‹ Le droit pénal de la république athénienne [microform] précédé d'une étude sur le droit criminel de la Grèce légendaireChapitre 192 sur 203 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

celai qui l'exerce (i). Mais l'emploi de ces termes est le seul point de contact qui existe ici entre Platon et son disciple. Pour peu qu'on sonde la pensée d'Aristote, on voit que, dans son système, la guérison produite par le cliâtiment n'est autre chose que la résolution d'éviter la récidive par la terreur du châtiment.

Il est évident que des philosophes aussi profondément divisés sur le rôle de la justice criminelle, sur la nature, le but et les conséquences de la répression, ne pouvaient se mettre d'accord sur la désignation des bases mêmes du redoutable droit de punir.

Platon voit le fondement nécessaire et immuable de la peine dans la justice absolue, qui exige impérieusement que tout acte injuste soit expié par la punition de l'homme qui s'en est rendu coupable. Il tient compte, à la vérité, des avantages qui résultent de la peine, d'une part pour l'amendement de l'individu qui la subit, de l'autre, pour la société en général; mais, nous l'avons déjà dit, ce sont là des résultats, des avantages attachés à l'exercice d'un droit dont la légitimité vient de plus haut, c'est-à-dire, du principe d'expiation, appliqué au nom et dans l'intérêt du corps social. La peine est une sorte de purification de l'âme du criminel, qu'elle délivre des stigmates de l'injustice par la douleur et la souffrance. Le délinquant le plus malheureux est celui qui, après avoir échappé au châtiment, descend dans l'autre monde sans avoir accompli l'inévitable devoir de l'expiation.

(1) Rhétorique, 1, 10. Morale à Eudème, 1, 3.

456 LIVRE QUATRIEMF.

Aristote, qui subordonne la morale à la politique et qui ne croit pas à l'immortalité de l'âme, ne pouvait s'élever à ces hauteurs sereines. N'admettant pas le règne de la Providence, il devait forcément cherclier la légitimité du droit de punir dans les avantages matériels que l'exercice de ce droit procure aux citoyens honnêtes. Pour lui, la peine est un acte de nécessité, qui n'est juste et bon que parce qu'il est nécessaire (i). Une s'élève pas jusqu'à la justice absolue; il ne tient aucun compte du principe d'expiation. La science morale étant à ses yeux la science du bonheur, le législateur doit naturellement et nécessairement préférer le bien général de la cité au bien particulier de l'individu. « Toutes les « sciences, dit-il, tous les arts ont un bien pour but, et « le premier des biens doit être l'objet suprême de la « plus haute de toutes les sciences (la politique). Or, « le bien en politique, c'est la justice, c'est-à-dire Yuti- « lité générale (2). n Pour le Stagirite, le droit de punir résulte de la prédominance de l'intérêt général de la cité sur l'intérêt individuel du violateur des lois. Comme il ne croit pas au jugement redoutable que Platon nous montre sans cesse au delà de la tombe, il ne va pas chercher une partie de ses arguments dans les exigences souveraines et imprescriptibles de la justice divine. Dans son système, la peine ne produit que des conséquences matérielles et immédiates. Considérée en elle-même, elle n'est, à ses yeux, que le rétablissement de l'égalité détruite par le délit. « La loi, dit-il,

(Ij Politique, VII, 12, e( les passages cités à la page 453. (2) Politique, III, 7.

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