire concurrence :

Le kadi a le droit, dans le ressort de son territoire, de nommer dos délégués dans les petits centres et les eropleyee du culte. C'est ainsi qu'il nomme les kadis des villages, les percepteurs du zckat, les surveillants des mosquées et des tombeaux * des imans, les tuteurs publics keiyim , etc. Ce droit n'appartient aux kadis qu'autant qu'ils ne se trouve pas dans l'étendue de leur ressort un personnage ecclésiastique plus ctevé, tel qu'un imam ou un mùdjtehid.

1 Mirza Kazem-Beg dit dan» son introduction au Muchtcser ul-wikwjH : » l*e* kadis, les mufti», <«t gérerai cm eal les jug*6 <le titres di&wnte et les • savants en droit musulman, tous, qu'ils le veuillent ou non, soat «omrars » à ces emplois par le gouvernement. •

§ 2. Le candidat aux fonctions de kadi doit réunir les sept qualités suivantes :

1) Majorité ; — 2) être sain d'esprit ; — 3) être croyant ; — 4) réputation notoire d'honnêteté et d'impartialité; — 5) de naissance légitime ; — 6) une quantité suffisante de connaissances 1 ; — être mâle.

Quelque instruite qu'elle soit, une femme ne peut jamais et dans aucun cas, acquérir la dignité et remplir les fonctions de kadi.

Autres sectes. D'après le livre azemitique Mùlteka, traduit par Mouradgea d'Ohsson, une femme peut être juge en matière civile.

S'il ne se trouve personne réunissant les qualités ci-dessus indiquées, le souverain peut provisoirement confier les fonctions de kadi à quelque ecclésiastique, jusqu'à ce qu'un sujet se présente avec toutes cps qualités.

Dans les lieux où il n'y a point de kadi, tout ecclésiastique qui se croit, à raison de ses connaissances, capable d'accepter cette dignité, doit comparaître devant l'iman, et demander la place, en offrant immédiatement de faire la preuve de son aptitude.

Autres sectes. Mais suivant les azemites, nul ne doit briguer les fonctions de kadi ; néanmoins tout musulman désigné doit se faire un devoir sacré de les accepter.

§ 3. Il y a des règles tracées aux kadis dont les unes sont

» D'après le livre Keschf enwor, p. 833, le kadi doit nécessairement avoir connaissance :

1) Du livre de la révélation divine (le Koran), en ce sens qu'il doit connaître le contenu de ce livre, sans qu'il soit indispensable de le savoir par cœur;

2) Des hedith (tradition) des prophètes, qui ont trait au Schertet. Le kadi doit savoir distinguer toutes les variantes entre le Koran et la tradition, notamment les prescriptions nosxch et mensuch;

3) Des prescriptions et des ordonnances des successeurs du prophète, eshàb. Il faut que le kadi sache distinguer les prescriptions générales et celles qui y dérogent.

4) Du kûw. — Les ordonnances de la pins haute autorité spirituelle sur le scherfet;

5) Il doit posséder complètement la langue arab*.

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fftu5feA«66, c'est-à-dire impérieusement obligatoires, et les autres tnekruh, c'est-à-dire de conseil.

Aux premières, il faut ranger :

1) Que les sentences des kadis soient toujours conformes à la plus rigoureuse justice, et que, suivant le commandement de Dieu, toutes les contestations entre musulmans soient décidées sans partialité, fût-ce contre des parents ou des amis.

L'acceptation d'un cadeau pour acheter une décision rùschtcet, est sévèrement défendue, et Pacte est aussi coupable de la part du corrupteur que de celle du corrompu.

Si un plaideur fait au kadi un présent pour qu'il ne nuise pas à sa bonne cause, le donneur n'a commis aucune faute en ce cas; mais le kadi doit restituer le don.

Les kadis qui ont de la fortune ne peuvent pas se faire rétribuer pour leurs décisions; mais ceux qui , sans être kadis, sont élus juges (arbitres) peuvent réclamer un salaire pour leurs peines.

Autres sectes. Les azemites et les schaûites veulent que les kadis reçoivent leur entretien sur le beit ul-tnol, et ce n'est qu'au cas où ce revenu serait insuffisant qu'ils autorisent le kadi à recevoir une bonification de la part du plaideur.

Le kadi achète aux frais du beit ul-mol le papier nécessaire pour les affaires des pauvres et de ceux qui sont devenus insolvables.

Il est du reste laissé à la discrétion des plaideurs d'indemniser ou non le kadi de ses peines.

2) Le kadi doit veiller à ce que chacun reçoive ce qui lui est dû. Il doit donc s'immiscer d'office dans les affaires de tutelle et de curatelle, et qui eoticernent les captifs. Il doit donner ses soins à cet» affaires et exciter les musulmans à s'intéresser à ces personnes', et en général aux pauvres et aux malheureux.

L'excitation à la pitié et à la bienfaisance , qualités nécessaires et essentielles du musulman, est un devoir de tout croyant, mais surtout du kadi , qui , plus que tout autre, doit être versé dans les secrets et dans les lois de l'islamisme.

3) Le kadi doit prendre l'avis et le conseil de personnes expertes dans toutes les affaires dans lesquelles il n'a pas les

connaissances spéciales nécessaires. H lui est aussi permis de s'entoure/ des personnes les plus considérées et tes plus recommandablcs de son arrondissement, de s'en faire un conseil pour l'éclairer sur les usages locaux , les coutumes et les institutions spéciales.

4) Le kadi doit s'abstenir de jnger dans toute contestation où serait intéressé son père, son ancien maître (si le kadi est un affranchi) et son ennemi.

Autres sectes. Les azemites étendent cette défense à tons tes proches parents du kadi, à ses ascendants, à ses collatéraux, à ses femmes, à ses entants.

Parmi les dispositions mekruh relatives aux kadis, il faut placer les suivantes :

1) On lui conseille de ne pas s'occuper de la décision des affaires, quand il est malade, de mauvaise humeur, quand if souffre de la faim ou de la soif, quand il a l'esprit préoccupé; car toutes ces circonstannes détournen t ses pensées et l'empêchent d'entrer avec la précision nécessaire dans les détails des choses.

2) Il ne doit empêcher personne de se présenter devant lui, et de demander la décision de ses affaires; en conséquence, qu'il se garde bien d'ordonner à ses serviteurs, hadjib, de fermer à qui que ce soit l'accès auprès de lui.

Autres sectes. D'après les lois des schaflite» et des azemites, les kadis peuvent, quand ils sont occupés d'affaires secrètes, empêcher les tiers de pénétrer dans le meUkeme. Et nul ne peut y pénétrer et se présenter devant le juge sans en avoir fait demander la permission par un hadjib.

3) Le kadi ne peut pas faire lui-même le commerce, et ne doit rien acheter en personne: il ne peut le faire que par mandataire. Mais les procès dans lesq.u Is ce mandataire serait intéressé, le kadi ne pourrait ni les instruire, ni les juger.

§ 4. Pour le règlement de la procédure judiciaire, et pour le prononcé des sentences, le kadi a à observer ce qui suit :

1) A son entrée en fonctions, le kadi doit recueillir de son prédécesseur toutes les affaires judiciaires pendantes, 8tnsi que les registres et documents qui s'y rapportent.

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