CHAPITRE IX
Prcuwcs Cirées de l'histoire aneienae.
Nous ne nous arrêterons pas aux combats singuliers de Ménèlas et de Paris, d'Etéocle et de Polynice, deTurnus et d'Enée, des Horace et des Curiace, et à quelques autres encore que nous pourrions citer, (i) . Nous nous occuperons, — immédiatement, — des combats du Geste et des combats des Gladiateurs, parcequ'ils ne sont pas aussi connus.
Les combats du ceste remontent à l'antiquité la plus reculée.
A cette époque, il n'était pas rare de voir
(1) Homère. Iliad. 1. 3.— Euripide, Phéniss.— Virgile, Enéid.l. XI.— Ego ter et vicies cum hosle per provocalionem pugnavi. (lit. lève 1. 45s § 39.)
des personnages illustres, les mains couverles d'énormes gants de cuir plombé, descendre dans l'arène, se provoquer au combat, s'attaquer à coups de poings, se briser les mâchoires^ s'enfoncer la poitrine, et se fracasser les os, pour célébrer les funérailles des morts, ou seulement pour honorer leur mémoire.
C'est ainsi que, du temps de la guerre de Troie, Homère nous montre le sage Nestor se vantant d'avoir été vainqueur dans les combats du ce^^lCy aux funérailles du roi Amaryncée, et nous fait assister à un terrible pugilat entre Epéus et Euryàle, pour célébrer les funérailles de Patrocle. (1)
C'est ainsi encore qu'à l'époque du débarquement d'Enée dans la Sicile, Virgile nous montre Entelle et Darès, combattant à coups de poings, — avec fureur, — pour honorer la mémoire d'Anchise, dont on venait de retrouver le tombeau. (2)
Plus tard, les combats du ceste prirent une place importante dans les jeux publics.
(IjPenitùs ei corpus disrumpam et ossa confringam.
— Labantibus pedibus, cruorem que crassuni exspuen-
tem, caput que jactantera (iliade, ch. 23, éd. F. Didot.)'
(2) Hœc germaDUS Eryx quoodàmtuusarmaGerebat;
SaoguiQe cernisadhùc fractoque infecta Cerebro.
.Virgil. ênéid, 1. 5, v. 390 et g.)
Toutes les villes Grecques étaient remplies de statues élevées en Thonneur des vainqueurs dans les jeux gymniquQS ;. les poètes chantaient Iqur gloire ; Pindare. écrivait ses olympiques, ses istbmiques et $es néméennes,, pour titansmettre leurs noms à la postérité, et le& combats du C6^^6 faisaient partie des jeux gymniques I
Ces combats ne tardèrent pas à être introduits dans l'Italie.
On sait que le fils du corinthien pémarate était venu s'établir i Rome, du temps d'Âncus- Martius^ et qu'il s'y était tellement distii^ué, par sa bravoure et ses richesses, qu'il avait été proclamé roi, sous le nom de Tarquin-Vm-^ cie/i, vers l'an 614 avaj»t Jésus-Chiust
Tarquin-l'ancien avait introduit,, dans sa nouvelle patrie, plusieurs coutumes debGU'èce^ et l'histoire raconte qu'à l'occasion de son avènement au trône„ il donna des courses de chevaux et des combats du eeiste,: on fut tellement enthousiaste de ces combats qu'on les appela les grand$ jeux, ou les jeux Romains, et qu'ils devinrent annuels. (1)
Roiiie, encore ici, copia la Grèce.
Les combats des- gladiatmrs, dont l'origine
(1) LMdicrum fuit eq^i ^ pugiksque, ex E^uriâ maxime acciti. (tit. Uv. 1. 1, $ 35.]^
est également fort ancienne, étaient encore plus recherchés que les combats du ceste.
Ils furent introduits, pour la première fois, à Rome, par Marcus et Junius-Brutus, pour honorer les cendres de leur père, et ce spectacle, dit Tite-live, fut accueilli dans la ville € avec une faveur extrême. » (1)
On commença, d'abord, par faire combattre quelques couples pendant un jour ; on en fit ensuite combattre par douzaines et même par centaines, pendant plusieurs jours: ainsi, par exemple; à l'occasion de la mort de Valerius Lavinus, on en fit combattre vingt-cinq couples pendant quatre jours; on en fit combattre trente-sept couples, pendant trois jours, aux funérailles du père de Tiberius Flaminius, et soixante couples, aux funérailles de Licinius.
Sur les côtes de l'Espagne, à Carthagéne, Scipion l'Africain donna un combat de gladiateurs dans lequel on vit paraître, les uns contre les autres, des princes du pays, et d'autres personnages de distinction; il s'y trouva même deux cousins germains, appelés Corbiset Orsua, qui se disputaient la souveraifieté d'une ville.
