‹ Le droit payen et le droit chrétien (volume 3)Chapitre 8 sur 24 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Des marchands d'hommes»

Le marchand d'hommes représentait assez exactement , dans les sociétés anciennes , ce qu'on appelle le maquignon, dans nos sociétés modernes.

Il parcourait les villes ei les campagnes , poussant devant lui, à coups de bâton ou à coups de fouet, des troupes de bétail humain , qu'il exposait en vente dans les places publiques et les grandes routes.

— SS- II avait un art particulier pour dissimuler les tares et les défauts de sa marchandise, pour exciter les convoitises des acheteurs, et pour se soustraire aux poursuites, quand il était exposé à la résiliation de ces ventes pour quelques vices redhibîtoires.

Il élevait, il engraissait, il accouplait, il dressait son semblable, suivant certains procédés de main et d'hygiène , qui lui permettaient de l'exploiter avec un art consommé.

Comme il brocantait de tout, il avait de tout, pour tous les prix, et pour tous les goûts.

Si quelque spéculateur avait besoin d'un enfant ou d'un vieillard , d'une belle fille ou d'un beau garçon, il n'avait qu'à lui parler.

Le marchand le conduisait dans ses prisons, dans ses bouges, dans ses cages, et lui représentait toutes les variétés , tous les types , et tous les échantillons possibles de la race humaine : — depuis l'Indien jusqu'à l'Arabe, depuis le Sarmate d'Europe jusqu'à l'habitant de la Gaule celtique , depuis le Grec jusqu'au Romain, depuis l'Ethiopien jusqu'au Numide.

Un grand seigneur du temps était-il en quête d'un cocher, d'un cuisinier, d'une femme de chambre, d'une danseuse, ou d'un joueur de flûte, d'un laboureur pour ses fermes, d'un précepteur pour ses enfants , d'un intendant pour

sa maison, ou d'an coureur pour ses lettres ? il envoyait chez le marchand d'hommes, et dans un clin-d'œil, il avait tout sous la main.

Quant au petit propriétaire , il achetait là tous les rebuts de la vente au plus bas prix.

Les infirmes , les estropiés, les difformes se vendaient pour rien.

Pline l'Ancien , qui vivait encore Tan 79 de rère chrétienne , au moment de Tengloutisseraent de Pompeï sous les cendres du Vésuve, atteste qu'il a vu beaucoup de braves gens qui coûtaient , alors , moins cher qu'un rossignol (1).

Le marchand d'hommes pullulait sur tous les points du globe ; mais c'est surtout dans les grandes villes qu'on le rencontrait.

Plante dit que, de son temps, il y en avait déjà autant à Rome que de mouches au fort de l'été (2).

En Grèce, c'était la Thessalie qui en fournissait le plus.

Le marchand d'hommes était, dans les sociétés anciennes, un personnage assez considérable ,

(1) ?\me,HUt. iVa^, livre X, § 43.

(2) « Nam nunc Lenonum et Scortorum plus est ferè » quam olitn muscarum, st, quom caletur maxime. »

Piaule, le Brutal, act. 1 , se. 1.

Aristophanes dans le Plutus. — Séuèque, De la constance du sage, ch. 13.

et jouait un rôle important dans les relations de la vie publique et privée.

On le méprisait bien un peu.

Mais y comme il y avait nécessité de s'adresser à lui, et que, d'ailleurs, dans beaucoup de pays, on avait mis un impôt sur ces ventes qui rapportaient de gros bénéfices à l'Etat , on était encore obligé de le ménager.

A Athènes, par exemple, il était dérendu de le maltraiter sous peine d'exhérédation.

Le mot : c Je suis marchand d'hommes ! > y Taisait autant d'effet qu'à Rome cet autre mol: ( Je suis citoyen Romain! i {\)

Ceci nous conduit , naturellement, à parler des voleurs d'hommes.

(1) Âadi , eschine, ne ignarum fuisse te morûm meûru^ ego, Leno sum ! — Tërence , les Âdelphes.

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