‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 136 sur 203 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

produisît les mêmes suites que la ypccfh IvAaq. Les manœuvres frauduleuses étaient, en effet, très-fréquentes en cette matière. Aristophane dit en badinant : u Est-on esclave et Carien..., on peut chez nous se « créer des aïeux; on trouve toujours des cousins (i). » Démosthène cite les noms de deux étrangers , Anaximène et Nicostrate, qui avaient donné cinq drachmes à chaque votant (2).

Un Argument grec placé en tête du discours de Démosthène contre Eubulide, et que d'excellents interprètes, ainsi que les scholies, attribuent à Didyme, porte : « La loi chez les Athéniens requiert qu'on « examine, à des époques fixes , si tous ceux qui sont « inscrits sur la liste des citoyens ont réellement le « droit d'y figurer. Les noms de ceux qui ne sont pas « nés de père et mère citoyens sont effacés. Chaque « dème fait ce travail à l'égard de ceux qui lui appar- « tiennent. Celui qui adhère à la décision du dème « entre dans la classe des étrangers domiciliés. Celui, « au contraire, qui en appelle aux juges, reste citoyen « s'il obtient gain de cause; sinon, il est vendu comme « esclave (3). »

Ce fragment n'est pas en opposition avec d'autres témoignages qui disent, en termes généraux, que l'usurpateur du droit de cité était vendu comme esclave. D'un côté, la radiation de la liste, ordonnée par les citoyens du dème n'avait pas la valeur d'une sentence judi-

(1) Oiseaux, v. 764.

(2) G. Eubulide, 59.

(3) Dans l'édition Didot, cet argument se trouve à la p. 682.

Claire, puisque la partie lésée pouvait recourir aux tribunaux (i) ; de l'autre, l'iuscriptioD d'un nom sur la liste n'était pas nécessairement le résultat du dol et de la fraude (2). Il en résultait que la loi pénale s'abstenait d'intervenir, aussi longtemps que celui dont le nom avait été effacé n'était pas, au moyen d'une sentence judiciaire, irrévocablement rangé parmi les usurpateurs des privilèges réservés aux citoyens de l'Attique ; mais aussi, quand il ne craignait pas de provoquer cette sentence, il était, par le fait même de son recours, censé se soumettre à toutes les conséquences qui pouvaient résulter d'un jugement constatant l'existence d'une inscription frauduleuse. Il est vrai que, suivant toutes les probabilités, cette manière de procéder ne fut pas suivie à l'égard des cinq mille individus que Périclès fît condamner et vendre comme esclaves, pour les empêcher de participer à la distribution du blé envoyé par le roi d'Egypte; mais le récit de Plutarque prouve clairement que cette condamnation collective eut lieu en vertu d'un décret spécial (3).

Les lexicographes mentionnent une autre infraction qui se trouvait en rapport direct avec celles dont nous

(1) Un exemple de ce recours se trouve mentionné dans le discours d'Iséepour la succession de Pyrrhus, § 37. Comp. Démosthène c, Eubulide, 56.

(2) Par exemple, si l'individu repoussé s'était cru de bonne foi fils de parents athéniens, si l'inscription avait été faite à la demande d'un autre, etc.

(3) Plutarque, Périclès, XXXVII. Polychore, cité par le scholiaste d'Aristophane {Guêpes, 716), porte le nombre des individus vendus à quatre mille sept cent soixante.

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