‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 18 sur 203 · III · texte numérisé non relu

III

Un autre phénomène moral et juridique, qui remonte aussi à l'âge héroïque et qu'on s'étonne de retrouver au milieu des nobles splendeurs de la cité de Minerve, c'est le sentiment vif et profond de la légitimité de la vengeance individuelle ou collective. Cette vengeance, associée pour ainsi dire aux idées religieuses, n'a pas cessé d'être l'un des principaux mobiles de l'exercice du droit de punir.

L'accusateur fait parade de la haine que l'accusé lui inspire; il s'en glorifie et exige, comme le payement d'une dette sacrée, l'assouvissement d'une passion brutale. Le plaignant se venge en réclamant le châtiment des coupables (i). L'Etat se venge en punissant les perturbateurs de l'ordre public, les conspirateurs, les concussionnaires et les traîtres (2). Les dieux mêmes sont vengés, quand on livre au bourreau les malfaiteurs qui ont profané leurs autels ou violé leurs préceptes (3). En accusant Androtion, Démosthène s'écrie : « Juges, « il m'a imputé un crime que je n'ai point commis... ■* Avec votre aide, j'en tirerai vengeance aujourd'hui, « vengeance toujours (4) ! »

Dans le langage des orateurs les plus illustres, l'ac-

(1) Démosthène c. Androtion, 3; c. Midias, 2; c. Théocrinès, 1, 58;

c. Nicostrate, 1, 2; c. Neœra, 1, 12. Lysias c. Eratost7iène, l'un des

Trente, SB, 100; c. Ergoclès, 17; c. Epicrate, 15; c. Théomneste, 1,13;

c. Agoratus, 1, 94, 97; c. Alcibiade, I, 4; II, 9; c. Nicomaqiie, 23;

pour un citoyen accusé d'avoir détruit la démocratie, 35.

(2) Démosthène c. Midias, 20, 28. Eschine c. CtésipJion, 53; c. Tiniarque, 2. Comp. Isée, Pour la succession de Nicostrate, 30.

(3) Démosthène c iVe«?ra, 74, 126. Lysias, Sur l'impiété d'Andocide, 10, II, 19, 27.

(4) C. Androtion, 3.

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