‹ Le droit payen et le droit chrétien (volume 3)Chapitre 2 sur 24 · DROIT PAÏEN · texte numérisé non relu

DROIT PAÏEN

CHAPITHE I"

Exposé préHmlnatre*

A l'époque oii Jésus-Christ parut dans la Judée^ les trois parties du monde alors connu étaient couvertes, à -peu -près comme aujourd'hui, d'empires, de royaumes , de républiques ou de cités célèbres, qui formaient des états distincts et indépendants, et avaient leurs législations , leurs religions , leurs mœurs et leurs histoires particulières.

Dans l'Asie, on trouvait l'Inde au-delà et en deçà du Gange, la Scylhie en deçà et au-delà de rimaûs ; la Bactriane , la Perse et la Médie autour de la mer Hyrcanienne ; la Babylonie, la Mésopotamie et l'Asie Mineure , entre la mer Egée, le Ponl-Euxin et le golfe Persique.

Dans l'Afrique, on trouvait la Mauritanie, en fiice du détroit d'Hercule, la Numidie ; Car- Ihage, située au-dessus des rivages de la grande et de la petite Syrthe, et du pays des Psylleset des Nasamons; enfin, au-delà de la Lybie extérieure, l'Egypte, depuis l'embouchure du Nil jusqu'à l'Ethiopie.

L'Europe , surtout , à commencer par les Cyclades , la Crète et le Péloponnèse jusqu'à l'Epire et la Macédoine — depuis le Brulium et la Sicile jusqu'à la Gaule transpadane et la Germanie , -7- était remplie de nations qui portent encore des noms retentissants dans l'histoire, et qui sont aussi familiers à la mémoire des générations actuelles, que ceux des peuples contemporains.

Il suffit de citer Sparte , Mécène , Argos , Corinlhe, Athènes, Thèbes et Locres , dans la Grèce ; Crotone , Sybaris , Tarente , dans la grande Grèce; et, enfin, dans le vieux Latium, Rome, la ville immortelle que Cicéron appelait

la lumière du monde (1), comme Platon avait appelé , autrefois , Athènes , le Prylanée de la sagesse, par rapport à la Grèce (2).

Enfin, au milieu de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique, pareille à un phare étincelant de feux qui devait remplir le monde de ses rayonnements , on apercevait la Terre-Sainte , qui s'avançait sur le bord de la mer intérieure , entre la Syrie et l'Arabie Pélrée.

Un voyageur qui , remontant le cours des temps écoulés, pendant une période de dix-neuf siècles, pourrait s'aventurer à travers ces contrées, pour voir, de ses yeux, ce qui s'y passait à cette époque, rapporterait, certainement, des impressions de voyage bien curieuses.

Ce ne serait pas seulement l'aspect des villes, des monuments, des temples, des habitations particulières, et des costumes qui exciterait son étonnement.

Ce qui le frapperait surtout, ce serait le spectacle d'une civilisation diamétralement opposée à la nôtre , et la singularité des législations et des coutumes qui étaient, sur presque

(1) Urbem, mi nife, cole, et in hoc Luce vive: Cic. k Cœlius-Galdus ; Lettre écrite en 703. — Lucem orbis terrarum, atque arcem omuium genlium. Cic. cent. Catilina » IV, §6.

(2) Platon, Dia). du Protagoras.

tous les points , le contre-pied de celles qui existent actuellement.

Ce grand voyage d'exploration à travers le monde antique avant le Christianisme , — afin d'étudier ces législations et ces coutumes, — nous allons l'entreprendre aujourd'hui.

Grâce aux ouvrages qui nous restent de l'antiquité indienne , égyptienne , hébraïque , grecque et latine , nous pouvons encore faire connaître les principales institutions* de cette phase de la civilisation, à-peu-prés aussi exactement que si, le bâton à la main, nous avions parcouru ces royaumes, ces républiques, ces cités et ces empires.

Parmi les choses qui méritent , d'abord , de fixer l'attention par l'étrangeté des détails que les anciens écrivains nous ont transmis, comme par les conséquences considérables qui en résultaient au point de vue du droit , nous devons citer, en première ligne, l'usage qui existait, sur toute la surface du globe , de vendre les créatures humaines, comme aujourd'hui les animaux dans les foires ou dans les marchés.

Partout , on pouvait voir des adjudications publiques, par le minisière d'un crieur, de troupeaux d'hommes, de femmes, d'enfants ou de vieillards, qui étaient adjugés au plus offrant et dernier enchérisseur, en bloc ou en détail,

par lot ou par tête , suivant la fantaisie des vendeurs.

On traitait aussi de gré-à-gré.

Les vainqueurs vendaient les.vaincus , TEtat vendait les citoyens, les père et mère vendaient leurs enfants, les maris vendaient leurs femmes, et les particuliers se vendaient eux-mêmes :

Passons , rapidement , en revue ces différentes espèces de ventes.

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