CHAPITRE IL
De la différence qal eniste entre la DÉFEIiSE, proprement dite» et la
TElVGKJLlVCfi.
Pour raisonner avec clarté sur le sujet que uous traitons, il est, d'abord, indispensable de faire disparaître une confusion qui se recentre fréquemment sous la plume des écrivains profanes ou sacrés, étrangers à la science du droit, et même quelquefois, chez les jurisconsultes. (1)
Ces écrivains emploient tour-àtour le xa<A
(1) Interdùm tamen uleiseendi verbo defensio significatur, ut Cic in orat. « Quibus te ulcisei Lacessitus possit. » (Godefroid sur le liv. 9, tit. 2. L. 45 du digeste.)
de défense, quand ils devraient employer le mot de vengeance^ ou bien ils se servent de l'expression de vengeance, quand ils devraient employer le mot de défense.
Chacune de ces expressions a, néanmoins,un sens très distinct, et ne représente pas la même idée.
On peut définir la défense, l'acte par lequel on repousse une offensé, au moment même ou l'attaque se produit : au contraire, on peut définir la vengeance, l'acte par lequel on tire satisfaction d'une offense, après la cessation complète et définitive de l'attaque.
Quelques exemples éclairciront encore cette définition :
Vous m'attaquez le premier, en me portant des coups ou en m'adressant dés injures : je vous résiste immédiatement, en répondant à vos coups par des coups, à vos outrages par des outrages ;
C'est de la défense et non pas de la vmgeancel
Au contraire, vous m'attaquez le premier, en me frappant ou en m'outrageant, mais au lieu de vous rendre immédiatement coups pour coups, outrages pour outrages, je laisse uu certain temps s'écouler avant de repousser ces violences par des violences, et, je ne prends l'offensive que lorsque vous avez coijiplctcment cessé de m'outrager ^.t de me frapper;
Ce n'est plus de la défense, c'est de la vengeance !
Sans doute, si Ton entend que la défense est une vengeance exercée au moment même • de l'attaque, on peut dire, dans ce sens, que se défendre c'est aussi se venger; et si l'on entend que la vengeance est une défense exercée après la cessation de l'attaque, on peut dire, dans ce sens, que se venger c'est aussi se défendre, mais c'est détourner les mots de leur véritable sens.
La défense et la vengeance ont un but commun, qui est de tirer satisfaction d'une offense, mais c'est le moment auquel la satisfaction de l'offense est tirée qui sert à les faire distinguer.
Tout dépend d'une question de temps..
Tâchons donc d'employer des mots différents pour exprimer des idées différentes, et de nous servir d'une langue bien faite, dans la science du droit, comme dans les conversations du monde : Les mots sont les sig;nes des idées, et l'inexactitude dans le choix des mots est une des principales causes des erreurs que nous commettons dans les raisonnements.'