CHAPITRE XI
u site m'est connue et contre lesquels je ne pourrais « obtenir justice (i). ?» L'accusé n'avait donc pas à redouter la vente comme esclave. La peine était indéterminée.
Toutes ces rigueurs n'avaient pas paru suffisantes. Le sénat des Cinq-Cents avait le droit de faire incarcérer et lier tous les débiteurs du trésor. Parfois même cette incarcération rigoureuse devait être prononcée par les juges, à titre de supplément de peine {■apod-iij.riu.ff). Démosthène, entre autres, nous apprend que ce traitement était réservé à ceux qui étaient condamnés à des peines pécuniaires pour vol ou pour avoir exercé des droits' civiques, après avoir été dégradés du chef de mauvais traitements envers les parents ou d'inaccomplissement des obligations militaires (2).
Détenus ou restés en liberté, les débiteurs de l'État, qui ne se libéraient pas à la neuvième prytanie depuis la naissance de la dette, étaient obligés de payer le double, et leurs biens étaient confisqués au profit de la république (3). S'ils dérobaient aux recherches des agents
(1) Lysias, Pour un soldat, 21.
(2) Démosthène c. Timocrate, 103, 60.
(3) Andocide, Sur les mystères, 73, 92. Démosthène c. Neœra, 7 ; c. Androtion, 54; c. Théocrinès, I; c. Timocrate, 82, 83, 93, 96, 111, 120, 122, 127, 130, 132 et suiv, Lysias c. Philocrate, 9. Argumeiit de Libanius, en tête du premier discours de Démosthène c. Aristogiton. S'il y avait des cautions, on confisquait les biens de celles-ci (Démosthène c. Nicostrate, 27). Voy. aussi l'auteur anonyme de l'Argument placé en tête du discours de Démosthène c. Timocrate (p. 363 de l'édit. Didot) et ce discours même, 41, 60, 6i-, 93 et suiv., 166. Plutarque, Cimon, IV. C. Nepos, Cimon, I ; Miltiade, VII. Hérodote, VI, 136. Platon, Apologie, 37, B. L'indication de la 9« prytanie ne se rapporte
■ qu'au payement du double et à la confiscation des biens. Le condamné ni- 23
du fisc une partie de leur patrimoine, afin de préserver leurs familles de la misère, ils s'exposaient à l'accusation terrible d'avoir trompé le peuple athénien (i), et . ceux qui les aidaient à atteindre ce but illicite étaient eux-mêmes punis par la confiscation de leurs biens (2). Miltiade, le glorieux vainqueur de Marathon, mourut en prison, et son fils Çimon y fut jeté, à son tour, comme héritier de la dette paternelle (3). Le même sort atteignit les enfants de Lycurgue, parce qu'ils se trouvaient dans l'impuissance de solder l'amende infligée à cet orateur illustre (4).
Des précautions minutieuses avaient été prises pour que cette redoutable législation fût constamment appliquée dans sa rigueur primitive. Tout citoyen pouvait dénoncer les débiteurs du trésor et des temples (5), etles trois quarts des biens celés que le dénonciateur faisait connaître lui étaient attribués à titre de récompense (e).
encourait l'atimie et pouvait être lié du jour de la condamnation. Voy. la note 1 de la page 355, etles passages cités du discours contre Timocrate.
Un fragment de loi intercalé dans le discours d'Eschine c. Timarque (§ 16) dit que l'amende encourue du chef d'outrages doit être payée dans les onze jours ; mais nous avons déjà eu l'occasion de nier l'authenticité de ce passage (voy. ci-dessus, p. 262.
(1) Voy. ci-dessus, p. 170.
(2) Lysias, Sur les biens d'Aristophane, 8, 61.
(3) Telle est, du moins, l'aflBrmation de C Nepos, loc. cit.
(4) Lettres attribuées à Démosthène, III, 2. Lettres d'Eschine, XII, 14, Nous n'avons pas à discuter ici l'authenticité de ces lettres qui, de l'aveu de tous, remontent à une haute antiquité.
(5) Démosthène c. Théocrinès, 14. Boeckhi Inscrip., XIX, § 2.
(6) Démosthène c. Nicostrate, 2. Quelquefois des commissions spéciales étaient instituées pour rechercher les biens celés. Voy. Démosthène c. Timocrate, 11. Lysias, Pour un citoyen accusé de corruption, 16.