‹ Le droit payen et le droit chrétien (volume 2)Chapitre 13 sur 24 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

fiiKposé préliminaire.

Il y a des savants qui veulent bien recon* naître que le christianisme est un code de morale sublime , mais ils . ne veulent pas admettre qu'il puisse être considéré comme une législation proprement dite^ applicable sin gouvernement d'une société civile.

C'est une erreur qui ne devrait plus subsister aujourd'hui.

D'abord, quand Jésus-Christ a dit qu'il n^était pas venu abolir la loi de Moyse, mais Taccomplir, il a dit^ évidemment, que la loi de Moyse était maintenue dans toutes les

parties qu'il n'avait pas modifiées. Mais la toi de Moyse était, assurément, une loi appropriée au gouvernement d'une société civile, puisqu'elle a gouverné les Juifs pendant des siècles: il est donc certain que le christianisme est, au moins, pour cette première partie, une véritable législation.

Quant à la partie du christianisme qu'on appelle le Nouveau-Testament, si on lui refusait le caractère de législation proprement dite, il faudrait dire que Jésus-Christ aurait eu moins d'autorité que Moyse, — ce qui serait inadmissible. Les faits, d'aiffetrrs, protesteraient contre cette. prétention, et nous pourrions citer beaucoup de dispositions du NoùveaurTestament qui ont été déjà converties en lois positives : il est donc certain que le christianisme est- aussi, pour cette seconde partie, une véritable législation, applicable au gouvernement d'une société civile (1).

Nous ne saurions trop insister sur ce point.

Il y a d^autres personnes qui croient qu'une société complètement organisée suivant les lois de FAncien et du Nouveau-Testament pourrait

(I) Omoîa sttnf in Cbristo nova, —cattûs» vita. lepslatio^iSU Cyr. d*Alex, in Isaïam, L 5. -^ Higne, 3,

fonctionner d'une manière régulière et durable, si l'instruction chrétienne était plus développée, mais elles soulèvent d'autres objections : elles disent que le Nouveau-Testament contient des dispositions qui ne peuvent pas être prises à la lettre, ou qui sont plutôt des conseils que des préceptes.

Ceci a besoin d'explication.

Il est vrai que l'Évangile contient quelques dispositions qui ne peuvent être prises à la lettre. Ainsi, quand Jésus-Christ dit : si votre œil droit vous scandalise, arrachez-le, et jetezle loin de vous ; si votre main droite vous scandalise, coupez-la, et jetez-la loin de vous; il n'est pas possible de prendre ces dispositions à la lettre, et d'exiger qu'on s'arrache les yeux, ou qu'on se coupe les mains (1). ,

Si Jésus-Christ avait voulu parler d'un de nos membres, il n'aurait pas désigné plutôt Vœil droit que l'œil gauche, ou la main droite que. la main gauche, mais en se servant de ces expressions, — familières dans le langage des Juifs, — il a voulu désigner les personnes qui nous sont les plus nécessaires; c'est comme

(l)Quod si oculus tuus dexter scandalisât te.erue eum et projice abs te. — Et si dextera manus scandalisât te, abcide eara, et projice abs te. (Math. 38. 39. Marc, 9. 46).

s'il avait dit : Quand vous aimeriez quelqu*un de telle sorte que vous le regarderiez comme votre œil droit, ou que vous le croiriez aussi utile que votre main droite, vous ne devez pas hésiter à vous séparer de lui, s'il devait vous entraîner dans quelque faute grave (1).

Tout le monde est d'accord, à cet égard.

Il est également vrai que l'Évangile contient quelques dispositions qui doivent être plutôt considérées comme des conseils que comme des préceptes: mais il importe de bien faire remarqu er quelesapôtres ont toujours eu soin de dire dans quels cas ils n'entendaient donner que de simples conseils. Ainsi, quand saint Paul, en parlant des vierges, explique que le mariage amène plus de tribulations que le célibat, et qu'à ce point de vue, il est plus avantageux, pour elles, de ne pas se marier que de se marier, à cause des difficultés présentes, il a bien soin de dire que ce n'est pas un précepte, mais un conseil; Ainsi, quand il fait ces mêmes recommandations aux veuves, il répèle qu'il ne donne qu'un simple conseil (2).

(1) S. Chrysost. hom. XVII sur S. Malh. ch. 5. — On dit encore aujourd'hui, dans un sens analogue, c'est son bras droit; -* soyez Vœil de Taveugle, et le pied du boiteux.

(2) De virginibus autem prœceptum domini non la-

Mais, en dehors de ces exceptions, et toutes les fois que Jésus-Christ lui-même a parlé, il faut dire qu'il a donné des préceptes et non pas des conseils.

Jésus-Christ est un législateur, comme Hoyse, et, en principe général, un législateur fait des lois qui doivent être observées, et ne donne pas des conseils qu'il est permis d'éluder arbi« trairement : quand il s'agit,surtout,d'un législateur comme Jésus-Christ, il n'est pas possible d'admettre qu'il ait parlé pour abandonner au monde le soin de décider s'il faut faire ou ne pas faire ce qu'il a dit.

Pour être dans la vérité, il faut donc arriver à cette conclusion :

Toutes les dispositions du Nouveau-Testament, qui peuvent être prises à la lettre, doivent être considérées comme des préceptes^ à moins que le contraire ne résulte d'une déclaration écrite dans la loi ; si ces dispositions sont d'une exécution difficile, ou même impossible, dans l'état de la civilisation présente^ il faut dire qu'elles ne seront obligatoires, dans la vie civilcy que lorsque le développement de l'instruction, le progrés des lumières, et l'accroisse-

bio : coDsilium autem do. ^ Secundùm meum consi-lium:{l, Gorinth. VII. S5. 40,)

ment du sens moral, qui en est la suite, auront permis de les introduire dans les lois positives, et de les imposer à tout le monde.

Cette explication peut concilier tous les esprits, et elle était nécessaire, pour éviter des malentendus, ou des équivoques*

Ceci dit, nous allons prouver que Jésus-Christ a formellement interdit aux chrétiens de're-^ pousser la violence par la violence, et de se battre les uns contre les auU'es.

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