CHAPITRE VIII
étaient rigoureuses. Un exemple cité par Eschine atteste qu'elle inspirait une véritable terreur. Misgolas et Phaedros ayant trouvé le jeune Timarque dans une taverne, où il faisait une orgie avec quelques étrangers, ordonnent à ceux-ci de les suivre en prison, sous l'imputation du crime de séduction exercé sur un jeune Athénien. Aussitôt les délinquants effrayés s'enfuient et disparaissent, abandonnant le festin(i).
Ces précautions n'étaient pas les seules que le législateur athénien eût prises contre l'extension d'un vice infâme qui déparait la brillante civilisation de la ville de Minerve.
Les anciens copistes ont intercalé dans le discours d'Eschine contre Timarque, une loi ainsi conçue :
^ Les maîtres des écoles ne les ouvriront pas avant « le lever du soleil; ils les fermeront avant le soleil « couché. Lorsque les enfants sont dans l'école, ceux « qui ont passé cet âge ne peuvent y entrer, sous peine « de mort, excepté le fils du maître, son frère et son « gendre. — Les gymnasiarques ne permettront aux « jeunes gens, pour aucune raison, d'entrer dans les « galeries de Mercure. S'ils y en laissent pénétrer quel- « ques-uns, ou s'ils ne les en chassent, on leur appli- « quera la loi concernant les corrupteurs de l'en- « fance {2). »
Nous ne possédons pas les éléments nécessaires pour
au § 184 et qui coucerne les entremetteurs, Il s'agit ici de celui qui corrompt pour son propre compte.
(1) Eschine c. Timarque, 43.
(2) Eschine c. Timarque, 12. C'était l'action que les grammairiens ont nommée ^Oopà twv D^ïuGéocjv.
discuter, en parfaite connaissance de cause, la valeur qu'il importe d'attribuer à ce texte; mais il est certain qu'il existait à Athènes des lois destinées à empêcher, dans les écoles et les gymnases, un contact dangereux entre les enfants et les hommes d'un âge plus avancé. Eschine dit expressément que le législateur a fixé l'heure à laquelle un enfant libre peut aller aux écoles, avec quels enfants il doit y entrer et à quelle heure il doit en sortir. Il rappelle que la loi, tenant pour trèssuspects la solitude et les ténèbres, défend aux maîtres des écoles et aux instructeurs des palestres de les ouvrir avant le soleil levé et de les laisser ouvertes après le soleil couché. Il dit encore que des règlements minutieux déterminent l'âge et la qualité des gens qui peuvent fréquenter ces lieux, les fonctions des instituteurs, la tenue de la salle des Muses dans l'école, de celle de Mercure dans la palestre ; et, pour qu'aucun doute ne subsiste sur le but de cette réglementation sévère, il ajoute que ceux qui dirigent les choeurs de danse des adolescents doivent avoir plus de quarante ans, « afin que l'âge mûr soit seul en contact avec les « enfants. » Tout était minutieusement prévu, tout était réglé avec une prudence scrupuleuse. Il faudrait donc bien peu connaître les tendances de l'esprit hellénique en général et de l'esprit athénien en particulier, pour s'imaginer que ces prescriptions tutélaires étaient restées dépourvues de sanction pénale. Il est, au contraire, très-probable que ceux qui les enfreignaient étaient assimilés aux corrupteurs de l'enfance. La crainte de voir s'étendre cette lèpre morale dans les