CHAPITRE n
Ile roirilgine et de la destinée de l'honittie d'aplfès le Mtonveaa Testament » on «ùmnogMile elO'é^
Le législateur des chrétiens a d'abord maintenu toutes les explications du législateur des Hébreux sur la création du ciel, de la terre, des plantes, des anirnaux et, notamment, de rhomme.
Comme Moïse, il a reconnu que Thomme , fait de poussière et d'esprit , avait été créé à Plmage et à la ressemblance de Dieu, et que , par suite, chaque individu remonte, en ligne directe , de génération en génération , jusqu'à Adam et Eve, source unique, après Dieu, du genre humain (1).
(1) s. Mathieu, XIX« 6.
Hais Jésus-Christ ne s'est pas arrêté là.
Après avoir ainsi confirmé la tradition mosaïqae sur l'origine de l'homme / il a achevé l'explication, en révélant la destinée qui lui est réservée après sa mort.
Avec l'autorité de son grand nom, de sa sereine et lumineuse intelligence, de sa mission divine, et de sa science indéfectible, il a commencé par affirmer que c l'âme ne mourait pas » (1).
Ainsi, la survivance de l'âme au corps, tourà-tour niée ou vaguement entrevue par la philosophie payenne, mais que la science de l'homme, réduite à ses propres forces, n'avait jamais pu certifier, est devenue une vérité qui a pris place dans ce que nous appelons la cosmogonie chrétienne.
Jésus-Christ a affirmé, en second lieu, que le corps lui-même ne subissait qu'une décomposition passagère, pour renaître et se transformer en une substance impérissable.
Mais, il faut citer ici les paroles mêmes du Nouveau Testament :
c Le corps, dit-il, est semé corruptible , il > ressuscitera incorruptible.
> Il est semé méprisable, il ressuscitera glo-
(1) Nolite tîmere eos qui occidunt corpus, animam antem tumpoiiunt occidere,—(S. Mathieu, IX, 28).
> rieux : Il est semé infirme , il ressuscitera 1 plein de force : Il est semé corps animal, il
> ressuscitera corps spirituel. Il a y un corps
> animal, il y a un corps spirituel.
> Voici un mystère que je vous dis, c'est que
> nous ne serons pas tous morts ; mais nous » serons tous changés ! »
Ainsi , la résurrection des corps , qui avait été entrevue par Job, par Isaïe et parJérémie, mais qui serait restée un problème insol-uble, comme celui de la survivance de l'âme au corps, est devenue une autre vérité qui a pris également place dans la cosmogonie chrétienne.
Enfin, Jésus-Christ a affirmé qu'après la résurrection, chaque homme comparaîtrait devant son tribunal pour y recevoir une peine ou une récompense, selon le bien ou le mal qu'il aurait fait, étant dans^ son corps ;
Qu'alors, tous les éléments seraient dissous ; que le ciel passerait ; que la terre serait embrasée avec tout ce qu'elle contient, et qu'il y aurait d'autres cieux et une autre terre où la justice habiterait (1).
(1) Mathieu, XXII, 23, 31.— Luc, XV, 35.— Joan,Y,2i, 28, VI, 39,XI,24.— Actor.,XXIV, 15.— I. Cor in th. 15.— II. Coriiilh.,IV,U.-CoIo88., 111,4.— Philip., III, 21, IV, 3.— I.Thess.jIV, 13, 16.— Timolh.,2, 2. — Apocalyp., XXIÎ, 12. ^Omnes enim Siabimus anlèiribunal ChrUti.—kàKom., XIV, 10.— Pelri Ep., U, 3, 13.
Ainsi, le jugement dernier de lliomme reconstitué, parla résurrection, dans ses éléments primitifs, et sa demeure étemelle dans un lieu où règne la justice, sans passer par lés évolu-' lions successives des métempsycoses , tels sont les faits qui sont attestés par le Nouveau Testa* ment, et qui achèvent ou couronnent l'expli-»' t^tion de Thistoire de la création du monde et de l'homme.
Il faut convenir que cette créature qui était si vile et méprisable , aux yeux des philosophies, des religions et des législations du paganisme ^ qu'il était permis de la poursuivre à la chasse, et de s'en emparer comme des bêtes fauves, apparaît tout-à-coup^sous un aspect aussi grand qu'inattendu.
Le prophète David avait dit, dans un de ses psaumes , que Dieu avait placé l'homme un peu an-dessous des anges, et l'avait couronné de gloire et d'honneur, en lui donnant l'empire sur ks œuvres de ses mains (1).
Mais Jésus-Christ a rapproché encore bien plus l'homme des anges , puisqu'il lui a assuré ^ après sa mort, une immortalité glorieuse que le prophète David ne connaissait pas.
Il est impossible de donner de l'homme une idée plus haute , plus majestueuse , plus impo-
(i) Psaum. Vm, 6, 7, 8.— Ps. XLVm, 12 et 13.
saBtè, plus grandiose, qae celle qui en a été donnée par Jésus-Christ.
On ne peut s'empêcher de se respecter soimême, et par conséquent, de respecter son semblable , en songeant au rôle qui nous a été réservé dans le plan général de la création.
Yoilà donc , désormais , le point de départ de toute conception législative qui devra désormais réglementer les rapports des hommes entre eux ; voilà l'idée mère à laquelle il faudra sans cesse revenir, pour comprendre et expliquer la législation chrétienne qui a réglementé ces rapports^
Avec cette idée, tout y paraît logique, juste, harmonieux, nécessaire: en dehors de cette idée, beaucoup de choses y paraissent étranges, inaccessibles au sens vulgaire, ou d'une appli^ cation impossible.
Mais en partant de ces prémisses, il est clair qu'un législateur logique ne pourra plus se rencontrer, non-seulement avec les législateurs du paganisme , mais même avec le législateur des Hébreux.
Usera forcé d'aller plus loin.
Et, si ce législateur est Jésus-Christ, on peut être certain , d'avance , qu'avec celte puissance d'intuition divine qui n'a pas besoin des secours du raisonnement pour aller au fond des choses,
il arrivera, d'un seul bond de l'esprit , à des conséquences qui seront de nature à déconcerter et à confondre tous les jugements humains.
C'est, en effet, ce qui est arrivé.
Toutes les conséquences, que Jésus-Christ a tirées de cette nouvelle cosmogonie, étaient d'une logique invincible, irrésistible, et, il faut bien l'ajouter , effrayante pour le monde antique , dont elles bouleversaient toutes les idées. •
Mais , en même temps , elles répondaient d'une manière si intime à tous les instincts mystérieux déposés dans l'homme; elles s'adaptaient si merveilleusement à tous les ressorts de la nature humaine , que, tandis qu'elles remplissaient le monde d'épouvante , elles le remplissaient, aussi, d'enchantement et d'espérance, et répandaient partout, sur leur passage > des tressaillements contagieux.
Au nombre de ces conséquences, il faut citer, en première ligne , la mise de l'homme hors du commerce, ou l'abolition du droit de propriété de l'homme sur l'homme.