DELITS EN RAPPORT AVEC L AFFRANCHISSEMENT DES ESCLAVES
§ P'". De V ingratitude des affranchis.
L'affranchi qui se montrait ingrat envers son ancien maître, ou ne lui témoignait pas les égards nécessaires, pouvait être poursuivi par la àU'f\ à-KoaraGiov. Il en était notamment ainsi quand l'affranclii choisissait un autre patron (Trpoo-raryj;) que le citoyen qui lui avait octroyé l'inappréciable bienfait de la liberté.
Si le maître perdait le procès, son ancien esclave devenait complètement libre et toutes les obligations dérivant de l'affranchissement étaient désormais anéanties ; mais si la plainte était accueillie par les juges, l'affranchi retombait dans la servitude et était vendu comme esclave par les polètes ; de plus, par une conséquence nécessaire, ses biens étaient confisqués, au profit de la république (i). La loi ne permettait pas que l'affranchi
(1) Démosthène c. Aristogiton, I, 65. Harpocration, v° aTroc-Tao-tou ^îxvj. Suidas, v'^ 'ApitTroyslrav et âizodradlou §i/.-o. Bekker, Anecdota grœca, 1. 1, p. 201 et 434, v àiroaraciiov. Valére Maxime, II, 66. Ce-
fût replacé sous la domination d'un homme qui pouvait chercher un motif de vengeance dans l'ingratitude qui avait payé ses bienfaits. On sait qu'il en était autrement à Rome, où l'afPranchi dégradé par une sentence judiciaire était rendu à son maître (i). A Athènes, où les obligations inhérentes au patronage étaient beaucoup moins étendues, le maître ne recevait que le prix de vente; encore ce fait est-il loin d'être clairement prouvé (2).
Suidas prétend que les maîtres qui ne voulaient pas recourir à la voie judiciaire avaient le droit d'incarcérer les affranchis ingrats dans une prison privée (3). Il est difficile d'admettre l'existence de ce pouvoir exorbitant dans la république dAthènes, où l'arrestation arbitraire était rigoureusement punie. La phrase que Suidas emprunte à un discours perdu d'Isée est loin de fournir un argument décisif : « Il jeta Hermocrate en " prison, disant que c'était son affranchi, et il ne le « mit en liberté qu'après l'avoir forcé de payer cent « drachmes. » Quelle était cette prison? L'ancien maître d'Hermocrate agissait-il en vertu d'un droit re-
lui- ci commet l'erreur de croire qu'à Athènes l'affranchi devenait citoyen.
(1) L. 6, § 1, Dig. De agnosc. liber.
(2) Platon n'approuvait pas cette législation. Il voulait que le maître fut autorisé à reprendre l'esclave affranchi, quand ce dernier ne lui témoignait pas les égards nécessaires. Lois, XI, p, 915, A.
Valère Maxime rapporte qu'à Marseille on pouvait annuler jusqu'à trois fois l'affranchissement du même esclave, s'il était trois fois convaincu d'ingratitude ; mais, à la quatrième, la justice refusait d'intervenir (II, 6, 7).
(3) V° àvazatov.