CHAPITRE XII
invoqué un passage de Dinarque, d'où semble résulter qu'Aristogiton, ayant méchamment dirigé contre la prêtresse de Brauron et les parents de celle-ci une accusation de motion illégale, fut condamné à une amende de cinq talents, somme à laquelle il avait évalué la peine à infliger aux accusés (i). On a ajouté que, dans une plainte publique à raison d'injures iyoccfh 'jopsw;), le sycophante Agoratus fut condamné, pour fausse dénonciation, à une amende de dix mille drachmes (2). On a allégué, enfin, qu'Eschine, après la perte de son procès contre Ctésiphon, fut obligé d'abandonner Athènes (s). Ces exemples doivent être écartés du débat. Ce n'est pas pour une seule, mais bien pour plusieurs accusations malveillantes qu'Agoratus fut obligé de payer des amendes s'éle vaut ensemble à dix mille drachmes (4). Aristogiton, au lieu de diriger l'accusation, avait été lui-même accusé de motion illégale et condamné, de ce chef, à cinq talents d'amende (5). Eschine, après la perte de son procès, abandonna librement la ville d'Athènes, parce qu'il ne voulait pas payer l'amende et qu'il lui répugnait de vivre au milieu des sarcasmes et des
(1) C. Aristogiton, 12.
(2) Lysias c. Agoratus, 65.
(3) Vie des dix orateurs, Eschine, 8. Matthiae, De judiciis Atheniensium {Miscellanea pJiilologica, t. I, p. 272, n° 55).
(4) ... v^û^ a— avTc; y.c/l Iv rw Syium y.vl Iv tw ^f/.acrvjotw c/uzooav-îa; auroTj zaTÉyvGpJTô /.ai wolvjffîv vuvj p.uotaç §pay^uâ.q.
(5) Meier et Schoeinann ont parfaitement fait cette démonstration (p. 737 et 738). Aristogiton avait fait passer un décret illégal dont la famille de la prêtresse avait été victime, et c'est de ce chef qu'il fut condamné à cinq talents d'amende. Comment, d'ailleurs, concevoir une accusation de motion illégale contre une prêtresse de Diane ?
cris de triomphe de ses adversaires victorieux (i).
Faut-il en conclure, avec Meier et Schoemann, que l'amende de mille drachmes était un maximum que les juges devaient toujours scrupuleusement respecter?
Cette opinion, formulée en termes absolus, ne saurait être admise. Plus d'une fois nous voyons les accusés demander que l'auteur d'une accusation calomnieuse soit condamné à la peine qu'ils encourraient eux-mêmes s'ils étaient coupables. Accusé par Pasion d'avoir dérobé un esclave et nié une dette de cinq talents, Ménexène prie les juges de punir la mauvaise foi de son adversaire en lui infligeant la peine attachée aux méfaits qu'il a faussement imputés à un citoyen innocent (2). Lysias professe la même doctrine dans son discours contre Agoratus. Celui-ci ayant fait périr plusieurs citoyens au moyen d'accusations calomnieuses intentées sous la domination des Trente, Lysias prétend et prouve que, selon les traditions nationales, l'accusé pouvait être condamné au dernier supplice. Plutarque nous apprend que les accusateurs de Phocion furent condamnés à mort à l'unanimité des suffrages (3). Il parle de trois sycophantes qui furent condamnés au dernier supplice (4).
Il y avait donc une distinction essentielle à faire. Par cela seul que l'agresseur n'avait pas obtenu la cin-
(1) Philostrate, Vie des philosophes, p. 509 ; êdit: de Leipzig, 1709. — L'auteur des Vies des dix orateurs manifeste lui-même des doutes.
(2) Isoerate, Discours trapézitique, 21.
(3) Plutarque, Phocion, XXXVIII.
(4) De l'usage des viandes, II, 4. Des animaux de terre et de mer, II, 2.