CHAPITRE VIII
Du droit de tner, de blesser et de frapper , dans les eombats Tolontaires :
Tiiéorle payenne.
Il y a des offenses dont on ne peut pas se plaindre aux juges, et qui peuvent, cependant, causer un préjudice considérable à ceux qui les reçoivent : Fallait-il, dans ce cas, interdire à la personne offensée d'en demander réparation par la violence, et décider que ceux qui tueraient^ blesseraient, ou frapperaient leurs adversaires , dans des combats volontaires , seraient punis?
Pour connaître, d'une manière exacte, la pensée du paganisme sur celte question, prenons un jurisconsulte, vivant dans une des parties quelconques du monde antique,- avant Jésus-Christ, et interrogeons le.
—D'après les lois et les religions de tous
les peuples,— nous dirait ce jurisconsulte, — nous pouvons nous vendre, et transférer à Tacheteur le droit de vie et de mort, que nous avons sur nous mêmes. Lorsque nous voulons nous tuer, nous pouvons charger nos arais^ nos parents, nos esclaves, de nous préparer le poison, d'aiguiser nos épées, de percer nos poitrines, et jamais ceux qui nous aident à nous tuer, ou qui nous tuent, dans ces conditions, ne sont condamnés. Puisque nous pouvons donner un consentement valable, pour disposer ainsi de notre corps et de notre vie^ dans le cas de vente de nous-mêmes, et que ni la coopération active au suicide, ni les suicides conventionnels, ne sont punissables, chez nous, je ne vois pas pourquoi nous ne pourrions pas donner un consentement valable, pour nous faire tuer, blesser ou frapper, dans des combats volontaires, si nos adversaires sont les plus forts ou les plus habiles? Pour que ce consentement ne fût pas valable, il faudrait qu'il nous fut démontré que nous ne nous appartenons pas à nous m^m^^, lorsque nous soiïimes de condition libre, et, jusqu'à présent, cette démonstration ne nous a pas encore été faite. —Il faut bien le concéder : Du moment que vos lois et vos religions admettent que l'homme "^s* appartient à lui-même, il n'y a plus de raison pour que la vie humaine ne soit pas l'objet
d'un contrat. Vous admettez; donc> aussi, qu'il esl permis de ise battre^ non seulement pour vider des querelles particulières, mais pour toute auti% cause?
— Sans doute!
VoQs pourrez acheter des bommés, ^t les contraindre à combattre les uns contre les autres, en aussi grand nombre que vous voudrez^et vos lois devront reconnaître la légitimité de pareils actes ?
-^ C'est encore vrîai !
Nous mhetons dans les marchés publics, ou bien nous choisissons, parmi nos esclaves, les {dus vigoureux et les plus féroces ; nous les faisons instruire par des maîtres d'escrime, dans nos écoles publiques, et quand ils sont suffisamment préparés, nous les mettons aux prises les uns contre les autres. Voulons nous honorer la mémoire des morts? nous les faisons combattre^ en prépuce de nos amis et de noâ parents assemblés, autour des bûchers funèbres ou des tombeaux. Nous convient-il de célébrer des victoires, ou des fêtes publiques? nous les envoyons se faire égorger dans nos cirques et dans nos amphithéatres,pour amuser le peuple? nous les faisons même combattre jusque dans nos demeures, en présence de nos convives, afin de les distraire. C'est un droit que personne ne s'est avisé de nous contester,
parce que ce serait contester le droit de propriété de l'homme sur l'homme, et le droit de vie et de mort sur les esclaves, et c'est précisément sur ces droits que repose, en grande partie, l'édifice de notre civilisation.
— Avouez, au moins, que vous êtes cruels ?
— Dites, plutôt, que nous sommes courageux !... c'est, pour apprendre aux citoyens le mépris de la douleur et de la mort, que nous donnons les combats du cirque, et il n'y a pas de livres de philosophie qui soient aussi salutaires que de pareils spectacles.
Telles seraient les réponses que nous trouverions dans la bouche de tous les homtnes éclairés, avant Jésus-Ghrist, si nous pouvions les eatendte,. et ces réponses nous expliquent pourquoi, sous l'empire des législations du paganisme > l'homicide commis , les coups portés, les blessures faites, dans les combats volontaires;, en général, n'étaient pas considérés comme puaissables.
Nou$ allons raabtenant justifier cette théorie par l'histoire.