CHAPITRE VIII
marchés infâmes ne donnaient pas naissance à une action en justice (i). L'opinion publique se prononçait énergiquement contre les êtres avilis qui osaient en réclamer l'exécution (2).
§ 5. Des proxénètes.
On a vu que, suivant Plutarque, Selon n'avait puni que d'une amende de cent vingt drachmes ceux qui prostituaient une femme libre, quandméme ils l'auraient enlevée pour la réduire à ce rôle abrutissant (3).
Si cette règle avait été réellement établie par Selon (et nous n'avons aucun moyen de réfuter le témoignage de Plutarque), il faudrait admettre que le législateur d'Athènes avait ici, comme en matière d'adultère, distingué entre la violence et la séduction. Eschine dit, en eifet, que Selon avait permis d'accuser les corrupteurs de la jeunesse et de les faire mourir, parce que, pour un abominable salaire, ils ménagent de coupables rendez-vous à ceux que le désir pousse et que la honte retient (4).
Il se peut, à la vérité, qu'Eschine, suivant un usage assez fréquent parmi les orateurs d'Athènes, ait attri-
(1) Eschine c. Timarque, 160 et suiv. — D. Hérauld prétend à tort que ces contrats n'étaieiit que des quittances données au pédéraste {Observ. ad jus attic. et rom., t. V, c. 18, n° 21). L'enssmble du texte d'Eschine repousse manifestement cette interprétation.
(2) Eschine, ibîd., 165 et suiv.
(3) Voy. ci-dessus, p. 320.
(4i C. Timarque, 184. On agissait contre eux par la ypafp/i -ooaywjdaç.
bué à Solon une loi datant d'une époque plus récente ; mais il n'en est pas moins certain que, de son temps, la législation de l'Attique punissait les entremetteurs avec la dernière sévérité. On sait que l'un des chefs d'accusation dirigés contre Aspasie lui imputait de recevoir dans sa maison des femmes de condition libre qu'elle prostituait à Périclès (i).
Il est également certain que, vers la même époque, la prostitution d'une femme libre était punie beaucoup plus sévèrement que du temps de Solon. Eschine dit positivement que la loi sur la prostitution (yôaoç Trja 7:pocf.ycùyciixz) condamne cet acte et menace des peines les plus rigoureuses ceux qui livrent à la débauche une femme ou un enfant libre (2). Dinarque cite l'exemple" d'Eulhymaque, qui fut condamné à mort, parce qu'il avait prostitué une jeune fille d'Oiynthe (3).
§ 6. De la séduction.
Les lois d'Athènes ne se bornaient pas à réprimer sévèrement la violation des devoirs conjugaux. Elles assimilaient à l'adultère la séduction d'une citoyenne célibataire ou veuve, qui n'appartenait pas ouvertement à la classe des prostituées. L'un et l'autre de ces délits pouvaient, de même que l'adultère, être poursuivis par l'action [j.ot)^dixÇ'
Démosthène cite une loi de Dracon, encore en vi-
(1) Plutarque, Périclès, XXXII.
(2) C. Timarque, 14.
(3) C. Dénwsthène,2'à.