(l) Nescîo quâ pietate, defnocli palris cineres hoiioraturi, gladiatorum muDUS ediderunt, magno favore civitatis. (Tit-liv. 1. 16 g 42 )
et qui prirent ce moyen pour terminer leur différend. (1)
A mesure que Ton avance dans l'histoire Romaine, on remarque que la passion des combats de gladiateurs devient de plus en plus ardente, et que le nombre des combattants s'accroit dans les amphithéâtres.
Lorsqu'il célébra la dédicace du Forum et du Temple de Vénus, Jules César changea toutes les traditions reçues jusqu'à cette époque. Il fit combattre des gladiateurs, non plus un à un « selon la coutume i» mais plusieurs à la fois, et de différentes manières: Il fit combattre des hommes à cheval contre des hommes à cheval, et des hommes à pied contre des hommes â pied; des groupes en nombre égal se précipitaient les uns sur les autres ; quelques uns combattaient sur des éléphants; d'autres étaient montés sur des vaisseaux qui évoluaient dans d'immenses bassins; et, dans ces effroyables mêlées, sur ce sol détrempé de sang, parmi ces monceaux de cadavres, on comptait des chevaliers Romains, des fils de prêteur, et jusqu'à des sénateurs ! (2)
. (1) Tile-liv. 1. 31, § 50-L. 41, § 28, 1. 29, § 46— lir. 28, § 21.
(2) Dion-Cassius, liv. 43, §§ 22, 23, 24.
Dans son testament, oonnu sous le nom de monument d'AneyrefXngusie se vantait d'avoir fait combattre environ dix mille gladiateurs !{\)
Allons jusqu'à Titus.
Lors de la dédicace de Tamphithéâtre et des bains qui portent son nom, Titus donna des spectacles nombreux et merveilleux.
Neuf mille animaux environ furent égorgés.
Beaucoup d'hommes; dit Thistorien Dion- Cassius, se firent gladiateurs. Beaucoup aussi luttèrent, en troupes, sur terre et sur mer. Après avoir rempli tout à coup d'eau cet amphitéatre, on vit paraître^ sur des vaisseaux, des hommes qui engagèrent un véritable combat naval.
D'autres se battirent dans le bois de Gains et Lucius^. Là, le premier jour, il y eut combat de gladiateurs, et massacré de bétes; le troi« sième jour, combat naval de trois mille hommes, et encore combat sur terre : ; on eut, pendant cent joursy ces sortes de spectacles ^ sous les yeux. » (2)
Suétone et Tacite dirent qu'on faisait combattre même des femmes, afin, sans doute, que
(1) Plariens munus gladitoriam dedi meo Domine, et quinquiens filioram ineorum, et nepotum nomine: quibos muneribus pugnaveruot circiter decem millia.
(4« colonae).
(2) Diou-Cassius, liv. 66, S 25.
leurs cris et leurs agonies procurassent des jouissances plus délicates aux sens blasés.
L'altération du sens moral était si profonde et si générale, dans les sociétés payennes, qu'il était devenu de mode, chez les grands et chez les riches, de donner des combats- de gladiateurs, après les repas ^ comme on donne, aujourd'hui, des représentations dramatiques et des concerts.Etendus, à la manière antique, autour des tables, sur des lits incrustés d'argent ou d'écaillés, le front ceint de couronnes de fleurs, au milieu des molles vapeurs de Tivresse, les convives savouraient toutes les horreurs de la mort, en regardant des infortunés s'acharner les uns sur les autres, se déchirer, se couvrir de sang et de blessures, et expirer^ à leurs pieds, sur les pavés des mosaïques. (4)
(I) Prœter funus et religionem, etiam voluptatis causa, dali gladiatores. (just. Lipse, saturh. ch. 9). (Philostrate, vie d'appoU. d« Tyâne, L. 4. ch. 22). — Nec virorum modo pognas, sedet feminiarum.— (Suet. vie de Domit § 4).— Tacite, ann. L. 15 § 22.
— Et luxus provecti sunt u(i convivios vocarent ad paria gladiatorum. (Strab. liy. V ch. 10)— qaod speclacuhirn inter epulas erat. (Tit. Liv. L. 9.) Super cœnam digladiantur, (Just. Lips. Saturu. (L. 1. ch. 6.)— Gladiatores antè convivium pugnantes, fréquenter exhibuit. (Lamprid sur Commode» (Silius itat Liv. XI).
Les combats de gladiateurs, comme les coml)ats duceste, se maintiorent, sans interruption, dans laGrèce, dans l'Italie, et dans une grande partie du monde ancien, jusqu'aux premiers siècles du christianisme.
Quant aux combats de peuple à peuple, nous n'en parlons pas : Il serait, au moins, superflu d'invoquer les témoignages de l'histoire pour établir que, d'après le^ lois Payemies^ ceux qui tuaient ou blessaient, dans ces combats, étaient corajdéiement innocents.