CHAPITRE VIII
pliocle a consacrés aux malheurs d'Œdipe. Là où les traditions populaires attachaient la vengeance divine aux unions incestueuses, même contractées de bonne foi, le législateur criminel ne pouvait garder le silence. Il n'est pas possible de supposer qu'il fût resté indifférent et passif devant un acte qui blessait en même temps les lois du pays et les exigences de la nature. On peut donc affirmer, avec une certitude entière, que l'iaceste était sévèrement puni dans la cité de Minerve; mais, d'autre part, on se trouve dans l'impossibilité absolue de déterminer ces peines. Peut-être consistaientelles dans le bannissement et la confiscation des biens. L'auteur du, discours contre Alcibiade, attribué à Andocide, rapporte, en effet, que Cimon, fils de Miltiade, fut banni d'Athènes parce qu'il avait eu un commerce incestueux avec sa soeur (i). On ne saurait prendre au sérieux l'allégation de Marcellinus, quand il prétend qu'il existait à Athènes une loi qui punissait de mort l'inceste du fi.ls avec la seconde femme de son père (2).
(1) § 33. — Il est probable qu'Isée reprochait un inceste à Dicéogéne, quand il disait: « On a vu publiquement sa mère, assise dans le temple d'Eléthye (déesse qui présidait aux accouchements), hii reprocher des infamies que je rougis de dire et qu'il n'avait pas rougi de faire (Pour la succession de JDicéogène, 39). Comp. Lysias c. Alcibiade, I, 41.
La tradition mentionnée par Plutarque, au sujet d'un mariage publiquement contracté par Cimon avec sa sœur Elpinice, doit être rejetée parmi les fables, à moins d'admettre qu'Elpinice n'était que sa sœur consanguine. Un tel mariage était, en effet, autorisé à Athènes (Plutarque, Cimon, IV).
(2) Meurtius, Themis attica, II, 27. Andocide parle de la femme d'un prêtre de Gérés, qui tenta de s'étrangler parce qu'elle avait remarqué que son mari, après avoir épousé la fille, entretenait des rapports criminels avec la mère. {Sur les mystères, 124 et suiv.)
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Nous nous trouvons dans la même ignorance à l'égard des peines qui frappaient la bigamie. Ici l'on peut même admettre qu'il n'existait d'autre sanction que le droit accordé à la première femme du bigame de réclamer le divorce (i). Telle était, du moins, l'opinion de Plutarque qui raconte, sans manifester le moindre blâme, que Myrto, petite-fille d'Aristide, fut mariée au sage Socrate, quoiqu'il eût déjà une autre femme (2). Telle était encore l'opinion de Térence qui, dans une de ses comédies, nous montre l'Athénien Chrêmes, déjà marié dans sa ville natale, contractant un second mariage à Lemnos, sans manifester d'autre crainte que celle d'encourir les reproches de sa première épouse (3) ; mais l'autorité du comique latin est ici d'autant moins imposante qu'il semble ignorer que Chrêmes, par le seul fait de son union avec une étrangère, encourait une amende de mille drachmes (4). Quant au langage de Lysias, qu'on a parfois invoqué en faveur de la même opinion, il est moins décisif encore. Dans son discours sur les biens d'Aristophane, cet orateur affirme que Conon et Nicophème, dont les fils habitaient Athènes, avaient l'un et l'autre une femme et un enfant à l'île de Chypre (5). Mais rien ne prouve qu'il s'agisse ici d'un acte de bigamie. Conon et Nicophème pouvaient s'être
(I) Les épouses athéniennes avaient ce droit quand le mari s'oubliait avec d'autres femmes (Andocide c. Alcibiade, 14J. Voy, ci-dessus, p. 289.
^) Plutarque, Am^cïe, XXVII.
(3) Phormion, v. 893-988.
(4) Voy. ci-après le chap. IX.
(5) Sur les biens d'Aristophane, 36.