‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 138 sur 203 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

L'Athénien qui épouse sciemment une étrangère est punissable d'une amende de mille drachmes (i). L'étranger qui épouse frauduleusement une Athénienne est vendu, lui et ses biens, et le tiers du prix est attribué ài'accusateur (2). La même disposition est applicable à l'étrangère qui épouse un citoyen (3). Enfin, si quelqu'un marie une étrangère à uq Athénien en la présentant comme étant sa fille, il perd ses droits de citoyen, ses biens sont confisqués, et le tiers en est attribué à l'accusateur (4).

Toutes ces règles, il est vrai, sont empruntées à des fragments de lois intercalés dans le célèbre discours contre Neœy^a. L'authenticité de ces fragments n'est pas clairement établie ; mais ils se trouvent en parfaite

(1) Le mot scîsmmeni n'est pas dans le texte, mais il rend avec précision la pensée du législateur. Le texte (§ 16j parle, en effet, d'une femme déclarée étrangère, et, un peu plus loin, l'orateur mentionne l'exemple de Théogène, acquitté par ses collègues de l'aréopage parce qu'il avait été induit en erreur et, par suite, n'avait pas sciemment épousé la fille d'une courtisane étrangère (§§ 81-83).

(2) G. Neœra, 16. Le texte renferme les mots rïy;j-ô, ruse, et u.v;j^avv7, fraude. La peine n'atteignait donc pas l'étranger qui avait demandé la main d'une Athénienne, sans cacher sa propre nationalité. On n'avait pas alors à craindre l'usurpation du droit de cité par les enfants à naître de ce mariage. Dans le discours de Démosthène contre Timocrate (202 et 203) l'orateur reproche à ce dernier d'avoir vendu sa sœur, au lieu de l'avoir établie en pays étranger, en lui fournissant une dot. Le mariage d'une Athénienne avec un étranger n'était doue pas toujours incriminé, puisque Timocrate s'en prévaut ici pour repousser les reproches de ses adversaires. — Les mots rïyi'r'o et ^j-^yj/^/n prouvent encore que l'étx'anger n'était pas punissable lorsqu'il se croyait, de bonne foi, en possession du droit de cité, au moment du mariage. — Comp. Démosthène c. Aristogiton, I, 55.

(3) G. Neœra, 16,124.

(4) Ibid., 52.

harmonie avec l'ensemble du texte et méritent d'autant plus de confiance qu'ils sont manifestement conformes à l'esprit général de la politique athénienne. Quant au discours lui-même, s'il n'est pas l'œuvre de Démosthène,il est certainement contemporain du grand orateur et nous peint, sous des traits vifs et sûrs, la société athénienne du quatrième siècle avant notre ère.

Quoi qu'il en soit, la législation pénale que nous venons d'esquisser n'était évidemment pas applicable aux mariages contractés avec des femmes ou des hommes appartenant à des villes étrangères , auxquelles le jus connuMi dans la cité de Minerve avait été reconnu par des décrets ou des traités. On sait que cette faveur avait été concédée aux habitants de Thèbes et de TEubée, en récompense du dévouement extraordinaire dont ils avaient fait preuve envers 1(3S Athéniens (i).

L'histoire d'Athènes mentionne quelques mariages qui semblent contredire la législation que nous venons d'esquisser. La femme de Miltiade, mère de Cimon, était Thrace et fille du roi Olorus (2). Une autre Thrace, fille du roi Kotys, devint l'épouse d'Iphicrate et la mère de Méiiesthée (3). Mais Kotys avait été honoré du titre de citoyen d'Athènes (4), et Olorus avait probablement obtenu le même honneur.

(1) Démosthôiie, Sur la couronne, 187. Lysias, Sur la république, 3. Isocrsde, Discours pa7iathénaïque, 9i:le Plataïque, 51. Thucydide, III, 55, 63. — Comp. Démosthène, Sur la côuromie, 91.

(2) Plutarque, Cimon, IV.

(3) G. Népos, Iphicrate, III.

Démosthène c. Aristocrate, 118.

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