CHAPITRE IL
Be l'aboUUaii da droit de repousser la ▼lolenee par la Tlolénee poar la défense de sol même.
Nous diviserons ce chapitre en trois paragraphes.
Dans le premier, nous citerons les textes de rÉvangile de Saint-Mathieu , des Épitres de Saint-Paul et de Saint-Pierre, et des canons des apôtres^ qui interdisent de repousser la violence par la violence pour la défense de soi-même.
Dans le second, nous montrerons comment, dans la pratique, cette loi a été exécutée par Jésus-Christ, et par ses apôtres.
Dans le troisième^ nous examinerons laques, tion de savoir si la loi Jésus-Christ est tellement absolue qu'elle ne permette pas de tuer
un iajusle agresseur, même pour sauver sa propre vie.
Textes qui interdissent de repousser ta violence par la violence , pour la défense de soi-même.
Dans le sermon sur la montagne, rapporté par Saint-Mathieu , Jésus-Christ a prononcé ces paroles : « Vous avez entendu qu'il a été dit : œil pour œil et dent pour dent, mais moi je vous dis de ne pas résister à celui qui vous fait du mal; mais s'il vous frappe sur la joue droite, présentez lui la joue gauche. » (1)
Que veulent dire ces paroles ?
Les mots ^r, oevTi<j69ivat qui se trouvent dans le texte grec de Saint-Mathieu, veulent dire:, ne pas repousser la force par la force, ne pas opposer la violence à la violence, ne pas résister. (2)
Il est donc certain que lorsque Jésus-Christ
(1) Ego autem dico vobis non resistere malo, sed si quis te percusserit in dexteram maxillam» prœbe illi et alleram. (Ch. V. 38 et 39).
(2) Le mot résistance se dit de la défense que font les hommes et les animaux, contre ceux qui les attaquent (Dicdonn. de TÂcad ).
donne aux hommes ce commandement nouveau:
« mais moi je vous dis de ne pas résister, > il leur dit de ne pas employer la violence pour repousser ceux qui les attaquent.
Quel est le sens des autres paroles qui suivent :.« Si quelqu'un vous frappe sur la joue droite, présentez lui aussi la joue gauche? »
D'après tous les commentateurs, ces paroles ne doivent pas être entendues en ce sens que si l'on reçoit un soufflet, il faut avancer le visage, pour en recevoir un autre. Mais elles veulent dire que, — loin de repousser la violence parla violence,— il faut se montrer prêt à souffrir de nouvelles violences, plutôt que de manquer soi-même aux devoirs de la patience et de la douceur.
L'ensemble de cette loi doit donc être expliqué de la manière suivante :
Vous connaissez — disait Jésus-Christaux Juifs, — la loi de Moyse, qui vous permet de vous venger lorsque vous avez été attaqué, et de demander à la justice la peine du talion contre celui qui vous aurait crevé un œil ou brisé une dent, mais moi, je vais bien plus loin que Moyse:
je ne vous dis pas seulenient de ne pas vom venger^ je vous dis de ne pas même repousser la violence par la violence quand on vous attaque, c'est-à-dire de n'employer aucune violence pour vous défendre. Les coups portés au visage
sont regardés, partout te monde, sinon comme les plus dangereux, au moins comme les plus outrageants: Eh bien, même dans ce cas, qui résume toutes les offenses, je vous interdis de repousser là force par la force, et par conséquent, je vous interdis de tuer, de blesser ou de frapper celui qui vous frappe; au contraire, vous devez laisser votre poitrine et votre visage exposés à ses coups, non pour le provoquer par votre audace, mais pour lui montrer que vous. êtes prêt à souffrir toutes les violences dont il voudra vous accabler, plutôt que d'imiter le mal qu'il vous fait : c'est ainsi que vous le surmonterez- Le courage d'un chrétien ne consiste pas à se précipiter, comme une bête farouche, dans une lutte matérielle, dont le résultat ne -prouve rien devant la justice, mais à se dominer soi-même, à vaincre les autres par la patience, à les désarmer par le calme, à les faire rougir de leurs honteuses victoires, à garder, en un mot, devant la douleur et devant l'outrage, la seule attitude digne d'un être fait à l'image de Dieu, et qui se sent immortel, je veux dire l'inaltérable sérénité et la supériorité de la raison.
Tel est le sens de cette loi, d'après les paroles mêmes de Jésus-Christ.
