CHAPITRE X
le citoyen convaincu d'avoir acheté des suffrages (i). On a déjà vu que ceux qui avec de l'argent corrompaient ou essayaient de corrompre commettaient, eux aussi, un crime capital (2).
Pollux prétend que les lexiarques [Iri^iapxot) avaient le droit de condamner à l'amende les citoyens qui ne se rendaient pas à l'assemblée (3).
§ 2. De la violation des lois concernant les jeiico
scéniques.
Les Athéniens, avides de fêtes et de spectacles, avaient un instant songé à garantir la permanence de leurs plaisirs au moyen d'une redoutable sanction pénale.
Dans les temps anciens, quand le salut et la grandeur de la patrie dominaient toutes les autres préoccupations, l'excédant des revenus de l'Etat était afîecté aux besoins de l'armée; mais ces sentiments austères, cet esprit de dévouement et d'abnégation avaient disparu au siècle des orateurs. Une portion notable des revenus était alors affectée aux fêtes publiques, et spécialement aux représentations scéniques. Le peuple trouva même un flatteur éhonté, l'archonte Eubule, qui fit adopter un décret portant peine de mort contre quiconque proposerait d'employer de nouveau ces fonds pour les dépenses militaires (4). ApoUodore, au milieu
(1) Isocrate, Discours sur la paix, 50.
(2) Voy. ci-dessus, chap. IV.
(3) VIII, 104. Il n'y a pas lieu de prendre au sérieux le conte rapporté par le scholiaste d'Aristophane, Acharnéens, 22.
(4) Schol. de Démosthène, Olynthienne, I, 1 Oratores attici, t. II,
des périls suscités par l'ambitionet la puissance de Philippe, fit suspendre l'exécution de ce décret; mais la multitude, égarée par les ambitieux qui flattaient ses caprices, ne tarda pas à regretter cette résolution généreuse, et Apollodore, accusé d'avoir fait une motion illégale, fut condamné à un talent d'amende (i). Le peuple ne céda qu'au moment où Eubule lui-même, voyant Athènes au bord de l'abîme, vint proposer de consacrer tous les fonds disponibles à la défense de la république (2).
Mais ces mêmes Athéniens, si peu scrupuleux dans le choix des moyens de pourvoir aux dépenses du théâtre, exigeaient que l'honneur, les croyances et la dignité du peuple fussent scrupuleusement respectés par les auteurs dramatiques (3). Phrynique fut condamné à une amende de mille drachmes, parce que, dans sa tragédie intitulée La Prise de Milet^ il avait trop vivement retracé des malheurs domestiques (4). Le grand Eschyle faillit être lapidé, parce que, dans l'un de ses drames, il avait indirectement outragé le culte national (5). Hégémonde Thase fut mis en accusation, à cause des plaisanteries de mauvais aloi dont il avait usé dans ses parodies (ô). Aristophane s'étant moqué des Athéniens en
p. 528; édit. cit... "Voy. aussi l'Argument de Libanius, en ièie de la Ire Olyntliienne, § 2.
(1) Démosthéne c. Neœra, 4.-8.
(2) Démosthéne, Procès de l'ambassade, 291. Gomp. IIl^ Olynthienne, II, 12
(3) Voy. ci-dessus, p. 286.
(4) Hérodote, VI, 21.
(5) Voy. ci-dessus, p. 92.
(6) Athénée, L. IX, p. 407; édit. Gasaubon, 1657.