‹ Le droit payen et le droit chrétienChapitre 2 sur 20 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Exposé préllmiiiaire.

Ce travail est divisé en trois sections»

Dans une première section, qui sera consacrée à rétude de toutes les législations pay ennes^ depuis les temps les plus reculés jusqu'à Favénement de Jésus-Christ , nous rechercherons , d'abord, qu'elle a été l'origine du serment.

Nous établirons, par de très nombreux documents, qu'à celte époque, on ne comprenait pas le serment sans une invocation et une imprécation formellement exprimées, c'est-à-dire que^ pour jurer, il fallait non seulement attes-

ter une puissance supérieure, qui était prise comme témoin , mais encore , et surtout , appeler sur. soi-même des châtiments, en cas de parjure ; nous expliquerons, ensuite, dans quelles circonstances lés anciens avaient coutume de jurer, et nous verrons qu'aucun légis- Ickteur, avant Jésus-Christ, n'avait encore interdit le serment.

Après avoir étudié les anciennes législations, nous interrogerons les philosophies du paganisme.

Un fait remarquable, — et qui se produira pour la première fois, devant nous, — frappera d'abord, notre attention: ce fait, c'est que, sur la question du serment, les philosophes du paganisme se sont écartés des idées des législateurs de leur temps.

Ainsi, nous en trouverons un, qui, — par respect pour les. dieux, comme pour les hommes eux-mêmes,— avait prescrit à ses distciples de ne jamais jurer; nous en trouverons un autre qui conseillait au naoins de ne jamais jurer pour des affaires d'argent; nous en trouverons un troisième qui recommandait de sujpprimer le sermmt judiciaire , c'est-à-dire le serment supplétif eX M serment démozVe ; enfin, nous ferons connaître l'opinion d'un quatrième qui s'est attaché à démontrer l'iputilitd et l'inefficacité du serment, en généi;al

Nous terminerons cette rapide revue , en montrant pourquoi, — longtemps avant la révélation évangélique , — la philosophie payenne avait pu aboutir, par les seules lumières de la raison, à des conclusions si remarquables.

Nous arriverons ainsi à notre seconde section.

Elle sera consacrée, toute entière, à l'étude des textes de la loi de Moïse et aux commentaires dont elle avait été l'objet par les auteurs juifs.

Nous ferons remarquer combien la loi de Moïse est supérieure, en cette matière, à toutes les législations qui ont précédé le christianisme. Nous nous appliquerons principalement à établir trois propositions importantes , à savoir:

4^ Que, sous l'empire de cette loi, il était interdit de jurer sans nécesHté, et sans une cause grave ;

2° Que le serment proprement dit, — celui, qui était usité dans le Temple et dans les synaguogues, — devait contenir non seulement une invocation à Dieu, mais une malédiction expresse, en cas de parjure ;

3® Enfin, que longtemps avant Jésus-Christ, la grande majorité des Juifs ne recourait déjà plus au serment qu'avec une extrême répugnancCj et que toute la secte des Esséniens, —

nolarament, — Tavait même déjà proscrit de la manière la plus rigoureuse.

Nous aborderons, enfin, la troisième et la dernière section.

Nous commencerons par étudier divers textes tirés de TÉvangile de S^ Mathieu , desquels il résulte que Jésus-Christ a interdit de jurer : Nous citerons, ensuite, un autre texte d'une épître deTapôtre S* Jacques, qui confirme cette prohibition, dans des termes encore plus énergiques.

A l'appui de notre dissertation sur les textes, nous produirons les témoignages de plus de vingt docteurs , évoques , ou archevêques , choisis parmi les plus savants et les plus illustres, durant les quatre premiers siècles de l'Église, et qui, tous sans contradiction, — au moins durant celte première période , — ont soutenu que Jésus-Christ avait, en effet, formellement interdit de jurer.

Nous consacrerons un chapitre particulier à S^ Augustin, parce qu'il a développé, sur cette question, des idées aussi neuves qu'ingénieuses, et nous établirons, avec lui, cette vérité qui peut paraître un paradoxe, à savoir que les chrétiens,— lorsqu'ils sont obligés de jurer, — malgré l'Évangile,— ne commettent, cependant, aucune faute.

Après avoir étudié le serment au point de

vue chrétien, nous l'examinerons au point do vue philosophique et pratique ; nous montrerons qu'il est illogique et inutile ; nous établirons que les lumières de la raison naturelle, et les résultats de l'expérience, justifient de la manière la plus éclatante les enseignements de rÉvangile, sur ce point.

Enfin, jetant un rapide coup d'oeil sur l'état de notre législation actuelle, nous montrerons quels sont les progrès qui ont été accomplis, dans cette matière, depuis l'établissement du christianisme.

D'abord, nous indiquerons quels sont les serments promissoires, qui paraissaient autrefois indispensables pour garantir l'ordre public, ou pour rassurer les intérêts privés, et qui ont déjà disparu, sans que celte disparition ait produit, dans la pratique, le plus léger inconvénient ; nous dirons de quelle manière on pourrait remplacer les serments promissoires qui subsistent encore.

Passant, ensuite, aux sermens judiciaires, nous exposerons les critiques dont ils ont été l'objet, les pays où ils ne sont pas connus et ceux où ils ont été déjà répudiés; nous exposerons les dangers que présente le serment supplétif y d'après les jurisconsultes modernes : enfin, nous intliquerons de quelle manière on pourrait remplacer le ?îerraent décisoire, si l'on ,

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hésitait à le supprimer, comme le serment supplétif.

Tel est le programme que nous nous proposons de parcourir.

Travailler à faire pénétrer, dans notre législation civile et criminelle, les grands principes de l'Évangile qui sont encore restés à Tétat de lettre-morte ; s'efforcer de hâter le moment où les lois humaines cesseront d'être en désaccord avec les lois divines; essayer de montrer que certaines réformes sollicitées par les plus grands jurisconsultes de notre temps ont été depuis longtemps indiquées et recommandées par les chrétiens les plus autorisés des premiers siècles; c'est , — selon nous — , entreprendre une œuvre éminemment utile, et digne de l'approbation de tous les bons esprits.

C'est dans l'espoir de mériter cette approbation que nous l'avons entreprise.

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