Pans TEpître de Saint-Paul aux Romains, on
trouve un passage très impprtant, et qui méri/e d'être expliqué.
Saint-Paul dit :
« Ne rendez-point le mal pour le mal: attachez-vous à ce qui est bien^ non seulement devant Dieu, mais devant tous les hommes.
Si cela peut se faire, autant qu'il dépend de vous, ayez la paix avec tous les hommes : ne vous détendez pas vous-mêmes^ mes bien aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit: « c'est à moi que la vengeance appartient; je le rendrai, dit le Seignébr. » (1)
Ce passage serait décisif, si ces mots « ne vous défendez pas vous-mêmeSy » avaient été écrits littéralement par Saint-Paul ; mais ils ont été traduits par Saint- Jérôme sur le texte grec de Saint-Paul, et le texte grec peut aussi bien se traduire par ces mots : « ne vous vengez pas » que par ceux-ci : « ne vous défendez pas. » (2)
La version de Saint-Jérôme nous paraît, cependant, la seule exacte.
(1) Non vosmelipsos defendentes.Epit. aux Rom. (XII, 19, 20.)
(2) oux eauTouff ex§txouvTe<r. — ejxoi ex§iX7)ffi<r. Non ulciscamini. (interprétation arabique et syrienne) mot à mot : ne vous rendez pos justice à vous môme.à moi la justice!
En effet, Tapôlre Saint-Paul vient de dire :
ne rendez pas le mal pour le mal, c'est-à-dire, ne vous vengez pas, en demandant aux juges de condamner ceux qui vous font du mal, à subir le mal qu'ils vous ont fait. (1]
Aussitôt après avoir dit : ne rendez pas le mal pour le mal, il ne pouvait pas dire : ne vous vengez pas ! car, il aurait répété deux fois la même idée, sans nécessité. Mais après avoir dit : ne rendez pas le mal pour le mal, c'est-àdire ne vous vengez pa5,il pouvait dire: ne vous défendez pas, c'est-à-dire ne repoussez pas la violence par la violence ; car, il ne faisait que développer la pensée de Jésus-Christ, dans l'ordre même qui avait été suivi par Saint- Mathieu. Au lieu de dire comme lui vous ne rendrez pas œil pour œil, il disait : vous ne rendrez pas le mal pour le mal ; au lieu de se servir de ces mois : je vous dis de ne pas résister, il disait : ne vous défendez pas vous-mêmes, parce que Dieu se réserve le soin de vous venger.
Voilà les raisons qui nous portent à croire que Saint-Jérôme, en traduisant les mots grecs de Saint-Paul: oux eauroua ex$ixouvT£(r par les
(1) Non reddentes malum pro malo (v. 17)— L'Exode avait dit : reddes oculum pro oculo. (XXI, 23, 24.)
liw
raotslalins non vos defendenteSySi donné le véritable sens de ce passage. Au surplus, si quelque doute pouvait encore exister', il se trouverait éclairci par les paroles mômes de Saint-Pierre, et par les canons des apôtres.
Voyons, d'abord, les paroles de Saint-Pierre.
Après avoir dit aux esclaves de son temps qu*il n'y avait pas de gloire à souflnr les violences de leurs maitres,quand ils étaient souffletés pour avoir ma) fait, mais à souffrir patiemment, quand, — r en faisant bien, — ils étaient maltraités, Saint-Pierre leur citait l'exemple de Jésus-Christ: « lorsqu'il était maudit, disaitil, il ne maudissait pas; lorsqu'il souffrait, il ne menaçait pas, mais il se livrait à celui qui juge justement. (1)
Saint-Pierre nous montre bien, pair ces paroles, ce que Saint-Paul voulait dire, lorsqu'il déclare que non seulement Jésus-Christ ne se vengeait pas, mais qu'il ne se défendaU pas, et se livrait â la justice de Dieu.
Voyons, maintenant, les canons des apôtres, dont l'autorité doit être, — ici, — d'un grand poids :
(1) Qui cùm malediceretur, non maledicebat cùm paterelur non comminabatuc, sed tcadebat }QdieantL se juste. (Ep. 1, eb. 2, 2B). U telle grec dit: pistè.
a Nous ordonnons, disent-ils, que Tévêque, le prêtre ou le diacre qui frappent ceux qui commettent une faute, ou les infidèles qui font UA3 injure soit déposé : le Seigneur,