CHAPITRE XII
soigneusement écartés du débat. A plus forte raison était-il défendu de déposer dans sa propre cause (i).
Le témoignage fait sur ouï-dire était réputé illégal (îrapà rôy vo/7.oy) et, par une remarquable disposition du droit athénien, se trouvait assimilé au faux témoignage (2) ; mais, pas plus qu'aujourd'hui, la loi n'avait incriminé la simple erreur commise de bonne foi. « Ou « devient faux témoin, disait Démosthène, par intérêt, « par amitié pour l'une des parties, par haine contre « l'autre (3). »
Suivant l'opinion généralement reçue, le faux témoignage était puni à Athènes d'une amende indéterminée, à laquelle les juges pouvaient, à titre de supplément de peine (TïpocrTtp-yîfza), ajouter la dégradation civique moyenne. Après trois condamnations du chef de faux témoignage, cette dégradation était même encourue de plein droit (4).
L'existence de ce système de répression résulte, en effet, de quelques passages de Démosthène, d'Isée et d'Audocide. Le premier, dans un de ses plaidoyers contre Stéphanos, conclut à un talent (5), et, dans son discours contre Evergos etMnésibule, il dit qu'il compte bien s'indemniser par la peine pécuniaire qu'il fera infliger aux imposteurs (e). Le second, dans son dis-
(1) Démosthène c. Stéphanos, II, 9-10 ; c. Bœotos, II, 58. (2j Démosthène, ibid., et c. Evergos et Mnésibule, I.
(3) C. Aphohos, III, 22.
(4) Andocide, Sur les mystères, 74. Démosthène c. Aphobos, III, 16. Antiphon, Tétralogie, I, 4, 7. Isée, Sur la. succession de Bicéogène, 19.
(5) C. Stéphanos, I, 46.
cours pour la succession de Dicéogène, affirme que toute condamnation pour faux témoignage peut avoir pour conséquence la dégradation civique (i). Le troisième, dans son discours sur les mystères, pose en thèse générale que tout individu, trois fois condamné pour faux témoignage, est dégradé de plein droit, mais conserve la propriété de ses biens (2). Le faux témoin s'exposait à ces condamnations, quand même ses mensonges n'auraient pas nui à la personne contre laquelle ils avaient été dirigés (3).
Mais on peut se demander, à bon droit, si l'application de ces règles n'était pas limitée au cas où le demandeur se bornait à réclamer une indemnité au moyen d'une poursuite purement privée. Démostbène, dans son discours contre Evergos, affirme que le faux témoin encourt des châtiments rigoureux (4). Dans son discours contre Phormion, allant plus loin, il dit aux juges : « Le faux témoignage est un crime que vous punissez « avec une véhémente indignation (5). » Isocrate, dépeignant avec de vives couleurs- les suites funestes du faux témoignage, rappelle que les Athéniens ont plus d'une fois tiré vengeance de ceux qui, en les trompant,
(3) Dans le discours d'Isée sur la succession de Pyrrhus, on voit l'orateur, qui avait gagné son procès, diriger une (Jî-zvj i|/îu^opiapTuptou contre Nicodéme, l'un des témoins qui avaient déposé contre lui. — Pour devenir coupable il suffisait d'avoir trompé les juges. Démosthène c. Stephanos, 1, 50-52. — Comp. Antiphon, Tétralogie, I, 4, 7. Isée, Sur la succession de Dicéogène, 19. Démosthéne c. Aphobos, III, 16.
(4) C. Evergos et Mnésibule, 2. Comp. c. Théocrinès, 26.