CHAPITRE II
éclairé par la méditation et guidé par la science, elle est belle comme la justice même. Elle est la libératrice de l'âme souillée par le crime. Le délinquant le plus malheureux est celui qui, échappant aux réprimandes, aux corrections et aux peines, descend dans l'autre monde, sans avoir accompli l'inévitable devoir de l'expiation (i).
C'est d'après ces priacipes que les juges de la cité idéale décrite dans les Lois devront procéder à l'examen des causes criminelles. Chaque fois que le i&xiQ leur laissera le choix de la peine, ils « marcheront sur « les pas du législateur et seconderont ses vues, for- « mant, à l'exemple des peintres, leur jugement sur le « modèle qu'ils auront sous les yeux (2) ». Tenant compte en même temps de la nature de l'acte et du mobile qui a guidé son auteur, ils ne perdront pas de vue la nature des moyens employés et se montreront surtout sévères quand la violence viendra se joindre à la fraude (3). Sentinelles vigilantes de l'ordre et du droit, ils se proposeront constamment un triple but : réparer
(1) Gorgias, XXVIII à XXXVI, LXIV, LXXVIII à LXXXIII. Platon pousse cette théorie à ses dernières conséquences. Il engage le coupable à aller se dénoncer lui-même. S'il garde le silence, la dénonciation doit être faite, dans son intérêt, par ses meilleurs amis. Au contraire, si l'on veut du mal à un ennemi, on doit s'efforcer à le soustraire au châtiment qu'il a mérité (ibid., XXXV, XXXVI , LXIII). Comp. Lois, IX, 860-864.
En lisant cette partie des œuvres de Platon, on se rappelle involontairement le vers célèbre :
Le crime fait la honte et von pas Véchafaud !
(2) Lois, 933-935, XI, 933-935.
(3) iMd., IX, 863-866.
le dommage, amender le coupable et effrayer ceux qui voudraient marcher sur ses traces. « Il faut, dit Platon, « que le dommage soit entièrement réparé. De plus, « tout malfaiteur, pour chacun des délits qu'il aura « commis, recevra un châtiment convenable en vue de « son amendement. Ce châtiment sera plus léger pour «4 celui qui aura péché par l'imprudence d'autrui, en- « traîné par la crédulité de la jeunesse ou quelque « chose de semblable; plus grand pour celui que sa « propre imprudence aura poussé au crime, s'étant « laissé vaincre par l'attrait du plaisir ou l'aversion de a la douleur, comme la jalousie ou la colère. Ils subi- « ront ce châtiment, non à cause du mal commis (car « ce qui est fait est fait), mais pour leur inspirer à « l'avenir, aussi bien qu'à ceux qui en seront les té- « moins, l'horreur de l'injustice (i). » Les juges se rappelleront en outre qu'il y « a désordre dans l'Etat tout « entier, » lorsque les tribunaux, lâches et muets, dérobent leurs jugements à la connaissance du public. Ils instruiront et jugeront tous les procès sous les yeux du peuple (2). Ils régneront ainsi «par l'âme sur l'âme », et porteront dignement le titre de protecteurs et de sauveurs delà communauté nationale (3). Leurjuridic-
(1) Lois, XI, 934. On aura remarqué la phrase : ils subiront ce châtiment non à cause du mal commis, etc. Dans le Protagoras, Platon exprime la même pensée avec une force nouvelle (XIII). Au livre IX des Lois, nous lisons encore (p. 854) : « Aucune peine infligée dans l'esprit de la loi n'a pour but le mal de celui qui souffre, mais en général son effet est de le rendre ou meilleur ou moins méchant. »
(2) Lois, VI, 767, 768 ; IX, 855, 876, 877.
(3) Républiqice, III, 408, 409 ; V, 463, 464 ; VI, 484 et suiv.