CHAPITRE II
tion deviendra un enseignement salutaire, et tous les citoyens honnêtes , convaincus de l'excellence et de l'équité des lois, s'empresseront de seconder l'action bienfaisante de la magistrature, en dénonçant les coupables et en réclamant leur punition. Tous comprendront combien il importe qu'aucun crime ne reste impuni et que nul coupable ne puisse échapper au châtiment par la fuite. Tous sauront que, pour les cités comme pour les individus, la vie humaine réclame essentiellement deux conditions : l'une, ne commettre aucune iniquité envers personne; l'autre, n'être point exposé à en recevoir d'autrui (i).
A côté de ces principes fondamentaux, dont la lumière se reflète sur toutes les pages de la RépuUique et des Lois, on trouve dans les écrits de Platon un certain nombre de règles et de maximes qui complètent la doctrine que nous venons d'analyser, et qui doivent, à ce titre, attirer l'attention de ceux qui aspirent à connaître exactement les idées du glorieux disciple de Socrate dans le domaine des lois pénales.
Aux yeux de Platon, les délits ont une triple source : la colère, le plaisir et l'ignorance. « La colère, que ce « soit une affection ou une partie de l'âme, est de sa « nature aisée à irriter, difficile à apaiser, et, par une « violence dépourvue de raison, fait souvent de grands « ravages. » Le sentiment du plaisir, exerçant son
(I) Lois, V, 730, 731, 740, 741; VIII, 830, 831; IX, 855, 856.
Il n'est pas sans intérêt de comparer ces idées de Platon avec celles qu'ont émises au xviii^ siècle sur le même sujet Beccaria {Dei delitti e délie pêne, § 20), Montesquieu {Esprit des lois, liv. VI, c. 12) et Fiiangieri {la Scienza délia legislazione, liv. III, c. 33).
influence sur l'âme avec une force non moins redoutable, nous entraîne, par une tromperie mêlée de violence, à faire tout ce qu'il nous suggère. L'ignorance, qui amène l'aberration des désirs et des opinions relativement au bien, plonge l'âme dans les ténèbres et nous fait commettre une multitude d'actes répréhensibles. Suivant le philosophe d'Athènes, c'est la volonté, l'intention criminelle déterminée par l'une de ces trois causes, qui doit surtout préoccuper le législateur et le
juge (i).
Partant de cette base , solide mais trop étroite , Platon, toujours attentif à scruter la nature morale de l'infraction, entrevoit, vaguement il est vrai, la théorie du dol et de la faute qui joue un si grand rôle dans tous les codes de l'Europe moderne. Etablissant une distinction essentielle entre les faits perpétrés avec une volonté plus ou moins réfléchie (e/^ouo-ta) et les actes qui sont le produit de la négligence et de l'imprévoyance (xy.ovala), il n'hésite pas à affirmer que le tort involontairement causé est toujours exempt d'injustice et ne doit entraîner d'autre suite que la réparation civile, à moins que des préjugés religieux ou des motifs de prudence ne réclament une dérogation à cette règle (2). « Quiconque, dit-il, blessera une personne sans le vou-
(1) Lois, IX, 863 et suiv. A la page 863, Platon ne parle que de la colère ; mais, â la page 864, il se sert de l'expression suivante : « La première espèce est celle de ce sentiment pénible que nous appelons colère et crainte. »
(2) C'est ainsi qu'il demande que le meurtrier involontaire s'éloigne, pendant un an, du pays de celui qu'il a tué, « afin d'apaiser les mânes du mort ». Lois, IX, 865, 866.