‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 191 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

non moins différente d'envisager la personne et les actes des délinquants eux-mêmes.

Platon parle du délinquant avec une pitié profonde ; il a peine à admettre que le délit ait été commis de propos délibéré. Ce délit est, à ses yeux, le triste et informe produit d'une maladie de lame, d'une infirmité morale, qui trouve sa guérison dans la peine infligée par les juges, comme les maladies du corps dans les remèdes prescrits par les médecins. Devançant de deux mille ans. les philanthropes de notre âge, il pense que la détention dans une maison de rési2oiscence , (jcù^opaviar-fipwv suffit, presque toujours, pour faire surgir le remords dans l'âme des criminels et les ramener promptement à la vertu. Il n'admet le dernier supplice que pour les rares individus qui sont définitivement reconnus incorrigibles.

Aristote ne connaît aucun de ces ménagements. Pour lui, le coupable n'est pas un malade digne de miséricorde et de pitié, un frère égaré qu'on doit prudemment ramener dans une voie meilleure : c'est un malfaiteur agissant dans la plénitude de sa raison et de sa liberté morale (i). Ce n'est pas un infortuné qu'il faut s'efforcer de guérir avec les égards dus à ses infirmités ; c'est uu ennemi qu'il faut frapper sans ménagement, sans pitié, comme on frapi^e une Mie hrute sous le joug (2) ! Toujours disposés à préférer leurs intérêts et leurs plaisirs

(1) Il est évident, dit-il, que la vertu et le vice doivent être classés parmi les actes volontaires de l'homme {Morale à Eudème, II, 6. Voy. encore ibid., c. XI, 10 et suiv. Morale à Nicomaque, III, 1.)

(2) Morale à Nicomaque, X, 9.

au bien général, les malfaiteurs doivent être constamment retenus par la perspective de peines contraires. A V attraction des bénéfices et des jouissances illicites qu'ils convoite7it, le législateur prévoyant oppose le cojitre-poids des souffrances quils redoutent (i). La pratique rude et primitive du talion ne suffit pas même, aux yeux d'Aristote, pour faire régner l'ordre et la paix dans les cités de la Grèce. Suivant le fondateur du Lycée, les Pythagoriciens se sont trompés en disant avecRhadamantlie -.souffrir ce quon a fait, cestlahonne justice. Le talion, entendu de la sorte, est un châtiment insuffisant. Il ne suffit pas que celui qui frappe un magistrat soit frappé à son tour, et, de même, quand un esclave se porte à des voies de fait envers un citoyen, le talion doit différer de l'acte qui le provoque autant que l'homme libre diffère de l'esclave. Si quelqu'un a crevé l'œil d'un autre, il n'est pas juste qu'on se contente de lui en crever un, car c'est lui qui a frappé le premier et qui a commis le délit. Pour répondre à toutes les exigences de la justice, le talion doit être proportionnel^ et cette proportionnalité exige que le coupa- Ue souffre p)lus de mal quiln'en a fait (2). A la vérité, le Stagirite voit, lui aussi, dans la peine un moyen de guérir le malfaiteur ; il dit même que la peine se distingue de la vengeance, en ce que le châtiment est employé pour l'avantage de celui à qui on l'inflige, tandis que la vengeance n'a d'autre effet que de contenter

(1) Morale àNicomaque, X, 9.

(2j Grande morale, I, 34. Morale à Nicomaque, V. 5.

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