CHAPITRE IV
le rorigine et de la destinée de l'hoii d'après 1* Aneiem Testament» on cosmogonie liébralqne.
Après la confusion des langues et la dispersion des peuples, la tradition de la création divine s'était obscurcie dans la mémoire des hommes.
Moïse seul l'avait conservée, et l'avait consignée pour les Hébreux, dans le premier livre du Penlateuque qui s'appelle la Genèse.
Cette explication est fort connue , mais il est nécessaire de la préciser, afin de montrer les conséquences qui en résultent.
Dieu, selon la Genèse, avait, par sa toute puissance, séparé la lumière d'avec les ténèbres , et créé successivement le firmament , la terre, les plantes et les animaux qui nagent dans les eaux , volent dans les airs , marchent ou rampent sur le sol.
Puis , arrivant à l'homme , il avait dit :
c Faisons l'homme à notre image et à notre res- » seffiblance, et que les hommes dominent sur > les poissons de la mer, sur tous les oiseaux du » ciel, sur tous les animaux de la terre et sur » la terre elle-même. »
Dieu avait donc formé l'homme de la poussière de la terre.
Il avait ensuite répandu sur son visage un souffle de vie, et l'homme avait été transformé en une âme vivante.
Le premier homme avait été appelé Adam, et ce fut lui qui donna à chacun des animaux les noms qui leur sont restés depuis la création , en passant par les diverses langues humaines, et qui leur resteront jusqu'à la fin des temps.
Dieu, pour rappeler ici l'expression biblique, avait donné à Adam un aide semblable à lui ; il avait tiré cet aide de la substance même d'Adam , et il les avait créés ainsi, tous les deux, mâle et femelle.
Enfin, Adam avait donné à sa femme le nom d'Eve, en hébreu: Chaffa, c'est-à-dire î;*c, parce
qu'elle était destinée à devenir la mère da genre humain. v
Telle est, — résumée en quelques mots, — Texplicalion delà créalion du monde et de l'origine de l'être humain , suivant la cosmogonie des Hébreux (1).
Trois conséquences, vont maintenant découler de celle cosmogonie.
Première conséquence : — Il n'est plus.possîble de dire, comme le croyaient les payens, que l'homme est l'émanation d'une nature une et parfaitement homogène, sans distinction avec la subsiunce douée de raison et celle qui en est privée :
Il est l'émanation de deux substances distinctes, qui sont douées, par conséquent, d'attributs essentiellement distincts.
Deuxième conséquence : — Il n'est plus possible de dire, comme Platon, et les autres philosophes du paganisme, que l'homme n'est qu'un animal terrestre, apprivoisé :
Il est un être d'une nature spéciale, supé* rieur aux animaux, non-seulement par son organisation physique , mais encore par la présence d'un élément essentiellement divin, qui ne se rencontre pas chez les animaux.
(1) Genèse, I.i,26,27. — Id.,II, 19, 20,21.— Id., IX. 6.
Troisième conséquence : — Il n'est plus possible de dire, comme les philosophes payens, que les hommes, étant Autocthones, c'esl-à-dire sortis, dans différents lieux, des entrailles de la terre, ont une diversité d'origine :
Us sont sortis de la même terre ; ils sont animés par le même souffle, et chaque membre de la grande famille humaine, en reconstituant sa généalogie, retrouverait Adam et Eve pour ses ascendants.
Là, s'arrêtent, sans aucun autre développement, et sans aucun autre commentaire, les explicalions de FAncien Testament sur l'origine de l'homme.
Nulle part, ni dans le Décalogue, ni dans les bénédictions ou les anathèmes qui terminent sa législation, il ne parle de sa destinée.
Jamais il ne mentionne d'autres peines ou d'autres récompenses , pour les infracteurs ou les observateurs de sa loi, que des peines ou des récompenses purement terrestres :
Que devenait donc l'homme après sa mort?
Etait-il anéanti tout entier ? — Recommençaitil, suivant les idées de l'Inde et de l'Egypte, le cercle des existences terrestres ou des métemp-* sycoses ?
Qu'avait-il à redouter, ou à espérer, au-delà du tombeau?
Sur ces questions capitales , le législateur des Hébreux était resté complètement muet :
Mais, déjà, avec ce système cosmogonique, un esprit logique ne pouvait plus aboutir à une législation complètement matérialisle , comme celle qui avait été inspirée aux anciens législa-. leurs, par les idées de la cosmogonie payenne«
Le sujet est déjà changé.
De simple et rudimentaire qu'il était, il est devenu un être complexe: derrière sa substance matérielle, — la seule qui avait , autrefois, frappé les regards, — on commence à voir apparaître les rayons de la substance divine.
De là, la nécessité de réagir, au nom de cette substance divine, contre le régime de la force matérielle et purement brutale, et de protéger la femme , l'enfant ou l'esclave , contre . les abus de pouvoir du mari , du père ou du maître.
Nous en avons dit assez pour faire comprendre que la cosmogonie hébraïque devait conduire, forcément, le législateur qui partait de.çes données, à des résultats différents de ceux auxquels étaient arrivés les législateurs da paganisme.
La cause des dissemblances qui vont s'accuser , de plus en plus , entre le droit payen et
le droit hébraïque , se trouve dans ce premier point de départ.
Mais, nous ne tarderons pas à faire voir, d*une manière encore plus évidente , que la science de la cosmogonie qui a été, pour nous, la clé des législations payennes et hébraïque, est aussi la clé de la législation évangélique.
SECTIOS TBOISIEIIB.