CHAPITRE II
lance jalouse et l'action vengeresse des Immortels n'ont pas abandonné le vaste domaine du droit pénal. Les dieux inspirent les juges, et c'est en invoquant les dieux que les représentants de la justice nationale prononcent leurs arrêts (i). Les magistrats sont restés les ministres du droit (àUr^, la fille auguste et inexorable (ànarjairriTQq) de Jupiter et de Thémis, assise près du trône de son père et observant toutes les actions des hommes (2). La Renommée, chantée par Hésiode, n'a pas cessé d'être l'immortelle et infatigable accusatrice des contempteurs de l'ordre (3). La vengeance divine continue d'aveugler les malfaiteurs et de les pousser audevant de ceux qui doivent les châtier (4) . Les habitants de l'Olympe surveillent le juge inique, et leurs inévitables regards plongent sans peine dans les ténèbres complaisantes du scrutin secret ; ils comptent les votes coupables et les punissent jusque dans la personne des descendants du prévaricateur (5). Pour les Athéniens éclairés et raisonneurs, contemporains de Socrate, comme pour les populations naïves et crédules de la Heîlade primitive, la justice humaine trouve sa base et sa légitimité dans la justice divine. Aux yeux de Démosthène, le violateur de l'ordre légal attaque l'œuvre des dieux (e). La loi était, pour lui, un don du ciel (7).
(1) Démosthéne, Procès de la couronne, 8; c. Timocrafe, 1, 78.
(2) Démosthéne c. Aristogiton, 1, 11. Platon, Lois, XII, p. 943 D.
(3) Eschine, c. Timarque, 129.
(4) Lycurgue c. Léocrate, 91 et suiv.
(5) Démosthéne, Procès de Vambassade, 239, 240.
(6) C. Aristogiton, II, 27.
(7) C. Aristogiton, I, 16. — Platon dit, de son côté, que c'est la Ci-ainte des dieux qui rend les lois inébranlables {Lois, X, p. 890, E).