‹ Le droit payen et le droit chrétien (volume 3)Chapitre 17 sur 24 · CHAPITRE F · texte numérisé non relu

CHAPITRE F

Exposé préliminaire.

Parmi les premiers mots que Jésus-Christ prononça, en apportant au monde sa législation nouvelle, nous devons citer ceux-ci :

€ Ne pensez point que je sois venu abolir la » loi ou les prophètes ; je suis venu, non pour

> les abolir, mais pour les accomplir.

> Car je vous dis, en vérité, que jusqu'à ce

> que le ciel et la terre passent , il n'y aura

^ rien dans la loi, qui ne s'accomplisse, jusqpo^à » un seul iota et un seul trait de lettre » (f ).

Quel est le sens de ces paroles ?

S'il fallait les prendre dans un sens absolu, il en résulterait qu'aucune dii^osition de la loi hébraïque n'aurait été abolie par la loi chrétienne.

Il est cependant certain , d'après l'opinion de tout le monde , qu'on grand nombre de ses dispositions civiles, pénales , économiques on purement cérémonielles, ont cessé d'avoir un caractère obligatoire sous l'empire de la loi chrétienne.

Il est aussi reconnu que, par ces paroles^ Jésus-Christ a voulu dire, qu'alors même qu'il abrogeait ou réformait la loi de Moïse, il ne faisait que la perfectionner, et la développer suivant l'esprit qui avait présidé à sa formation dans l'Ancien Testament (2).

Mais dans quel cas ces dispositions ont-elles été abrogées, ou modifiées? — C'est ici que commence , à proprement parler, l'œuvre du jxirisconsulte chrétien.

Le droit de propriété de l'homme sur l'homme, tel qu'il subsistait encore sous l'em^

(1) s. Math., V, n.

(2) Christus prœcepta moralia legis impIeTit , dûm ea tûcpidaiiiis et perfeetius doeuH et saosit.

(Coraeliusr à Lapidé» in Math.» V. 17).

pire du droit hébraïque, a-t-il été maintenu par le droit chrétien ? Au contraire, a-t-il été définitivement aboli ou supprimé? Telle est la question que nous avons à résoudre.

Avant d'entrer dans cette discussion , il est nécessaire de donner quelques explications sur le caractère spécial de la législation chrétienne.

Cette législation se distingue , entre toutes , par ce caractère particulier, qu'elle est destinée à s'appliquer à tous les peuples et pendant toute l'existence de l'humanité, jusqu'à l'époque de la destruction de la terre.

Pour faire ainsi un code universel, définitif, immuable, et d'une application facile, non-seulement pour les temps présents , c'est-à-dire pour l'époque de sa promulgation , mais pour les temps futurs , c'est-à-dire pour les milliers de siècles qui peuvent s'écouler avant la destruction de la terre , comment fallait-il s'y prendre ?

11 fallait se borner à poser des principes fondamentaux , clairs et féconds», qui pourraient servir à inspirer les législateurs humains , en leur laissant le soin d'approprier ces principes aux institutions, suivant les temps, les circonstances, le génie propre et le degré de civilisation de chaque peuple.

11 était impossible d'entrer dans les détails ; ou du moins, si les conséquences les plus im-

portantes ne ressortaient pas avec assez d'évidence des principes posés, il fallait se borner à les indiquer par quelques mots.

C'est précisément ce qu'à fait Jésus-Christ.

Toute la législation chrétienne — qui a déjà transformé, de fond en comble, une. partie des institutions du paganisme, et qui finira, certainement , par organiser la grande famille humaine sur des bases que le regard des chrétiens éclairés commence à entrevoir , — est contenue dans un petit volume de quelques centaines de pages, où se trouve, en même temps, mêlée l'histoire de Jésus-Christ, de ses apôtres et de l'Eglise naissante.

Il nous suffirait donc, pour atteindre le but que nous poursuivons, d'exposer ces principes, et de montrer qu'ils sont inconciliables avec l'existence du droit de propriété de l'homme sur l'homme, consacré par le droit payen, ou le droit hébraïque.

Mais nous ne nous arrêterons pas à établir cette première preuve.

Nous démontrerons, avec les textes les plus précis, que ce droit a été complètement abrogé par Jésus-Christ.

Le Nouveau Testament se compose des quatre évangiles, des actes des apôtres, des épitres de

S. Paul, de S. Jacques, de S, Pierre, de S. Jean, de S. Judas, et de TApocalypse.

C'est dans ces écrits s^ub, et en les édairant, au besoin, par les commentaires les plus autorisés des Pères de l'Eglise des premiers siècles, que nous puiserons toujours nos arguments.

Mais, d'abord, quelle est l'idée que le Nouveau Testament s'est faîte de Torigine et de la destinée de l'homme ?

C'est là, évidemment, où se trouve le germe de la solution que nous cherchons : c'est par là que nous devons commencer.

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