‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 134 sur 203 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

gueur de son temps, d'après laquelle tout Athénien avait le droit de tuer celui qu'il surprenait en flagrant délit auprès de sa mère, de sa fille ou de sa sœur (i). S'il ne voulait pas user de ce droit de vengeance, il pouvait, comme le mari qui avait surpris le complice de sa femme ou de sa concubine, se contenter d'un dédommagement pécuniaire et réclamer des cautions pour le payement de la somme stipulée. Par contre, de même que l'individu accusé d'adultère, le séducteur présumé avait le droit de prétendre qu'on l'avait indûment considéré comme u-oiyôc, de réclamer la libération de ses cautions et de demander aux juges la punition de celui qui, par violence, l'avait forcé de contracter desengage- .raents illégaux; mais, s'il succombait dans cette poursuite, il subissait le traitement qui, dans la mêmehjpothèse, était réservé au séducteur d'une femme mariée (2).

Un exemple cité par Démosthène, dans son discours contre Nesera, met cette législation dans tout son jour.

Epenaetos, ayant été surpris auprès dePhano, bâtarde de Neœra, que Stephanos faisait passerpour safille légitime, souscrivit une promesse de trente mines et fournit les cautions requises ; mais, à peine libre, il appela son adversaire devant les héliastes et lui tint ce langage : « Si j'obtiens condamnation contre toi, pour ton « infâme guet-apens, la loi m'absout et décharge mes « répondants. Si je suis jugé [t-oiyôç, une autre loi, je le « sais, ordonne à mes cautions de me livrer à mon en- « nemi ; sous les yeux des juges, tu pourras me mal-

(1) G. Aristocrate, 51 et suiv.

■ (2) Voy. ci-dessus, p. 313.

« traiter à ton aise, pourvu que lu n'emploies pas le « glaive. Cette chance ne peut m'intimider, et je t'ac- « cuse. Oui, j'ai joui de Phano! Non, je ne suis pas « l^oixkl Phano, bâtarde de Nesera, n'est pas fille de « Stephanos. . . D'ailleurs, vous avez une loi. Athéniens, « qui défend de saisir comme iioixoç, l'homme surpris « dans une maison publique ou auprès de femmes qui « trafiquent publiquement de leurs charmes. Or, la « maison de Stephanos est un lieu de prostitution : « Nesera, Phano, n'y font pas d'autre métier, et c'est « le meilleur revenu du patron (i). »

Si le coupable n'avait pas été pris en flagrant délit, ou s'il était parvenu à se soustraire à la vengeance des parents de la fille ou de la veuve déshonorée, on agissait encore contre lui par l'action p-oixticcç et, selon toutes les probabilités, il se trouvait dans la même position que l'auteur d'une union illicite avec une femme mariée.

Selon, au dire de Plutarque, avait autorisé le père et le frère à vendre comme esclaves leurs filles et leurs sœurs surprises en faute avant d'être mariées (2). Rien ne permet de supposer que ce droit exorbitant existât encore aux temps des orateurs. On ne saurait pas même, sans méconnaître le sens naturel du texte, étendre aux filles et aux veuves séduites l'infamie légale qui, d'après le témoignage de Démosthène et d'Eschine, frappait la femme mariée qui avait oublié ses devoirs (3).

(1) C. Neœra, 64 et suiv.

(2) Solon, XXIII. •

(3) Voy. ci-dessus, p. 317.

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