‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 132 sur 203 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

rangs de la jeunesse était tellement vive, qu'on donnait publiquement cinquante coups de verges à l'esclave qui, sans mauvais dessein, recherchait l'amitié du fils d'un citoyen (i). Les prostitués étaient, en effet, assez nombreux pour qu'un impôt spécial, établi sur ces misérables, fût chaque année publiquement affermé par le Conseil (2) .

On aura déjà remarqué qu'aucune des décisions qui précèdent ne s'applique à ceux qui se prostituent librement, sans se faire payer un salaire. Ceux-là échappaient, en effet, à l'action de la justice criminelle, et l'on doit en dire autant de la pédérastie salariée ellemême, quand elle était pratiquée sur la personne d'un étranger. Eschine s'exprime, à cet égard, de manière à dissiper tous les doutes. « Que ceux, dit-il, qui recher- « chent les jeunes garçons s'adressent à des étrangers, « afin de se satisfaire sans nuire à la patrie (3). » Dans le discours de Lysias contre Simon, l'accusé, parlant à l'aréopage, reconnaît , sans honte et sans embarras, avoir pris à sa solde un jeune Platéen. « Si c'est « une grande folie, s'écrie-t-il, d'avoir témoigné pour «un jeune homme des sentiments peu convenables à « la gravité de mon âge, je vous conjure de ne m'en « croire ni plus méchant, ni plus punissable (à raison « de la tentative de meurtre qu'on lui imputait). Sou-

(1) Eschine c. Timarque, 139.

(2) Ibid., § 119. Cet impôt (Troovtxôv ré).o;) était perçu sur les prostitués des deux sexes.

(3) C. Timarque, 195. Voy. enaoï^e le § 72 cité ci-dessus, où il parle de ceux qui payaient la complaisance honteuse d'un citoyen.

« venez-vous que tous les hommes sont sujets à des fai- « blesses (i). »

Il y avait donc à Athènes deux espèces de pédérastie qui ne rentraient pas dans les prévisions de la loi pénale. Les auteurs de ces turpitudes ne subissaient d'autre châtiment que la flétrissure de l'opinion publique. Mais cette répression morale, qu'on voit fréquemment apparaître dans les discours des orateurs, était loin d'être suffisamment efficace. Les historiens, les philosophes, les poètes sont unanimes à constater l'intensité du désordre. Le divin Platon lui-même, en décrivant les délices de sa cité modèle, ne rougissait pas d'offi'ir aux soldats, comme récompense de leur courage, l'amour de leurs jeunes compagnons. « Ceux-ci, disait-il, seront obligés de recevoir leurs caresses pendant toute la durée de la campagne (2). » La pédérastie punie par la loi continuait elle-même d'être l'un des vices dominants des adorateurs de Minerve. Bravant la dégradation civique et toutes ses conséquences, on ne craignait pas de rédiger, en présence de témoins,' des contrats réglant les obligations du prostitué et le taux du salaire auquel il pouvait prétendre ; mais ces

(1) Lysias c. Simoji, 5 et suiv. — Aristophane fait très-nettement là distinction entre la pédérastie salariée et celle qui ne l'est pas, dans sa comédie de Pluius : « Carion. L'amour n'est rien pour eux (les jeunes garçons) ; l'argent est tout. Chrémyle. Tu parles de ceux qui se prostituent à tout venant ; mais il y en a d'honnêtes, et ce n'est pas' de l'argent qu'ils demandent à leurs amants (v. 153-156). » Pour encourir la peine, il fallait s'être livré moyennant un salaire ; mais aussi, dans ce cas, un seul fait suffisait (voy. Eschine c. Timarque, 51).

(2) République, V, p. 468.

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